AUTOUR DE LA TABLE DE CHABBATH n° 543 KORA’H
Là-haut, il n’y aura pas d’écran panoramique…
Notre paracha nous transmet un message long sur la nature d’un homme. En effet l’histoire de Kora’h est impressionnante. Il s’agit d’un proche parent d’Aharon qui refuse la nomination de son plus jeune cousin comme chef de la tribu des Kehat (une branche des Lévi) car au niveau généalogique c’est lui qui aurait dû être nommé à sa place (et à cette époque bénie on n’avait pas besoin du ChatGPT pour connaitre ses propres ramifications familiales..). Suite à cela il tenta de rameuter à sa cause les sempiternelles déçus de la communauté (anarchistes, gauchistes, réformistes…) et en particulier les 250 sous-chefs de la tribu de Reouven contre le pouvoir établi (un peu comme les supporters de foot le font sentir dans les rues de Paris après le match… Pardonnez-moi pour cette autre digression). Moché fera tout pour éviter le désastre mais voyant que Kora’h et sa bande ne reviennent pas sur leur décision, Moché est alors obligé de faire intervenir Hachem en lui demandant de montrer aux yeux de tous qui a tort : Kora’h ou lui-même… D’après vous mes chers lecteurs, qui aura raison ? La réponse de Hachem ne se fera pas attendre puisque immédiatement la terre s’ouvrira sous les pieds transis de peur de Kora’h et de ses acolytes, et la bande tombera profondément dans les abîmes sous terre. Depuis lors, le talmud (Sanhédrin 110) enseigne que les enfants de Kora’h crient depuis ce trou : « Moché émeth veTorato émeth, Moché a vu juste et sa Tora est vraie ! » D’ailleurs il semble que ce soit le même sort qui attend tous ceux qui s’opposent à l’étude de la Tora en Terre Sainte… si vous voyez ce que je veux dire… Pendant que Kora’h dégringolait donc dans les abîmes, les 250 chefs étaient brûlés par un feu dévorant tandis qu’une épidémie se propagera le lendemain dans le campement et entraînera la mort de 14.700 personnes (chap. 17,14). Ce triste épisode montrait à tous que Moché Rabénou n’a jamais conduit le Clall Israël à sa guise, seulement toutes ses décisions ont été prises en accord avec le Ribono chel ‘olam. Notre maître n’était qu’un fidèle intermédiaire entre Hachem et le Clall Israël. Magnifique !
La paracha commence par « Vayika’h Kora’h ».
Il a pris Kora’h. Les commentateurs s’interrogent : qu’est-ce qu’a pris Kora’h ? Certains répondent (dans Rachi) d’après le Midrach que Kora’h a pris un Talith (habit à quatre coins) entièrement fait de bleu azur. Or il existe une Halakha qu’aux franges de ce vêtement il faut mettre un fil bleu (‘hilazon). Kora’h voulait tourner en dérision cette Mitsva : pourquoi doit-on mettre un fil alors que le vêtement est tissé de centaines de fils bleu ? D’autres expliquent que Kora’h s’est pris de lui-même (premier commentaire de Rachi), c’est-à-dire qu’il s’est retiré de l’assemblée pour pouvoir s’attaquer à son chef : Moché Rabénou. Le rav Harrar de Bené Brak rapporte le rav Dessler zatsal, (Mikhtav MéElyahou livre 1) que le monde est divisé en deux. Il y a ceux qui prennent, ils sont toujours là pour profiter de l’autre, veulent toujours plus, cherchent l’appât du gain sur le compte de leur prochain. Cela entraîne fréquemment quelques petites entorses à droite et à gauche, des petites incorrections et cela peut aboutir au vol et à la truanderie. Toutes ces manigances ont pour but le profit des biens et des gens. On les appelle : les preneurs.
Mais le monde n’est pas si noir, car il existe, Béni soit Hachem, aussi les donneurs. Des bonnes gens qui cherchent à donner à l’autre, que ce soit leur bien-être matériel ou spirituel. Par exemple l’aide à son ami par de bons conseils (achète un appartement en Erets… on sait jamais) ou l’orienter vers plus de Tora (par exemple lui faire découvrir la Super Table du Chabbath) ou encore l’aide au niveau matériel pour finir ses fins de mois difficiles. Tout cela montre qu’ils sont des donneurs.
