Oui, le rapprochement HAMAS – FLN s’impose !

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Jean-Pierre Lledo, cinéaste – Illustration : logo du FLN

« 60 ans après, l’histoire se répète. FLN et Hamas : mêmes méthodes, mêmes stratégies », tel est l’intitulé d’une Exposition photos organisée à Perpignan par le Cercle algérianiste, une association nationale française forte de 8000 adhérents pied-noirs.

Le journal local « L’Indépendant » qui signale l’Exposition sans parler de son contenu, donne la parole à deux personnes, Philippe Kerauffret de SOS Racisme, et Nicolas Lebourg, présenté comme un « historien perpignanais » qui mettent en cause le rapprochement FLN-HAMAS sans aucune argumentation historique.

En attendant l’essai qui sortira au mois de juin en France, « 7 Octobre, Eux ou Nous » et qui développera beaucoup plus amplement ce sujet, l’auteur en donne ci-après les raisons essentielles.

Texte de l’auteur

Je ne suis pas historien, mais un cinéaste passionné par l’histoire, notamment celle d’Algérie, où j’ai vécu jusqu’en 1993, et celle d’Israël où je vis depuis 2011. Mes deux derniers films « Algérie, histoires à ne pas dire » et « Israël, le voyage interdit » concernent justement ces deux pays dont par ailleurs j’ai la nationalité. L’Algérie a aussitôt interdit le premier de ces films, et boycotte tout ce qui vient d’Israël.

Les quatre histoires qui composent « Algérie, histoires à ne pas dire » sont quatre histoires de terreur pensée, organisée, et réalisée par le FLN-ALN. La guerre d’Algérie a commencé et fini avec deux massacres de très grande envergure. Dans les deux cas, le 20 Aout 1955 dans la région de Philippeville – Constantine et le 5 Juillet 1962 à Oran, le jour même de l’indépendance, les non-musulmans (« Européens » et Juifs) ont été pogromisés, assassinés, mutilés, violés, défoetusés, les hommes châtrés, les partie génitales enfouies dans leurs bouches. En quelques heures, plus de 130 morts en 1955, plus de 700 morts à Oran en 1962. Dans mon film, le récit de ces massacres provient de témoins algériens musulmans, actifs ou passifs. Mais depuis, deux livres absolument essentiels les ont documentés : « 20 Août 1955 dans le nord-constantinois : Un tournant dans la guerre d’Algérie ? » de René Vétillard, et pour Oran, « Le silence d’Etat » de JJ Jordi.

Les deux autres histoires du film (le terrorisme à Alger, et l’assassinat du chanteur juif de l’andalou, Raymond Leyris à Constantine) sont aussi l’illustration de la conclusion qu’il m’a bien fallu admettre, puisque je fus un partisan de cette indépendance : ladite « guerre de libération » avait été surtout une guerre d’épuration. Un des tueurs d’Aout 55 le dit clairement : « Quand on a demandé pourquoi il fallait tuer les femmes et les enfants, on nous a répondu : « Chez les Français, ce sont les femmes qui commandent, et quand elles verront ce qu’il s’est passé ici à El Halia, elles diront à leurs maris, allez on s’en va ». »

A différentes époques, des dirigeants du FLN ont attesté que le « nationalisme » algérien fondé que sur une pensée ethnique ne pouvait qu’exclure les non-musulmans. S’adressant à des étudiants algériens à Paris, en 1956, Réda Malek déclare que « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin », et Belaid Abdesslem : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable ! » Durant la guerre d’Algérie, Lakhdar Ben Tobbal : « Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien »  (« Archives du FLN », Mohamed Harbi, historien algérien contestataire). Après l’indépendance, évoquant les « Accords d’Evian », deux dirigeants FLN nous avouent que :

  • « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale » (« La fin de la guerre d’Algérie », Casbah Ed. 1998, Ben Khedda, ex-président du GPRA en 1961-1962).
  • « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé » (« Accords d’Evian » – Le Seuil, 1990, Réda Malek, 1er ministre anti-intégriste dans les années 90).

