Élections palestiniennes : l’aveu d’échec de Paris, Londres, Ottawa et Canberra

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Ils ont reconnu un État avant qu’il n’existe, sur la foi d’une promesse d’élections. La promesse vient d’être enterrée. Il leur reste les regrets.
Professeur Michael Ayache
Le 13 octobre 2026, les ministres des Affaires étrangères de l’Australie, du Canada, de la France et du Royaume-Uni ont publié une déclaration commune qui restera comme un document d’anthologie. Ils y « regrettent profondément » la décision de Mahmoud Abbas de reporter à septembre 2027 les élections législatives et présidentielle palestiniennes. Ce texte mérite d’être lu attentivement, car il dit beaucoup plus que ce que ses auteurs voulaient dire.
Ces quatre pays sont précisément ceux qui, en septembre 2025, à New York, ont reconnu un « État de Palestine ». Un an plus tard, ils découvrent avec stupeur que l’interlocuteur auquel ils ont offert ce cadeau diplomatique refuse, une fois de plus, de demander leur avis à ses propres administrés.
Reconnaître d’abord, vérifier ensuite
Selon le Washington Institute for Near East Policy, les quatre capitales avaient obtenu, avant leur reconnaissance, des engagements écrits du président Abbas sur la tenue d’élections nationales. Le 8 octobre dernier, c’est par une simple lettre de son vice-président, Hussein al-Cheikh, adressée à Jean-Noël Barrot, que la France a appris l’enterrement du scrutin prévu le 28 novembre.
Voilà donc la méthode : on accorde la reconnaissance, le prestige international et la légitimité, puis on « regrette » lorsque la contrepartie promise ne vient pas. Dans n’importe quelle négociation sérieuse, cela s’appelle se faire avoir. En diplomatie occidentale, cela s’appelle une « déclaration conjointe ».
Un mandat expiré depuis dix-sept ans
Les ministres l’écrivent eux-mêmes : près de deux décennies se sont écoulées depuis les dernières élections au Conseil législatif palestinien, et une génération entière de Palestiniens a atteint l’âge adulte sans jamais voter. Mahmoud Abbas a été élu en janvier 2005 pour un mandat de quatre ans. Il entame donc la vingt-deuxième année d’un mandat qui en comptait quatre.
Ce n’est pas un accident de l’histoire, c’est un système. Les élections de 2021 avaient déjà été annulées. Celles de 2026 viennent de l’être. On nous promet désormais le 11 septembre 2027 — une date dont le symbole aurait dû, à lui seul, faire réfléchir quelques chancelleries.
Pourquoi Abbas a peur des urnes
La vérité, que tout le monde connaît à Ramallah comme dans les chancelleries, est simple : la dernière fois que les Palestiniens ont voté, en 2006, ils ont porté le Hamas au pouvoir. Un an plus tard, le Hamas prenait Gaza par les armes et en chassait l’Autorité palestinienne. Depuis, le Fatah ne s’est plus jamais risqué à affronter le verdict populaire.
Les chiffres du principal institut de sondage palestinien, le PCPSR de Khalil Shikaki, sont éloquents. En octobre 2025, deux ans après les massacres du 7 octobre, le Hamas recueillait 52 % des intentions de vote parmi les électeurs décidés, contre 36 % pour le Fatah. Sa popularité a depuis reculé, mais en octobre 2026 encore, 74 % des Palestiniens refusaient tout désarmement du Hamas avant un retrait israélien total, et un tiers considéraient la lutte armée comme la voie la plus efficace vers un État. À Gaza, la liste commune Hamas-Dahlan arrivait en tête avec 30 % des voix.
Le Washington Institute le dit sans détour : les dirigeants du Fatah et de l’OLP manquaient de volonté politique parce qu’ils redoutaient une défaite quasi certaine. À quelques jours de la date limite, aucune grande faction — et surtout pas le Fatah — n’avait déposé de liste. Le report n’est pas le fruit des « obstacles israéliens » invoqués dans la lettre à Paris ; il est le fruit de la peur d’un pouvoir usé, corrompu et rejeté par son propre peuple : selon le PCPSR, 79 % des Palestiniens réclamaient en août la démission d’Abbas.