Ceux qui sont issus du premier groupe n’ont pas eu besoin de sortir de « Saint Cyr » pour hériter de ces mauvaises midoth (traits de caractères)… Il suffit de laisser cours à sa mauvaise nature comme l’orgueil, les envies, l’avarice, etc., pour gagner son ticket d’entrée dans ce groupe en expansion continuelle. Par contre, pour le deuxième groupe d’une manière générale, il convient de faire un travail sur soi pour avoir le bon regard sur son prochain, vouloir le bien de l’autre, etc. Le meilleur exemple à prendre c’est Hachem, car c’est Lui la racine de tout le bien sur terre, c’est Lui qui donne en permanence afin que le monde perdure. L’exemple le plus marquant c’est la respiration. Le roi David écrit : « A chaque respiration, je glorifie Hachem ! », c’est-à-dire qu’il était conscient que ce miracle permanent, le système respiratoire, est dû à la bonté du Créateur. Donc de la même manière qu’Il nous gratifie d’un grand cadeau à chaque instant de la vie, alors nous aussi nous allons tendre la perche à notre prochain pour l’aider (comme Hachem le fait si bien avec nous à chaque moment de la journée).
D’après ce développement lorsque la paracha commence par « Vayka’h Kora’h »/Il a pris Kora’h. Cela indique que Kora’h faisait partie du premier groupe : les preneurs qui ont droit à une fin bien décevante. A bon entendeur…
Lorsque la querelle est arrivée à son paroxysme, Hachem était prêt à exterminer tout le Clall Israël car c’était la quatrième fois que le Clall Israël se rebellait contre Moché et Hachem. Moché pria D’ en Lui disant (chap. 16,22) : ‘Eloké harou’hoth / D’ des âmes et de toute chair, un homme faute et tu voudrais anéantir la collectivité ? » C’est-à-dire que s’il est vrai que Kora’h et ses acolytes ont fauté, il n’empêche que le Clall Israël est exempt, pourquoi toute la collectivité doit-elle trinquer pour la faute de quelques individus ?
Le Or ha’haim (sur place) enseigne un beau ‘Hidouch sur « Eloké harou’hoth/D’ des âmes ». Il explique qu’il existe quatre catégories de louanges dans l’univers.
1- La louange des myriades d’anges qui glorifient Hachem tous les jours ;
2- Celle (la louange) de toutes les âmes du Clall Israël qui ont été créées depuis les premiers jours de la création et qui attendent patiemment leurs descentes dans ce monde (en les faisant entrer dans le corps d’un bébé qui vient de naître). Tout le temps de leur attente elles glorifient Hachem (en plus des anges) ;
3- Il y a toutes les âmes des Tsadikim qui sont revenues après leur passage sur terre, remontées à leur source et qui jouissent du salaire de la Tora et des Mistvoth (ndlr : là-haut, votre feuillet préféré vous certifie qu’il ne s’agit pas de boire un verre de whisky accompagné de ses copains devant l’écran panoramique de la retransmission du match de foot France/Koweït… comme certains iconoclastes veulent bien nous le faire avaler… Car les anges du firmament ne savent pas faire des penaltys, n’est-ce pas ? Mais soyons sérieux. Il s’agit de profiter de l’éclat de la Chekhina et ce n’est que grâce à l’étude de la Tora et des Mitsvoth, et des bonnes actions. Il n’y a rien d’autre à faire ; d’ailleurs l’éternité c’est bien, bien long…) ;
4- C’est la louange que font les Tsadikim du Clall Israël (les Avrékhim/Ba’houré Yechivoth et les bonnes gens de la communauté qui soutiennent tout ce beau monde) qui louent Hachem alors qu’ils sont vivants sur terre.
Le Or Ha’haim enseigne que le plus grand délice pour Hachem de toute cette grande symphonie (les âmes, les anges et les hommes) provient des Tsadikim qui sont vivants sur terre ! Alors que nous sommes sur terre avec notre Yétser hara’ -mauvais penchant- (les preneurs/donneurs, l’étude de la Tora qui est ardue et aussi toutes les poursuites que les Ba’houré Yechiva et Avrékhim doivent surmonter pour rester sur les bancs de l’étude, la pratique des mitsvoth alors que le smartphone est à portée de main (24/24) et qu’il nous incite à passer notre temps à voir plein de sottises du matin au soir, et pourtant nous arrivons à nous lever à temps pour l’office du matin de 7 heures afin de répondre au Kaddich et à la Kedoucha. C’est le plus grand délice que nous puissions offrir à Hachem, mieux encore que les Chérubins du Service.
