Deux ans après l’élimination de Hassan Nasrallah dans un bunker de la banlieue sud de Beyrouth, le Hezbollah n’est toujours pas parvenu à reconstituer sa chaîne de commandement ni sa puissance militaire d’avant-guerre. Une enquête du quotidien Asharq Al-Awsat, relayée par le Jerusalem Post, détaille l’effondrement progressif du réseau construit par le chef du mouvement chiite pendant quarante ans.
Une chaîne de commandement décimée avant même la mort de Nasrallah
Selon des sources libanaises et des religieux chiites cités dans l’enquête, l’effondrement du Hezbollah a commencé bien avant la frappe fatale. Les assassinats successifs de commandants de terrain, parmi lesquels Sami Taleb Abdallah, Ibrahim Aqil et Wissam al-Tawil, ont privé Nasrallah d’informations opérationnelles essentielles. Un religieux cité dans l’enquête résume : chaque commandant tué faisait perdre à Nasrallah « un œil qui l’aidait à voir clair ».
La compartimentation, longtemps présentée comme une force défensive du mouvement, s’est retournée contre lui : les successeurs des commandants abattus n’héritaient pas toujours du savoir accumulé par leurs prédécesseurs. Des drones israéliens en connaissaient parfois davantage sur certaines unités que les nouveaux responsables censés les diriger, selon ces mêmes sources.
L’attaque des bipeurs, en septembre 2024, a marqué un tournant psychologique pour Nasrallah lui-même. Wafiq Safa, l’un de ses proches, a raconté avoir entendu « un homme différent » au téléphone ce jour-là. Selon lui, Nasrallah a cessé de s’alimenter pendant environ 24 heures et n’a plus jamais été le même après avoir vu les images des blessés. « Ce fut la fin du monde pour lui », a déclaré Safa, ajoutant : « Il faut être réaliste, c’était une pénétration du renseignement, et Israël le mérite. Nous l’admettons. »
Un successeur jugé incapable de combler le vide
Hashem Safieddine, désigné comme successeur naturel de Nasrallah, a été tué quelques jours après lui, avant que Naim Qassem ne soit finalement nommé à la tête du mouvement. Selon des responsables de la défense israélienne cités par le Jerusalem Post, « les chaussures de Nasrallah sont plusieurs pointures trop grandes pour les pieds de Naim Qassem », qui n’aurait pas réussi à redonner au Hezbollah la puissance qu’il possédait avant l’opération Flèches du Nord.
Le mouvement a perdu l’essentiel de sa direction sécuritaire et politique pendant la guerre, dont Fouad Choukr et Haytham Ali Tabatabai. Les évaluations israéliennes estiment qu’entre un tiers et la moitié des effectifs opérationnels du Hezbollah ont été touchés et mis hors d’état de combattre. Ces derniers semaines, le mouvement a subi un nouveau revers avec la prise par Tsahal de la crête d’Ali Taher, un complexe stratégique de la force Badr construit sur près de vingt ans, dont le réseau de tunnels a été détruit par le génie de combat israélien.
Un isolement politique qui s’ajoute aux pertes militaires
Au-delà du terrain militaire, le Hezbollah fait face à un affaiblissement de son environnement politique. Selon des évaluations israéliennes, l’Iran aurait récemment pris ses distances avec le mouvement, tandis que le gouvernement libanais mène des négociations directes avec Israël. Nabih Berri, figure influente du système politique libanais longtemps proche du Hezbollah, a indiqué ne pas exclure ces contacts, une déclaration perçue par le mouvement comme un désaveu. Un autre dossier reste en suspens du côté syrien, où le gouvernement d’Ahmed al-Sharaa pourrait, selon ces mêmes évaluations, présenter la facture d’anciens contentieux avec le Hezbollah.
C’est cette combinaison d’affaiblissement militaire, d’isolement politique et d’incertitude sur le soutien iranien qui conduit des responsables israéliens à estimer que le Hezbollah n’a, à ce stade, aucun intérêt à risquer une guerre ouverte contre Israël.
Sources : The Jerusalem Post


























