« A mes amis non juifs, où êtes-vous dans nos moments de détresse ? »

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Tribune | « A mes amis non-juifs, où êtes-vous dans nos moments de détresse ? »

Par Zoé Perez

Zoé Perez est avocate française au barreau de New York. Suite à la marche du 25 novembre contre les violences faites aux femmes à Paris, elle s’interroge sur « la place accordée aux voix juives dans les mouvements de solidarité actuels ».

Derrière mon nom aux résonances espagnoles se cache une mosaïque d’identités. En tant qu’avocate internationale, j’ai côtoyé diverses cultures et travaillé dans de nombreux pays, où une facette discrète de mon identité était rarement évoquée : ma judéité. Ce n’est pas un secret, mais plutôt une part de moi-même qui ne cherche pas la lumière.
Le 7 octobre 2023, tout a basculé. J’ai été brutalement rappelée à cette facette de mon identité. Estomaquée. Ce coup de massue m’a plongée dans un deuil profond. Quelques heures après cette barbarie, a commencé une phase interminable de négociations ayant pour but d’obtenir quelque soutien de mes amis, dont j’avais tant besoin. Ces mêmes amis, qui parfois cherchaient auparavant mes conseils pour voyager en Israël, sont restés muets.

Elle pèse lourd, cette indifférence, sur les épaules de ceux qui portent une telle histoire, identité, mémoire. C’est l’histoire de ma famille, rescapée de la Shoah en Pologne et ayant fui la Tunisie, qui m’a dirigée vers mon travail humanitaire, notamment auprès de réfugiés et de victimes de violences sexuelles. Mon engagement dans ces causes était guidé par la conviction que les luttes pour la justice et la dignité humaine sont universelles. Aujourd’hui, cette universalité semble s’arrêter à la porte de la communauté juive. Alors que des femmes ont été victimes de violences innommables en Israël, le silence assourdissant des ONG et des militantes féministes me laisse encore sans voix.

« Je lance un appel pressant à mes amis non-juifs »

Mon expérience dans les campus et organismes internationaux m’avait habituée à des discours de solidarité sans frontières envers les minorités. Mes amis, souvent sensibilisés aux luttes de diverses minorités, semblent aveugles à la mienne, absorbés par des narratifs unilatéraux, ignorant la complexité de mon identité et de mon héritage.

Mais au milieu de cette désolation, un rayon d’espoir est apparu. Lors d’une marche contre l’antisémitisme, une amie non-juive s’est tenue à mes côtés. Sa présence, un geste si simple mais si puissant, a été un baume sur mon cœur meurtri. Cependant, cette gratitude soulève une question douloureuse : pourquoi ce soutien est-il l’exception plutôt que la norme ?

Ainsi, je lance un appel pressant à mes amis non-juifs, à cette communauté mondiale que j’ai soutenue sans réserve dans leurs propres luttes. Où êtes-vous dans nos moments de détresse ? Pourquoi notre douleur semble-t-elle moins légitime, moins digne de votre compassion ? La solidarité ne devrait pas connaître de frontières, ni être conditionnée par l’identité. Elle devrait être universelle, inconditionnelle.

Dans un monde de plus en plus divisé, l’empathie est notre plus grande force. Elle est le pont qui peut unir nos cœurs et nos esprits dans la lutte contre l’indifférence. Nous, qui avons uni nos voix lors des marches antiracistes, des manifestations pour les droits des réfugiés, des rassemblements féministes, ainsi que pour les causes ouïghoures, iranienne et ukrainienne, ne méritons-nous pas la même solidarité ? A mes amis non-juifs qui partagent notre douleur, votre empathie vous honore. Quant aux autres, silencieux et absents, je demande : où vous tenez-vous ? Qu’attendez-vous pour vous manifester ? Quelle est la condition de votre compassion ?

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