LE SIPPOUR
Notre Sippour nous ramène 150 ans en arrière.
A l’époque une femme est allée voir le rav Biniamin Diskin pour lui raconter son histoire. Elle ouvrit sa bouche avec beaucoup de difficultés et après beaucoup de pleurs commença son histoire : « Je suis de Prusse. Là-bas j’éduquai avec mon mari mes enfants dans la Tora et les Mitsvoth, seulement dans mon passé, mon père m’a fait beaucoup de mal. Dans ma petite enfance, il a quitté le foyer familial et a rompu tous les liens avec nous. On vivait alors dans une grande pauvreté. Et ce père que j’ai à peine connu est parti dans la lointaine Angleterre. Là-bas il rédigea une série de pamphlets et de livres contre le judaïsme traditionnel pour la plus grande honte de ma famille et de nos ancêtres. Il est devenu un véritable Juif renégat et toute sa vie il diffusa son fiel et ses idées contre la communauté juive craignant Hachem ! Les années passèrent, et j’ai pu, avec l’aide de D’, trouver un bon mari pratiquant la Tora et les Mitsvoth. Toutes ces années j’essayais d’oublier ce mauvais père, jusqu’au jour où je reçus une lettre de lui qui m’écrivait que les jours de sa fin étaient proches et qu’il demandait sincèrement pardon pour tout son passé, de tout le mal qu’il avait fait.
Il désirait ardemment revenir auprès de ma famille, voir ses petits-enfants avant de quitter ce monde. Donc il nous demanda que nous l’hébergions chez nous. Bien que très sceptique sur l’attitude de mon père je demandais à mon mari son avis. Dans sa grande bonté, mon époux me dit d’accepter. Suivant son conseil, mon père vint à la maison après plusieurs dizaines d’années d’absence. »
Effectivement, son repentir était bien sincère, plus aucune parole contre la sainte Tora, ni contre les rabbanim et uniquement de très grands regrets sur son attitude passée. Seulement, son repentir était aussi grand que ses paroles avaient été perfides contre le judaïsme dans le passé. Le souvenir de ses actions ne lui laissait pas de répit et la maladie s’installa rapidement : il tomba gravement malade. Une fois, sentant sa mort imminente, il m’a demandé de le voir avec mon mari. Mon père me dit alors : « Voilà, je tiens à te raconter mon histoire. Mon enfance je l’ai passée dans la grande ville d’Altona dont le rav était le grand rav Yonathan Eibeshits zatsal. (Pour comprendre la suite on est obligé de vous faire découvrir une page de l’histoire juive peu connue du grand public. Il y a environ trois siècles et demi en Europe centrale (1626-1676) vivait un Juif renégat qui a fait beaucoup de mal : c’est Chabtaï Tsvi de mémoire maudite. Ce Juif s’est fait passer pour le Messie, tant attendu, le délivreur du Clall Israël. L’époque alors était très difficile pour la communauté dans son ensemble, et les pogroms terribles en Ukraine avaient provoqué qu’une bonne partie de nos frères s’étaient joints à cet homme. Même après sa mort (après qu’il se soit converti à l’Islam) il restait de ses disciples un peu partout en Europe. C’est après qu’éclata une grande dispute entre deux grands du Clall Israël : le rav Eibeshits zatsal et le rav Ya’akov Emdem zatsal. Le sujet de la dispute était que le rav Eibeshits, qui était un grand dans la sagesse de la Kabala, écrivait des Kemioth (parchemins sur lesquels étaient inscrit des Noms de Hachem pour donner la guérison, etc.). Or le rav Ya’akov Emdem suspectait le rav Eibeshits d’être un adepte des enseignements de Shabtaï Tsvi YC. De là est née une très grosse dispute entre ces deux géants de la Tora). » Le mourant continue : « Mon père était un fervent défenseur de rav Ya’akov Emdem et il possédait un don pour écrire des pamphlets contre rabbi Yonathan Eibéshits ! Le jour de ma Brith Mila (!) il a même fini un livre rempli de médisances sur rabbi Eibeshits. Ce même jour, rabbi Ya’akov Emdem bénit le nouveau-né en disant “que soit la volonté de Hachem que ce jeune bébé soit rempli du même esprit que son père pour aller contre rabbi Yonathan !” Et toute l’assistance répondit Amen.
