Un rabbin du sionisme religieux : « Il faut descendre dans la rue pour manifester contre la persécution des orthodoxes, ce sont des lois antisémites »

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Le rabbin Meir Hilwitz, rabbin de la localité de Berouchin, a publié une lettre de soutien à la communauté orthodoxe face à la persécution menée par le système judiciaire. Le rabbin s’indigne : « Comment avons-nous pu permettre que d’une manière aussi brutale, sophistiquée, malveillante et diaboliquement efficace, les membres de cette communauté soient transformés en une bande de déserteurs, de criminels privés de leurs droits fondamentaux »

JDN – Yanki Farber

Le rabbin Meir Hilwitz, rabbin de la localité de Berouchin et enseignant (Ram) à la yechiva Ma’alé Eliyahou à Tel Aviv, a publié ce week-end une lettre dans laquelle il prend position aux côtés de la communauté orthodoxe (‘harédi) persécutée par le système judiciaire. L’entourage du rabbin a précisé que « ces propos ont été écrits à l’intention du public qui a entendu le sermon du Chabbath et non comme un article d’opinion ».

Le rabbin commence sa lettre du plus profond de son cœur : « Je ne peux pas m’empêcher de crier de douleur, le cœur en sang : comment avons-nous pu permettre à un système corrompu et pourri de s’en prendre à toute une communauté, sainte et pure, et d’en faire officiellement un public de criminels, de déserteurs, qui doivent fuir le moindre policier comme s’ils étaient les derniers des délinquants et des éléments les plus dépravés de notre société ?! ».

Le rabbin a également tenu à clarifier qu’il a un désaccord majeur avec la société orthodoxe : « Certes, j’ai un grand différend avec mes frères dits orthodoxes sur la compréhension des processus de rédemption dans lesquels nous sommes engagés. Nous divergeons dans notre rapport à la renaissance, à l’État et à ses institutions, et ce désaccord englobe également la question du devoir et du privilège de servir dans notre sainte armée. Le fait que la majorité de mes frères orthodoxes évitent le service militaire repose sur une vision du monde qui, à mon sens, est fondamentalement erronée. Non seulement j’ai un désaccord avec eux, mais j’ai aussi une critique sévère : leur conception du monde entraîne, selon moi, des distorsions dans les concepts de base de la responsabilité mutuelle et du partage du fardeau avec son prochain. Elle cause même des complications dans le développement des personnes qui ne sont pas faites pour s’asseoir sur les bancs de la maison d’étude (Beth Midrach) et qui se retrouvent contraintes de « travailler au noir » et parfois de « vivre dans le noir ». Cependant, ce différend s’élucide peu à peu, dans le cadre du processus global de toute notre rédemption ».

Le rabbin note que « le processus de rapprochement entre la communauté orthodoxe et l’État est un processus divin, prodigieux, lent, profond et fondamental, mais c’est une démarche solide qui suscite l’inspiration et la joie chez quiconque la regarde. En vérité, seul un aveugle, ou quelqu’un qui détourne délibérément les yeux, ne le voit pas. Sans le déchaînement médiatique qui se produit contre elle pour des motifs politiques méprisables, nous serions déjà dans une phase beaucoup plus avancée. Mais il faut savoir en tout temps que les « orthodoxes » sont l’une des forces majeures qui « luttent au sein de notre camp » (voir les paroles de notre maître le rav [Kook] de mémoire bénie dans Orot HaTe’hiya, section 18) et qu’un grand rôle incombe à cette « force publique » au cours de ce grand voyage de la rédemption divine et prodigieuse que nous avons entamé avec l’aide de D’. Cependant, ma principale douleur vient du fait que nous ayons permis que l’on transforme une telle « force publique », pure et sainte, qui éduque ses enfants sur les fondements de la Tora et de la pure crainte de D’, qui marche selon la voie des justes (Messilat Yecharim) et dont la vie gravite entièrement autour de notre table dressée (Choul’han ‘Aroukh), sainte et pure ».

Le rabbin s’insurge : « Comment avons-nous pu permettre que d’une manière aussi brutale, sophistiquée, malveillante et diaboliquement efficace, les membres de cette communauté soient transformés en une bande de déserteurs, de criminels privés de leurs droits fondamentaux dans notre État « démocratique », où le système judiciaire prétend protéger la minorité opprimée ? Existe-t-il une minorité dans la société israélienne dont les droits sont plus bafoués que celle-ci ?! Désormais, elle ne serait plus éligible aux aides pour les crèches, aux logements à prix réduit, aux avantages de l’article 46, et certains ont même suggéré de lui retirer le droit de vote ».

