Les enjeux de la remise en question de la politique monetaire et budgétaires en Israël !

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Qui sommes nous pour avoir la prétention d’infléchir cette politique ?

Mais en tant qu’économiste, retraité de France et patriote, voici notre analyse !

Professeur Michael Ayache, conseiller des Français de l’étrangers en Israël
Nous vivons un moment économique paradoxal. D’un côté, on nous explique que « tout va bien » : la croissance tient, l’économie israélienne résiste, et notre monnaie atteint des sommets historiques. De l’autre, dans les usines, les start‑up, les bureaux d’ingénieurs, mais aussi dans les foyers de retraités, notamment parmi les nouveaux immigrants, on sent monter une inquiétude sourde : celle d’un shekel trop fort qui commence à étouffer l’économie réelle et à fragiliser les plus vulnérables.
Un shekel fort, c’est une belle carte postale. C’est flatteur sur les écrans des marchés financiers, cela donne l’image d’un pays solide et attractif. Mais derrière cette image, il y a des réalités beaucoup moins photogéniques : des exportateurs qui perdent des contrats, des entreprises high‑tech dont les marges s’effritent, des emplois qui glissent déjà vers l’étranger… et des retraités de la zone euro et du monde francophone, des retraités juifs de France, dont la pension en euros se transforme chaque mois en un peu moins de shekels, au point de mettre en cause leur niveau de vie.
Pourquoi ? Parce que nos exportateurs facturent en dollars ou en euros, mais paient leurs salaires, leurs loyers, leurs impôts en shekels. Quand le shekel s’apprécie de 10, 15 ou 20%, ce n’est pas un simple jeu de chiffres : c’est une ponction directe sur leurs revenus. C’est chaque mois un peu moins de capacité à investir, à embaucher, à augmenter les salaires. Un shekel trop fort, ce sont des milliers de décisions micro‑économiques qui, mises bout à bout, aboutissent à une baisse de l’investissement, à la délocalisation de centres de R&D, à la fermeture de sites industriels.
Mais c’est aussi, pour un retraité français, italien, belge, canadien ou américain, une ponction silencieuse sur sa retraite. Quand vous avez travaillé toute une vie en France, que vous touchez votre pension en euros, et que vous décidez de faire votre alyah, la question est simple : combien de shekels pour vivre dignement aurez-vous ? Avec un shekel trop fort, chaque euro, chaque dollar donne moins. Le loyer, les charges, les médicaments, les transports, les produits de base coûtent, eux, en shekels. Le résultat, c’est qu’un retraité qui vivait correctement à Paris, à Marseille ,à Bruxelles ou à Montréal découvre qu’en Israël, avec la même pension, il ne peut plus joindre les deux bouts.
Soyons clairs : la force de notre monnaie a aussi des avantages. Elle allège la facture des importations, freine l’inflation, rend certains voyages et certains produits plus accessibles. Mais ce qui est un gain ponctuel pour le consommateur israélien qui gagne son salaire en shekels peut devenir une perte durable pour le producteur… et un étranglement pour le retraité ‘olé qui dépend d’un revenu en euros ou en dollars. Et sans producteurs, sans usines, sans entreprises innovantes, sans capacité d’accueil pour les nouveaux immigrants, il n’y a plus, à terme, ni emplois ni pouvoir d’achat, ni alyah viable pour les classes moyennes et les retraités.
Face à cette situation, la Banque d’Israël n’est pas démunie. Elle peut d’abord agir sur les taux d’intérêt : quand elle baisse son taux directeur, elle rend les placements en shekels moins attractifs par rapport aux placements en dollars ou en euros. Cela réduit l’appétit pour notre monnaie et freine son appréciation. Elle l’a déjà fait récemment, en abaissant ses taux tout en constatant que l’inflation restait sous contrôle : c’est un signal qu’elle accepte d’utiliser l’outil monétaire pour desserrer l’étau d’un shekel trop fort.
Elle peut aussi intervenir directement sur le marché des changes, en achetant des devises et en vendant des shekels. Techniquement, cela augmente l’offre de shekels et soutient mécaniquement le dollar ou l’euro. Dit autrement : la Banque d’Israël peut mettre sa puissance de feu au service de la compétitivité de nos exportateurs, lorsqu’elle juge que le mouvement de change devient excessif, et, indirectement, au service des retraités dont la pension est payée en devise étrangère.
Mais je veux le dire avec la plus grande clarté : ces outils ne sont pas magiques et ils ne sont pas sans risques. Intervenir trop massivement, trop longtemps, c’est prendre le risque d’alimenter des bulles de crédit, de pousser l’inflation, de fragiliser la stabilité financière. Baisser les taux trop vite, trop fort, pour affaiblir le shekel, c’est prendre le risque de perdre l’ancrage de confiance dans la monnaie. Nous ne voulons ni d’une monnaie surévaluée qui casse l’industrie et décourage l’alyah, ni d’une inflation incontrôlée qui détruit l’épargne des ménages et des retraités.