Il faudrait plus d’espace pour bien montrer que l’islam a été une source d’inspiration majeure de la « révolution algérienne », mais pour d’autres exemples, on peut se reporter à l’ouvrage de Roger Vétillard « La dimension religieuse de la guerre d’Algérie (1954-1962) ». Et ce n’est pas un hasard si l’article 2 de la Constitution algérienne stipule que « l’islam est religion d’Etat » et que la nationalité algérienne n’est accordée automatiquement qu’aux musulmans.

Pour ce qui est donc du FLN, on peut tranquillement en conclure, que son objectif, dès sa création, était une Algérie islamique indépendante sans les non-musulmans : « Nous n’empêcherons pas cette révolution arabo-islamique de s’exprimer puisque nous la jugeons juste et bienfaitrice » confièrent Ahmed Benyahia et Boumendjel au directeur du Nouvel Obs, Jean Daniel (Cet étranger qui me ressemble – Entretiens Ed. Grasset, 2004). Et pour atteindre ce but, il pratiqua systématiquement un terrorisme visant spécifiquement les civils européens et Juifs, la plupart du temps d’une grande cruauté.

Examinons à présent le cas du Hamas.

Créé en 1987, sa charte fondatrice en fait une branche des Frères musulmans, et se donne deux objectifs : à long terme reconstituer le grand Califat démantelé en 1924 par Ataturk, et à court terme, faire disparaitre Israël. Y est notamment cité le hadith suivant : « L’heure ne viendra pas jusqu’à ce que les musulmans combattent les Juifs et que les musulmans les tuent ; jusqu’à ce que le Juif se cache derrière un mur ou un arbre, et le mur ou l’arbre diront : Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un Juif derrière moi. Viens et tue-le ! ». Point donc d’équivocité pour ce qui est de la pensée et des visées.

Quant aux méthodes pour les atteindre, le 7 Octobre en a donné un aperçu suffisant : assassinats, viols, mutilations, seins coupés, femme enceinte défoetusée, adultes et enfants brûlés vifs, et un bébé dans un four, prise d’otages y compris d’un bébé de 9 mois, etc…

Alors compte tenu de ces FAITS historiques incontestables, le rapprochement commis par les auteurs de cette Exposition entre le FLN et le Hamas, est-il justifié ? Après les preuves que je viens de vous soumettre, la question est forcément rhétorique.

Et si l’on se demande d’où provient une telle similarité dans les pratiques terroristes, il faut bien convenir qu’elles ont aussi une origine commune, l’islam.

L’assassinat de 900 Juifs en âge de se raser de la tribu des Banu Qurayza, la gorge tranchée, est décrit avec moult détails dans la Sira (biographie du prophète Mohammed), et plus sobrement dans le Coran lui-même. Plus près de nous, en 1929, le grand journaliste français Albert Londres a décrit le terrible massacre des Juifs de ‘Hévron, scalpés, démembrés, violés (« Le Juif errant »).

Massacres qui eurent lieu au même moment dans différentes villes, Jérusalem, Jaffa, Safed, et ce, à l’appel du Grand Mufti de Jérusalem, Amin el Husseini qui depuis 1921 s’imposa comme le leader des Arabes de Palestine.

Nicolas Lebourg qui conteste le lien entre l’islam et le nazisme, semble ignorer l’histoire moyen-orientale du 20ème siècle. Cher Monsieur, sachez que le Grand Mufti de Jérusalem, Amin el Husseini, a passé toute la Seconde Guerre mondiale à Berlin sous la protection d’Hitler et qu’il échappa au Tribunal de Nuremberg, exfiltré vers l’Egypte par De Gaulle. Sachez aussi que le Moyen-Orient arabe a accueilli des centaines d’officiers nazis en cavale à qui fut confiée l’élaboration de la propagande antijuive et anti-israélienne. Sachez enfin que les « Protocoles des Sages de Sion » et « Mein Kampf » sont des bestsellers dans le monde arabo-musulman. Il y a de nombreux ouvrages sur ce sujet et un historien contemporain qui se respecte ne devrait plus pouvoir dire qu’il ne savait pas.

Je regrette donc de ne pouvoir visiter cette Exposition qui évidemment ne doit pas être très gaie et remercie le Cercle algérianiste pour ce jumelage d’histoires à ne pas dire… Mais refuser de voir la Réalité telle qu’elle a été ne peut que nous conduire à la revivre en pire.

A bon entendeur, salut !

Le 21 mars 2024, Jean-Pierre Lledo

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