L’économie en Israël

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Malgré la récession sévère du dernier trimestre 2023 (-19% du PIB), en année pleine la croissance est restée positive en 2023 (+1,8%). En 2024, Israël devrait éviter la récession (entre +0,2 et +2,2% de prévision de croissance mais cela dépendra de l’ampleur et de la durée de la guerre ainsi que de l’atmosphère politique intérieure. La construction (10% du PIB) reste le principal point noir et, avec elle, d’autres conséquences de moyen-long terme sont sources d’inquiétudes (IDE, impacts budgétaires).

ECONOMIE. La guerre, dans sa première phase, ne devrait pas avoir d’impact majeur sur les fondamentaux économiques du pays.  L’endettement public devrait être contenu en deçà de 70% du PIB cette année tandis que le shekel a retrouvé son niveau antérieur à la bulle high tech des trois dernières années. Le déficit budgétaire s’est toutefois creusé en 2023 (-4,2% du PIB) et s’aggravera en 2024 (environ -7,5% attendus) mais cette tendance était déjà à l’œuvre avant le conflit.

INFLATION. L’impact de la guerre sur l’inflation est assez faible à ce stade, malgré un renchérissement des produits frais, de la logistique et des assurances. La banque d’Israël a réussi à baisser son taux directeur à 4,50% en janvier, l’inflation est repassée sous les 3% en glissement annuel. Les exportations de gaz vers la Jordanie et surtout l’Égypte sont de nouveau au maximum de leur potentiel.

EMPLOI. La principale préoccupation demeure le manque de main d’œuvre qui affecte le secteur de la construction et l’agriculture (qui ne représente que 1% du PIB mais constitue un secteur à la fois stratégique et emblématique). La suspension des permis de travail des Palestiniens [1] semble durable. Le remplacement par des nouveaux travailleurs venus de pays lointains ne devrait s’intensifier qu’au deuxième semestre 2024. Comme avant la guerre, l’économie d’Israël fonctionne en plein emploi avec un taux de chômage de l’ordre de 3%.

HIGHTECH. La haute technologie, avec 18% du PIB et 55% des exportations (biens et services) semble marginalement affectée. Le secteur n’est guère sujet au boycottage et ses exportations dépendent rarement des chaînes logistiques.

Enfin, l’industrie d’armement, le deuxième moteur de l’économie (12 Mds USD d’exportations en 2022), est florissante.

PERSPECTIVES. À plus long terme néanmoins, les perspectives sont mitigées pour l’économie israélienne

Certains choix politiques pourraient s’avérer coûteux à terme. La sécurisation des infrastructures routières en zones B et C de Cisjordanie absorbe une grande partie du budget des transports. Le gouvernement a renforcé le financement des écoles orthodoxes et des Yechivoth et le débat sur la conscription des orthodoxes (13% de la population) amplifie un clivage de société. La suspension des permis de travail des Palestiniens est un enjeu important et la mise à l’arrêt de 50% des chantiers pourrait avoir des conséquences sur les prix déjà très élevés de l’immobilier.

INVESTISSEMENTS. La confiance des investisseurs étrangers a été écornée par la réforme judiciaire, perçue comme une remise en cause de l’État de droit. Les IDE sont toujours enviables, notamment dans la Tech, mais ils sont passés en quatre ans de 25-30 milliards USD par an à 16 milliards USD en 2023. Ce projet de réforme de la justice met en lumière un clivage au sein de société. Les agences de notation n’ont pas manqué de le relever ; elles ont dégradé les perspectives d’Israël à négatives même si la notation d’Israël demeure très bonne (A2 pour Moody’s, A+ pour Fitch et A+ pour S&P, qui vient de dégrader sa note, cf. brèves infra)[2]. Sur l’investissement intérieur, la guerre a aussi ralenti les prises de décisions et suspendu certains projets.

DEFENSE. Enfin, l’effort de défense nationale devrait augmenter dans les prochains mois et années. Tendanciellement, l’effort de défense d’Israël connaissait une normalisation par rapport aux autres pays de l’OCDE. Il était de 4,5% du PIB avant le 7 octobre, soutenu par une aide américaine de 3,8 Mds USD par an votée sur base décennale. Il devrait augmenter à au moins 5,5% de la richesse nationale. C’est 1 point de PIB supplémentaire qui devra y être consacré au moment même où l’État devra faire face à une augmentation du taux de dépendance des personnes âgées – actuellement de 25% il devrait passer à 32% dans 25 ans – et à une croissance des besoins en infrastructures (au moins 1 à 2 points de PIB par an selon les estimations de la banque centrale en 2021).

                                                                 
[1] Avant-guerre, il y avait 100 000 permis valides pour les travailleurs palestiniens venant travailler en Israël, auxquels venaient s’ajouter de 80 à 100 000 « clandestins ». Aujourd’hui seuls 24 000 permis sont reconnus, dont 16 000 pour les colonies. Le nombre de « clandestins » pourrait être de 20 000.

[2] Étonnamment, le gouverneur de la Banque Centrale estimait le 1er avril que la note réelle d’Israël serait plutôt « BBB », donc que le pays était surnoté par les agences

                                                                                 

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