C’est pourquoi nous avons besoin d’une ligne de conduite responsable, lisible et ferme. Responsable, parce qu’il faut respecter l’indépendance de la Banque d’Israël. Personne ne demande que le gouvernement dicte au gouverneur le niveau du shekel. Mais indépendante ne veut pas dire isolée : il doit y avoir un vrai dialogue stratégique entre politique monétaire, politique budgétaire, politique migratoire et politique sociale. La question du taux de change n’est pas abstraite : elle touche la viabilité de la retraite d’un couple de Tiberiades, de Natanya, d’Ashdod… venu de Paris, Marseille, Lyon, de Nice, de Bruxelles ou de Montréal.
Lisible, parce qu’il faut dire la vérité aux citoyens et à ceux qui rêvent d’Israël depuis la diaspora. Non, nous ne pouvons pas promettre un taux de change précis, gravé dans le marbre. Mais oui, nous pouvons et nous devons dire que l’État d’Israël ne restera pas les bras croisés si un mouvement spéculatif met en danger notre base productive, notre high‑tech, nos emplois industriels, notre cohésion sociale, et la capacité de futurs retraités francophones à vivre dignement ici.
Et ferme, parce que le gouvernement a un rôle à jouer. Il peut renforcer les exportateurs par des dispositifs ciblés : soutien à l’innovation, crédits d’impôt à l’exportation, accompagnement des PME vers de nouveaux marchés. Il peut aussi mettre en place des politiques spécifiques pour les retraités immigrants : compléments de revenu conditionnés, dispositifs de logement abordable, accompagnement social renforcé dans les villes où se concentrent les olim de la zone euro et du monde francophone. Il peut éviter les messages contradictoires, où l’on se félicite d’un shekel toujours plus fort tout en déplorant les licenciements dans l’industrie et la précarité grandissante de certains retraités. Il peut surtout fixer un cap politique : celui d’une économie qui ne sacrifie pas sa capacité à produire, ni sa capacité à accueillir, au profit d’une vitrine monétaire.
En tant que citoyens patriotes, nous avons un message à faire passer aux décideurs et à l’exécutif d’Israël. Préférons‑nous un shekel qui brille sur les graphiques des traders, ou des usines qui tournent, des start‑up qui embauchent, des jeunes qui restent en Israël parce qu’ils y trouvent des emplois qualifiés, et des retraités juifs de France, d’Europe, d’Amérique du Nord qui peuvent, réellement, vivre ici de leur pension sans tomber dans la précarité ? Préférons‑nous regarder passivement la monnaie s’apprécier, en fermant les yeux sur ceux que cela laisse au bord du chemin, ou organiser lucidement, avec la Banque d’Israël, un atterrissage en douceur qui protège à la fois la stabilité des prix, la compétitivité de notre économie et la dignité de ceux qui ont choisi l’alyah à l’âge de la retraite ?
Je le dis avec force : défendre l’emploi israélien et défendre les retraités immigrants, ce n’est pas prêcher la faiblesse. Ce n’est pas appeler à une dévaluation permanente, à un pays pauvre qui ne tiendrait que par un change artificiellement bas. C’est au contraire refuser une situation où une monnaie surévaluée devient un symbole vide, un trophée qui ne profite qu’à une minorité et qui, silencieusement, ronge la colonne vertébrale productive du pays et la promesse d’Israël comme foyer pour tous les Juifs, y compris ceux de la zone euro et celle du dollar.
Notre responsabilité est d’alerter le personnel politique, mais quel poids avons nous afin de sensibiliser les décideur de cette problématique ? Car un shekel trop fort n’est pas seulement une variable macro‑économique, c’est un enjeu social, territorial, industriel et démographique, aux décideurs de construire des réponses équilibrées : une Banque d’Israël qui utilise pleinement, mais prudemment, ses outils ; un gouvernement qui soutient ses exportateurs, protège ses retraités, investit dans l’innovation et assume de dire que la compétitivité et la justice sociale vont de pair.
Un shekel raisonnablement fort, arrimé à une économie réellement forte et à une société qui n’abandonne ni ses travailleurs ni ses retraités, c’est l’objectif que nous devons nous fixer. Pas une monnaie fétichisée, détachée du réel. Pas une monnaie sacrée, mais une monnaie au service d’un projet : une Israël qui produit, qui exporte, qui innove, qui accueille, et qui offre à chaque citoyen, à chaque nouvel immigrant, une place digne dans cette aventure.
C’est ce message que je veux porter avec vous : un message de lucidité économique, de responsabilité budgétaire, et de fidélité à ce qui fait la force d’Israël depuis le premier jour – pas la couleur de sa monnaie, mais l’énergie de celles et ceux qui travaillent, entreprennent, créent de la valeur, et choisissent, même à l’âge de la retraite, de lier leur destin à celui de leur nouvelle patrie, Israël.

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