Anatomie d’un coup d’Etat

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Les manœuvres de l’opposition contre la volonté du peuple d’Israël

Professeur Michael Ayache

Jeudi 5 novembre 2026

« Ils s’assemblèrent contre Moché et contre Aharon et leur dirent : C’en est trop pour vous ! » (Nombres 16,3). La révolte de Kora’h (notre illustration, Gustave Doré) ne s’est pas faite au nom de la Tora, mais au nom de l’égalité, du peuple et du changement. Les Sages l’ont pourtant rangée au premier rang des disputes qui ne sont pas « pour le Ciel » (Pirké Avoth 5,17) : une coalition d’ambitions rivales, unies par un seul objectif, abattre celui qui conduit le peuple. Ce que nous voyons depuis le 27 octobre ressemble trait pour trait à ce schéma.

Le verdict des urnes

Commençons par les faits. Le Likoud est de loin le premier parti d’Israël avec 27 sièges, six de plus que Yashar, la liste de Gadi Eisenkot. Le camp national réunit 53 députés, contre 48 pour les quatre partis sionistes de l’opposition. Autrement dit, parmi les partis qui se réclament du sionisme, le peuple a placé en tête le camp de Benjamin Netanyahou. L’opposition ne peut dépasser ce chiffre qu’en ajoutant les 19 sièges des partis arabes, Ra’am et la Liste unifiée.

Voilà toute la vérité arithmétique du « changement » : sans les voix de partis qui ne se reconnaissent pas dans le projet sioniste, il n’existe aucune majorité pour renverser Bibi.

Un front sans programme

Mardi 3 novembre, à Herzliya, Eisenkot, Naftali Bennett, Yair Lapid, Avigdor Liberman et Yair Golan se sont réunis pour la première fois depuis le scrutin. Ils se sont engagés à recommander Eisenkot au président Herzog, à former « au plus vite » un gouvernement dit « d’urgence nationale » et à remplacer dès la semaine prochaine le président de la Knesset. Un gouvernement, un perchoir, un calendrier : tout a été décidé, sauf une politique.

Car qu’ont en commun ces cinq hommes ? Liberman, qui refuse de siéger avec ceux qu’il appelle des « soutiens du terrorisme ». Golan, qui veut faire entrer Ra’am au gouvernement et s’appuyer sur la Liste unifiée de l’extérieur, et qui répond « absolument pas » à tout gouvernement d’union avec le Likoud. Bennett et Lapid, qui ont déjà gouverné ensemble en 2021 grâce à Ra’am après avoir juré le contraire. Eisenkot enfin, qui affirme ne pas vouloir des partis arabes mais compte leurs recommandations pour obtenir le mandat. Le seul ciment de cette alliance tient en trois mots : tout sauf Bibi.

Le double langage sur les partis arabes

Chacun des chefs de l’opposition jure qu’il ne gouvernera pas avec les partis arabes. Mais Ra’am a annoncé qu’il recommanderait Eisenkot, et la Liste unifiée devrait faire de même. Ce sont ces recommandations, et elles seules, qui permettraient à Eisenkot d’atteindre 67 soutiens face aux 53 du camp national et d’obtenir le mandat présidentiel. On refuse le partenaire à voix haute, mais on encaisse sa signature à voix basse.

Les « quatre principes » qu’Eisenkot a fait adopter, dont la reconnaissance d’Israël comme État juif et la désignation du Hamas comme organisation terroriste, ne changent rien à cette équation. Ils servent de paravent moral à une opération purement mathématique. Nous avons déjà vu ce film en 2021 : des promesses solennelles le soir de l’élection, puis un gouvernement suspendu au bon vouloir de Mansour Abbas.

Fermer les yeux sur l’enquête

Plus grave encore : l’opposition veut bâtir sa majorité au moment même où le Shin Bet, rejoint par le Mossad, enquête sur des soupçons de financement étranger destiné à peser sur le scrutin. Le service a parlé à la Commission électorale de sommes considérables et de milliers de personnes concernées.

Un député de la Liste unifiée, Ayman Odeh, est soupçonné d’avoir reçu des centaines de milliers de shekels en liquide d’une source étrangère. Ces soupçons ne sont pas encore prouvés, et la présomption d’innocence vaut pour tous. Mais un dirigeant responsable attendrait la lumière avant de compter ces voix-là dans sa majorité.

Au lieu de cela, Eisenkot accuse Netanyahou de mener une campagne « destructrice et violente » de délégitimation et qualifie de « coup contre la démocratie » la simple demande d’attendre les conclusions de l’enquête. Ceux qui ont crié pendant des années à la menace sur la démocratie ne trouvent soudain plus rien à redire à l’ombre de l’argent étranger.

Le livre de Né’hémie nous a laissé une leçon éternelle. Quand les Juifs revenus d’exil rebâtissaient les murailles de Jérusalem, Sanballat et Tobia, appuyés par des puissances voisines, ont tout fait pour arrêter l’ouvrage : moqueries, intrigues, alliances étrangères. Né’hémie leur répondit : « Vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir dans Jérusalem » (Né’hémie 2,20). La souveraineté juive ne se partage pas avec ceux qui veulent l’affaiblir.

Une conception de l’État

L’Etat d’Israël n’est pas un simple contrat administratif. Le rav Kook y voyait le fondement du trône divin dans le monde, et nous récitons chaque Chabbath la prière pour l’État, « début de l’éclosion de notre délivrance ». Un gouvernement d’Israël doit donc reposer sur une majorité juive et sioniste, attachée à la terre d’Israël, à la Tora d’Israël et au peuple d’Israël. Un gouvernement qui ne tiendrait que par des partis hostiles au caractère juif de l’État serait légal, mais il trahirait la raison d’être de l’État.

Ce n’est pas mettre en cause les citoyens arabes d’Israël, qui ont le droit de voter et d’être représentés. C’est refuser que le destin de l’État juif, ses frontières, sa sécurité et son identité dépendent de formations qui n’en partagent pas le projet.

Ce que nous demandons

  • Que le président Herzog tienne compte du fait que le Likoud est le premier parti du pays et que le camp national arrive en tête parmi les partis sionistes.
  • Qu’aucun mandat ne soit accordé sur la base de recommandations dont l’origine fait l’objet d’une enquête de sécurité, tant que celle-ci n’est pas close.
  • Que Bennett, Liberman et Eisenkot disent clairement, devant les électeurs, s’ils accepteront ou non le soutien de Ra’am et de la Liste unifiée.
  • Que l’enquête du Shin Bet et du Mossad soit menée jusqu’au bout et ses conclusions rendues publiques.

Kora’h et son assemblée ont fini engloutis par leur propre révolte, et Moché est resté à la tête du peuple. Nous ne souhaitons de mal à personne, mais nous rappelons à l’opposition qu’on ne gouverne pas Israël contre le peuple d’Israël. « Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Psaumes 127,1).

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