Des responsables iraniens fuient vers la Suisse

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Une vague de défections au sein de la diplomatie iranienne

Ces dernières semaines, deux hauts responsables de la diplomatie iranienne en Europe ont quitté leurs postes pour demander l’asile politique en Suisse, dans un contexte de tensions sociales persistantes en Iran et d’inquiétudes croissantes quant à l’avenir du régime. Ce phénomène rare met en lumière des fractures internes au sein du corps diplomatique de la République islamique.

Le diplomate iranien Gholamreza Derikvand, jusqu’ici chargé d’affaires à l’ambassade d’Iran à Vienne, a abruptement quitté sa mission et a sollicité l’asile en Suisse pour lui et sa famille, d’après des sources proches du dossier. Ses démarches ont été rendues publiques par des organes d’information spécialisés dans l’actualité iranienne. Le ministère iranien des Affaires étrangères n’a fait aucune déclaration officielle sur cette affaire, et des membres de ce même ministère auraient préféré éluder toute discussion sur son départ, évoquant des préoccupations liées aux services de renseignements du pays.

Cette défection intervient peu après un cas similaire. À la mi-janvier, Alireza Jeyrani Hokmabad, un haut fonctionnaire de la mission permanente de l’Iran auprès de l’ONU à Genève, avait aussi abandonné sa charge pour demander l’asile en Suisse pour lui et sa famille. Jusqu’à récemment, il occupait un rang élevé, équivalent à celui de chef adjoint de la mission iranienne auprès des organisations internationales à Genève. Comme Derikvand, il aurait agi par crainte des conséquences potentielles de son retour en Iran en raison de la situation politique et sociale dans le pays.

Les carrières de ces deux diplomates montrent qu’ils étaient bien intégrés dans le réseau diplomatique iranien et promettaient un avenir important au sein du service extérieur. Collègues et observateurs avaient estimé que Derikvand, par exemple, aurait pu être promu ambassadeur s’il était resté à Vienne.

Ce phénomène de défection de diplomates n’est pas totalement inédit, mais il reste inhabituel pour un pays où le service diplomatique est étroitement contrôlé par les autorités. Des précédents existent, notamment après des périodes de troubles nationaux, lorsque des responsables avaient quitté leurs fonctions pour des raisons politiques ou de sécurité, invoquant des divergences avec la ligne officielle ou la peur de représailles à leur retour.

Les demandes d’asile de représentants officiels s’inscrivent dans un contexte plus large de mécontentement et de pression interne en Iran. Depuis plusieurs mois, des manifestations de grande ampleur secouent plusieurs villes du pays et entraînent une répression vigoureuse des forces de sécurité. Cette situation a poussé certains diplomates en poste à l’étranger à s’interroger sur leur avenir et leur liberté en cas de retour.

Du côté suisse, les autorités n’ont pas rendu publique leur position sur ces demandes d’asile individuelles, conformément à la pratique habituelle de neutralité et de discrétion dans les affaires d’asile. La Suisse joue en effet depuis longtemps un rôle particulier dans les relations avec l’Iran, notamment en représentant parfois des intérêts diplomatiques de pays qui n’entretiennent pas de relations directes avec Téhéran.

En Europe, ces défections soulignent aussi l’impact du climat politique iranien sur ses missions à l’étranger. À Genève, la présence d’un diplomate de haut rang qui abandonne sa charge pour demander protection met en lumière les inquiétudes grandissantes au sein du corps diplomatique vis-à-vis de son gouvernement. À Vienne, la décision de Derikvand illustre que ces préoccupations ne sont pas isolées mais pourraient résonner plus largement au sein du réseau diplomatique iranien réparti sur le continent.

Si la Suisse doit encore examiner les demandes de manière confidentielle, ces cas attirent l’attention sur l’état de la diplomatie iranienne et les divisions potentielles qui émergent dans un contexte de pression interne accrue et d’instabilité politique.

Jérémie de Jforum.fr

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