«Quand tu seras arrivé dans le pays que l’Éternel, ton D’, te donne en héritage » (Devarim 26,1)
Il existe une belle histoire sur les frères rabbi Shmelke de Nikolsbourg zatsal et l’auteur du Hahaflaa zatsal, lors de leur première visite chez le Maguid de Mezeritch zatsal.
Les frères demandèrent au Maguid de leur expliciter les propos de nos Maîtres (Berakhoth 54a) : « L’homme est tenu de réciter une bénédiction sur un mal, tout comme il en récite une sur un bienfait. » Cette affirmation nécessite en effet une explication. Comment l’homme peut-il arriver à se réjouir du mal de la même manière qu’il se réjouit d’une bonne nouvelle ? Le Maguid leur recommanda de rendre visite à son élève, rabbi Zoucha d’Anipoli zatsal, qui serait en mesure de leur inculquer cette notion.
Arrivés au domicile de rabbi Zoucha, ils constatèrent qu’il vivait dans un grand dénuement. Ils lui exposèrent la raison de leur visite et rabbi Zoucha leur répondit : « Je ne peux pas vous enseigner cela, car de ma vie, je n’ai jamais ressenti le moindre mal. J’ai toujours expérimenté les bienfaits et les actes de bonté de Hachem, loué soit-Il. Aussi, je vous recommande d’aller chez un homme qui a vécu un malheur et s’en est réjoui, et il pourra vous renseigner à ce sujet. »
Grâce à cette réponse, les frères comprirent parfaitement le passage susmentionné, en constatant qu’il est possible d’accéder au niveau où aucun mal n’est considéré comme tel, et où l’on accueille tout ce qui nous arrive dans la joie.
On raconte qu’un jour, les élèves du Maguid de Mezeritch discutèrent de ce sujet : s’ils étaient à la place de Hachem, comment dirigeraient-ils le monde ? L’un des élèves déclara qu’il accorderait la richesse à tous les hommes, afin de pouvoir accomplir les Mitsvoth avec largesse. Le second affirma au contraire que tout le monde serait pauvre, car rien n’importune plus l’homme que la richesse qui le détourne de son véritable but.
Quant au rabbi et auteur du Ba’al Hatanya zatsal, il répondit en ces termes : « J’aurais réagi exactement de la même manière que Hachem. En effet, s’élever au-dessus de Hachem, loué soit-Il, est impensable. S’Il a choisi cette voie, c’est le signe que c’est la meilleure conduite possible, même si nous ne comprenons pas !»
Le ‘Hafets ‘Haïm zatsal mentionne à ce sujet une parabole riche d’enseignements : un invité se rendit un jour dans une synagogue et aperçut le Gabbaï distribuer les Alyoth pour la montée à la Tora : le Cohen et le Lévi du côté sud, le troisième au Mizra’h (côté est), le quatrième à l’ouest, le cinquième et le sixième au nord. L’invité s’étonna et demanda au Gabbaï : « Pourquoi as-tu appelé ceux qui sont du côté sud ? Il y a pourtant parmi eux des notables du côté du Mizra’h ? Pourquoi as-tu choisi spécifiquement le troisième du Mizra’h et du non du sud ? Et pourquoi as-tu choisi des hommes qui montent à la Tora de plusieurs côtés, et ne les as-tu pas appelés dans l’ordre ?»
Un homme perspicace répondit à l’hôte : « Votre honneur est venu pour un Chabbath et désire comprendre le déroulement des Aliyoth à la synagogue. Si vous aviez été présent pendant plusieurs semaines de suite, vous auriez assisté à la distribution du Gabbaï qui suit un ordre juste. Chaque Chabbath, il fait l’impasse sur les hommes qui ont déjà reçu une Aliya, et invite d’autres à leur place. »
Le même principe s’applique à notre sujet : l’homme séjourne sur terre pour une courte période, et il aimerait comprendre et recevoir des réponses à toutes ses questions, comme : pourquoi untel est-il pauvre, tandis qu’un autre est riche, surtout que parfois, le démuni a à son actif de bonnes actions, même davantage que le riche ? Cependant, s’il vivait plusieurs centaines d’années, il verrait que, cent ans auparavant, l’âme du pauvre se trouvait dans le corps du riche, et le riche était pauvre. On les mit alors à l’épreuve, l’un à l’épreuve de la richesse et le second, à l’épreuve de la pauvreté. À présent, on a inversé du Ciel leur destin, pour les mettre à l’épreuve pour la seconde fois. Il existe de nombreux calculs de ce type dans le Ciel, dans le but de réparer les âmes et dans le cadre du principe de punition et de récompense, qui s’étend sur de longues années.
De ce fait, l’homme, dont la durée de vie est limitée, ne voit pas les affaires du monde dans une large perspective. Il ressemble à un hôte qui passe d’un endroit à l’autre. Aussi, il ne lui appartient pas d’enquêter sur la conduite de Hachem, mais il Le suivra avec intégrité et sera fermement convaincu que tout ce qui se produit dans le monde est pour le bien.
De plus, on précisera que toute personne qui ancre dans son cœur la croyance que tout ce que l’homme possède émane uniquement de Hachem, loué soit-Il, sait qu’il n’est pas honteux d’être pauvre. Un homme créé par Hachem avec des limitations physiques n’en a pas honte, comme l’indique ce passage de l’ouvrage Avot derabbi Nathan (chap. 41) au sujet d’un homme qui avait fait l’objet de moqueries : « Rends-toi chez l’Artiste qui m’a créé. » De la même façon, un homme que Hachem a créé avec des limitations financières, dont les efforts dans le domaine de la Parnassa ne sont pas couronnés de succès, ne doit éprouver aucune honte.
Nous constatons clairement que la richesse ne dépend ni de l’intelligence ni de l’assiduité ou de la dextérité. De nombreux riches sont idiots et fainéants, tandis qu’il existe de nombreux pauvres qui sont intelligents et assidus, comme nous l’a enseigné l’homme le plus sage (Kohéleth 9,11) : « Ni le pain aux gens intelligents ni la richesse aux sages.»
Ainsi, il vaut la peine pour chacun de méditer sur l’idée que, tout comme on reçoit en héritage uniquement une petite somme, on ne doit pas éprouver de honte, car la richesse de son père ne dépendait pas de lui, de la même façon, lorsqu’on gagne modestement sa vie, il n’y a pas lieu d’avoir honte, car telle est la volonté du Créateur Qui distribue la richesse. Lorsqu’on n’a aucun regret et qu’on n’éprouve aucune honte, on mérite de vivre constamment dans la joie.
Nous pouvons ainsi lire notre verset à la lumière de ces explications : « Quand » : c’est un langage de joie, vous serez animés de joie dans toute situation, « tu seras arrivé dans le pays que l’Éternel, ton D’, te donne » : lorsque vous intégrerez l’idée que toute la matérialité que vous acquérez n’est qu’un cadeau du Ciel, qu’Il vous donne « à vous » : en fonction du bien que cela vous apporte et dans votre intérêt, comme « un héritage » : quelque chose que l’on reçoit en héritage.
Chabbath Chalom !



