Le Hamas exclu… par la porte
La déclaration se conclut par une phrase rituelle : « le Hamas ne peut jouer aucun rôle dans la gouvernance future de la Palestine ». Formule rassurante, mais démentie par les faits.
La loi électorale réformée en juin interdisait certes aux candidats du Hamas de se présenter sous leur bannière. Le Hamas a donc fait ce qu’il fait toujours : il est revenu par la fenêtre, en cherchant une coalition avec Mohammed Dahlan et en présentant des universitaires, des technocrates et des hommes d’affaires.
On ne peut pas à la fois exiger des élections « sans plus tarder », ouvertes à « tous les Palestiniens admissibles », et prétendre que le mouvement qui a organisé le pire massacre de Juifs depuis la Shoah n’y jouera aucun rôle. Soit ces ministres ignorent la réalité du terrain palestinien, soit ils la connaissent et préfèrent ne pas la voir. Dans les deux cas, c’est inquiétant.
Et, bien sûr, la faute à Israël
Le texte ne pouvait pas s’achever sans son paragraphe obligatoire : l’appel à Israël pour qu’il « s’abstienne de toute action susceptible d’entraver » le scrutin. Abbas annule ses propres élections, son propre vice-président en informe Paris par écrit, et c’est encore Israël que l’on rappelle à l’ordre. Derrière la formule sur les « dispositions pratiques nécessaires à la participation de tous les Palestiniens », chacun comprend l’exigence d’organiser un vote palestinien à Jérusalem — c’est-à-dire de remettre en cause, sans le dire, la souveraineté israélienne sur sa capitale.
Ce réflexe est devenu pavlovien. Quel que soit le sujet, quelle que soit la responsabilité réelle, la conclusion est écrite d’avance : Israël doit faire un effort.
Israël, qui vient pourtant de se rendre aux urnes, comme il le fait régulièrement depuis 1949, dans la seule démocratie pleine et entière du Proche-Orient.
Un État sans territoire unifié, sans gouvernement élu, sans élections
Le droit international classique, codifié par la Convention de Montevideo de 1933, retient quatre critères de l’État : une population permanente, un territoire défini, un gouvernement effectif et la capacité d’entrer en relation avec d’autres États. L’Autorité palestinienne ne contrôle plus Gaza depuis 2007, ne dispose d’aucun gouvernement issu des urnes depuis vingt ans, et vient d’avouer qu’elle est incapable d’organiser un scrutin. Quel critère reste-t-il, sinon la bonne volonté des chancelleries occidentales ?
La reconnaissance de septembre 2025, intervenue moins de deux ans après le 7 octobre, n’a pas récompensé une démocratie naissante. Elle a récompensé la terreur, et elle a été perçue comme telle par ceux qui l’avaient commise.
Ce que la déclaration du 13 octobre révèle, au fond, c’est la déception de gouvernements qui ont parié sur une fiction et qui découvrent que la fiction ne se transforme pas en réalité par la seule magie d’un communiqué.
Ce que la France devrait faire
En tant que Français vivant en Israël, je ne peux qu’être affligé de voir la diplomatie de mon pays persister dans cette impasse. La France a été la première à entraîner ses partenaires dans cette reconnaissance ; elle devrait être la première à en tirer les leçons.
Cela signifie cesser de distribuer des brevets de légitimité à un pouvoir qui n’en a plus. Cela signifie conditionner toute aide politique et financière à des réformes réelles, vérifiables et préalables — et non promises. Cela signifie enfin regarder en face la réalité de l’opinion palestinienne, plutôt que d’en attribuer la responsabilité à l’État juif.
La paix ne naîtra ni d’un communiqué à quatre voix ni d’une reconnaissance accordée à crédit. Elle naîtra le jour où les dirigeants palestiniens renonceront au terrorisme, à l’incitation et au refus d’Israël — et où leurs soutiens occidentaux auront le courage de le leur dire. En attendant, Israël continuera de défendre son peuple, sa terre et sa capitale, Jérusalem.

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