Nous allons prendre les quatre espèces dans les mains : le loulav, l’étrog, les hadassim et les aravoth. Nous allons les tenir, les agiter et les présenter devant Hachem.
Parmi ces quatre espèces, il y en a une qui m’a toujours particulièrement intéressé : la arava.
À Hocha’ana Rabba, elle prend même une place centrale. Nous prenons les aravoth, nous les agitons et, à la fin, nous les frappons contre le sol.
Mais qu’est-ce qui est si particulier avec la arava ?
La arava pousse près de l’eau. Elle a besoin d’eau. Elle dépend de cette source. Lorsqu’elle en est coupée, elle se dessèche rapidement.
La arava, c’est un peu la plante qui dit : « J’ai besoin. »
Elle ne fait pas semblant de pouvoir tout faire toute seule. Elle a soif. Elle a besoin d’une source extérieure pour vivre.
Et peut-être que c’est justement cela qu’elle vient nous rappeler.
Devant Hachem, nous venons aussi avec nos besoins. Nous avons soif de Sa proximité, de Son aide, de Sa yechou’a.
Nous avons besoin de Lui.
Et cette idée peut nous faire réfléchir à quelque chose de beaucoup plus quotidien.
Dans notre vie aussi, nous venons avec nos besoins. Nous avons besoin de proximité, d’aide, de soutien. Nous avons besoin des autres.
Et la question est : comment est-ce que je vis le fait d’avoir besoin de quelqu’un ?
Est-ce que je sais demander de l’aide ?
Est-ce que je sais dire : « Je ne sais pas » ?
Ça paraît tout simple.
Mais pour certaines personnes, ce n’est vraiment pas simple.
Par exemple, quelqu’un nous explique quelque chose et nous n’avons pas vraiment compris.
Le plus simple serait de dire : « Attends, je n’ai pas bien compris. Tu peux m’expliquer encore une fois ? »
Mais pas toujours.
Parfois, on préfère faire semblant d’avoir compris.
Et parfois, c’est encore pire : on commence immédiatement à expliquer ce que l’autre voulait dire.
« Il a fait ça parce qu’il voulait sûrement dire que… »
« Je pense qu’il a agi comme ça parce qu’il est comme ça… »
Tout est déjà expliqué.
Il ne reste qu’un petit détail : On ne lui a pas demandé.
Parfois, il faudrait simplement dire : « Attends, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris. C’est bien ça que tu voulais dire ? »
Et c’est tout.
Mais pour dire cette petite phrase, il faut accepter quelque chose : Je n’ai pas compris. Peut-être que toi, tu sais. Moi, je ne sais pas.
Et pour certaines personnes, cette position n’est vraiment pas facile.
Il y a aussi ceux qui ont du mal à dire : « J’ai besoin de parler à quelqu’un. Tu peux m’écouter un moment ? »
Ou : « Tu peux rester encore un peu avec moi ? Ça me ferait du bien. »
Ou même : « Franchement, j’ai passé un bon moment avec toi. Ça m’a fait du bien d’être avec toi. »
Là aussi, il faut reconnaître quelque chose : j’ai besoin de quelque chose de l’autre.
L’autre m’apporte quelque chose.
Et parfois, nous avons tellement peur d’avoir besoin des autres que nous essayons même de ne plus ressentir ce besoin.
Comme si avoir besoin de quelqu’un voulait dire être faible.
« Si j’ai besoin de lui, c’est que je ne suis pas indépendant. »
« Si je n’ai pas compris, c’est que je suis incapable. »
« Si j’ai besoin d’aide, c’est que je ne sais pas me débrouiller. »
Mais pourquoi ?
Est-ce que le fait d’avoir besoin de quelqu’un annule tout ce que je sais faire ?
Bien sûr que non.
On peut être un saule sans être un saule pleureur (notre photo – attention, ce n’est pas forcément une sorte de arava valable pour la mitsva !).
Je peux être quelqu’un de très indépendant, capable de faire énormément de choses tout seul, et avoir quand même besoin des autres.
Je peux être très compétent dans certains domaines et complètement perdu dans d’autres.
Je peux savoir des choses que l’autre ne sait pas, et lui peut savoir des choses que j’ignore.
C’est justement comme ça que fonctionnent les relations entre les personnes.
Nous ne sommes pas des gens qui n’ont besoin de personne.
Nous sommes des gens qui peuvent s’apporter quelque chose les uns aux autres.
Mais il y a encore une nuance importante : Demander, ce n’est pas exiger.
« Tu dois m’aider ! »
Ce n’est pas une demande. C’est une exigence.
Une vraie demande dit :
« J’ai besoin de toi. Si tu peux m’aider, ça me ferait du bien. »
Et derrière cette petite phrase, il y a encore une étape : accepter que l’autre puisse dire non.
Parce que demander, c’est aussi accepter que je ne contrôle pas la réponse.
Je peux avoir besoin de toi et tu peux ne pas être disponible.
Je peux te demander quelque chose et tu peux ne pas pouvoir m’aider maintenant.
Et cela ne veut pas dire que je ne vaux rien.
Cela ne veut pas dire que j’ai eu tort de demander.
Cela veut simplement dire que je suis une personne qui a des besoins, et que l’autre est aussi une personne, avec ses propres limites.
Savoir avoir besoin des autres de manière saine, c’est pouvoir dire : « J’ai besoin de toi » sans transformer ce besoin en : « Tu es obligé de me donner ce que je veux. »
Il y a quelque chose de très libérateur là-dedans.
Parce que lorsque je m’interdis d’avoir besoin des autres, je dois constamment tout porter tout seul.
Je dois toujours savoir.
Toujours comprendre.
Toujours me débrouiller.
Toujours faire comme si tout allait bien.
Et c’est épuisant.
Alors peut-être que ce Souccoth, en regardant la arava, nous pouvons prendre un petit moment pour nous poser quelques questions :
Est-ce que je sais reconnaître mes besoins ?
Est-ce que je sais dire : « Je ne sais pas » ou « Je n’ai pas compris » ?
Est-ce que je sais demander de l’aide sans avoir honte ?
Et peut-être que nous pouvons essayer quelque chose de très simple.
La prochaine fois que nous ne comprenons pas quelque chose, au lieu de faire semblant, dire simplement : « Je n’ai pas compris. Tu peux m’expliquer ? »
La prochaine fois que nous avons besoin de parler, ne pas attendre que l’autre devine, mais dire : « J’aimerais te parler un moment. Tu as quelques minutes ? »
Et parfois, lorsqu’une personne nous fait du bien, ne pas avoir peur de le lui dire : « Merci. Ça m’a fait du bien que tu sois là. »
Ce sont de toutes petites phrases.
Mais elles peuvent ouvrir énormément de choses.
La arava nous rappelle une chose toute simple : Avoir soif n’est pas une faiblesse.
C’est simplement reconnaître que j’ai besoin d’une source pour étancher ma soif.
Et dans la vie aussi, nous pouvons apprendre à dire : « Oui. J’ai besoin. »
Pas toujours.
Pas de tout le monde.
Mais parfois.
Et c’est très bien comme ça.
Peut-être même que c’est cela, être vraiment libre :
ne pas être obligé de tout faire tout seul.
Hag Saméa’h à tous !
Chimon Zyzek
Thérapeute en psychodrame
Titulaire d’un Master en psychodrame
simonzyzek@gmail.com
0527145779
Pour découvrir mes autres articles et réflexions, vous pouvez consulter les articles précédents :

