Et mon père répondit aussi avec toutes ses forces. Et voyez, mes enfants, le résultat de toutes ces bénédictions ! Du fait que mon père m’a fait entrer dans une dispute entre deux géants de la Tora depuis mon plus jeune âge, rapidement j’ai tourné toute la Tora en dérision et je me suis écarté de la voie de mes ancêtres. Malheur à moi le jour du jugement. » Après, mon père a pleuré amèrement ; il se tourna vers moi et me dit : « S’il te plaît, fais-moi une grande bonté. Après ma mort, je tiens à ce que tu ailles voir un grand d’Israël et que tu lui racontes tout ce que je t’ai dit. Et demande-lui qu’il soit mon avocat pour mon âme pécheresse face au Beth Din d’en haut. »
Fin des paroles de la fille de cet ancien renégat auprès du rav Diskin de la ville d’Hourdine. Il est aussi rapporté que de nombreuses années après cette grande controverse, le rav Yonathan Eibeshits est apparu en rêve à un des grands de la génération et a dit dans ce rêve : « Sache que moi et rabbi Ya’akov Emdem nous sommes tous les deux dans le Gan Eden (Paradis). Tandis que TOUS ceux qui sont entrés dans notre discussion sont dans le Guehinom (l’enfer) ! » (Preuve en est que la dispute qui sévissait entre ces deux géants de la Tora était 100 % en l’honneur du Ciel, tandis que chez les élèves, c’était déjà bien différent). Cette histoire vraie nous dit combien on doit s’efforcer de bien faire attention aux honneurs que l’on doit aux grands de notre peuple et surtout de fuir la dispute ! Et comme on a parlé de dispute on finira plus joliment par une autre véritable anecdote sur un Admour, le rav Refael de Bérshide (Europe centrale). Il était marié avec une femme particulièrement dépensière alors que la maison ne roulait vraiment pas sur l’or. Ses proches parents lui dirent qu’il devait absolument réprimander sa femme pour la tenue lamentable des comptes de la famille. Le rav répondit : « Je crains bien que si j’en viens à réprimander mon épouse pour son comportement léger, n’éclate une grande dispute dans ma maison. Or le Chla hakadoch dit expressément qu’une dispute REPOUSSE CENT FOIS LA SUBSISTANCE DE L’HOMME. Donc à quoi cela servira ? Je préfère me taire et ne pas faire de dispute et de cette manière ma subsistance sera ASSUREE ! » FORMIDABLE.
Cette semaine nous avons appris plusieurs choses.
1- On fera attention dorénavant (pour ceux qui ont raté le coche) de faire partie des DONNEURS.
2- Plus la difficulté est grande pour nous, plus Hachem a la joie de voir Ses créatures le servir. Lorsque nous arriverons là-haut après nos 120 ans, nous verrons et entendrons toute la belle symphonie que nous avons créée lors de notre passage sur terre, parfois tumultueux. Et comme le dit rabbi Na’hman : le principal, c’est de rectifier le tir.
Chabbath Chalom et à la semaine prochaine, si D’ le veut.
David Gold
Tél.: 00972 55 677 87 47
E-mail : dbgo36@gmail.com
Une berakha à Yoel Haddad et son épouse (Villeurbanne) pour leur engagement dans le soutien à l’étude de la Tora (Collel) en Erets et qu’ils voient du na’hath dans l’éducation des enfants et la parnassa.
Mazel Tov à l’Avrekh Daniel Lelti chlita et à son épouse (Villeurbanne) à l’occasion de la naissance de leur fils, qu’ils méritent de le voir grandir dans la Tora, les mitsvots et à sa ‘houpa, et la berakha aux grands-parents
Une berakha au Roch Collel émérite le rav Asher Brakha-Bénédict chlita et à son épouse pour son formidable travail d’enseignement et de diffusion de la Tora en Erets et particulièrement à Raanana.





