Le rabbin a évoqué la persécution du système judiciaire : « Et maintenant, ces hypocrites du système judiciaire ont fait encore pire et ont conduit les membres de cette communauté à une situation terrible où ils doivent marcher dans la rue avec la peur au ventre et se cacher de tout policier comme s’ils étaient des criminels en fuite ?! Même ce droit à la protection sociale que la police est censée fournir à ses citoyens leur a été retiré. Des directeurs de Yechivoht doivent mettre en garde leurs élèves pour qu’ils ne s’exposent pas aux forces de sécurité sur le chemin du retour et n’attirent pas l’attention. Est-ce possible ?! J’ai ce même sentiment que lors des jours précédant le désengagement [de Gaza], où l’on nous promettait, à nous, membres du sionisme religieux, qu’on nous persécuterait jusqu’au bout. À notre question – « pensez-vous vraiment que la société en Israël vous permettra de nous faire une telle injustice et d’expulser de sa maison toute une communauté sainte, pure et pleine de valeurs pour rien ? » – les architectes de l’expulsion nous donnaient cette réponse terrible : « Nous avons deux ans pour faire de vous la lie de la société israélienne et les pires de ses citoyens ». « Nous ferons de vous une société qui mérite tous les malheurs qui s’abattront sur elle ». Nous avons vécu dans notre chair deux années de diffamation, de mépris, d’insulte et de persécution. Et puis est arrivé le coup terrible de l’expulsion ».

Le rabbin s’indigne de cette terrible persécution : « Et voilà que maintenant, à nouveau, une machine bien huilée, malveillante, pleine de soif de pouvoir et de contrôle sur l’opinion publique s’en prend ces jours-ci à toute une communauté et la diabolise. Mais cette fois, tout est en plus ancré dans des lois antisémites sans équivalent dans aucune société humaine civilisée ! En réalité, nous aussi, en tant que communauté, sommes persécutés ces jours-ci, principalement dans l’arène publique par ces mêmes éléments et par ces mêmes méthodes méprisables, et par conséquent, nous partageons tous le même destin, au-delà de la responsabilité mutuelle et de l’amour fraternel qui nous unissent.

Peut-être que ceux de Kaplan ont tort, eux qui font partie d’une autre force parmi « les forces qui luttent au sein de notre camp » – et il y aurait beaucoup à dire à ce sujet – mais le comportement destructeur de leurs représentants au sein du système judiciaire a brisé les règles du jeu ! Par leur persécution aveugle et malveillante de nos frères orthodoxes, ils prouvent qu’ils ne font plus partie de la construction de notre stature complète et diversifiée ! Ces persécuteurs n’ont pas de part dans notre voyage collectif hétérogène ! Même si nous leur trouvons des circonstances atténuantes en disant qu’ils se battent comme une bête blessée qui ne connaît pas la pitié en sentant que leur pouvoir totalitaire leur est retiré, et qu’ils perdent l’État sioniste laïc au caractère rural qu’ils ont fondé ; même s’ils ne peuvent supporter les vagues de retour à la foi (Techouva), individuelles et collectives, qui agitent la mer de notre vie de renaissance ; malgré la recherche de ces circonstances atténuantes, il faut tout de même dénoncer ces persécuteurs et sauver les opprimés de leurs mains. Nous, les membres du sionisme religieux, avons souffert à l’époque, à la veille du désengagement, d’une persécution médiatique, et nous en souffrons encore aujourd’hui. Mais la persécution dont souffrent nos frères orthodoxes est bien plus abyssale, blessante, douloureuse et menaçante. Contre cette persécution, il faut sortir manifester, crier et donner l’alerte ! Ce système monstrueux, terrifiant et malveillant doit être dénoncé, modifié de fond en comble et déraciné ».

Le rabbin conclut ses propos douloureux : « Je vous appelle, mes frères du sionisme religieux, ne nous laissons pas berner, ne tombons pas dans ce piège, dans cette persécution politique, dans cette haine abyssale. Même si nos frères orthodoxes tombent eux-mêmes dans la fosse que leurs ennemis leur ont creusée, et que de leur bouche sortent des propos que l’on ne peut concevoir ni mentionner dans cette lettre, il est de notre devoir absolu de ne pas se laisser entraîner dans cette persécution effrénée envers nos frères orthodoxes. Il faut se rappeler et rappeler aux autres : cette persécution n’a aucun lien avec notre différend idéologique, de valeurs et de Tora avec eux. Revenons tous à l’alliance sainte des amoureux de la Tora et de la foi, à la fraternité du partage du fardeau dans l’espoir de la rédemption complète, même si nous divergeons sur la manière dont elle se manifeste. Revenons au pur débat d’idées, selon la voie de la Tora, car il est temps de dire assez à cette haine et à cette terrible persécution ».

Pour conclure, il a écrit : « Je prie pour que le Berger d’Israël revienne nous rassembler avec un amour fidèle, qu’Il parachève rapidement les étapes de notre rédemption, que nous soyons délivrés dans l’allégement de ces terribles douleurs de l’enfantement du Messie, et que la tristesse et les gémissements s’enfuient à jamais ».

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