Pr Michaël Ayache : lettre ouverte au Président des Etats Unis

0
48
Vous avez changé de discours si rapidement que nous ne pouvons qu’espérer qu’en soixante jours, vous redeviendrez celui qui se tenait fermement aux côtés du peuple juif et de l’État d’Israël.
Et pourtant, au-delà de nos désaccords et de notre incompréhension face à certaines de vos déclarations, nous souhaitons vous exprimer un remerciement sincère — peut-être inattendu.
Car vos propos ont aussi une vertu : ils nous rappellent une vérité essentielle. Israël ne peut, et ne doit, dépendre d’aucune puissance, aussi grande soit-elle. Israël doit rester maître de son destin.
Grâce à cela, Israël est appelé à renforcer encore davantage son autonomie, à s’appuyer d’abord sur ses propres forces, sur son peuple, sur son armée, sur sa détermination, et sur sa foi. Notre existence ne saurait être conditionnée par la volonté des nations — pas plus aujourd’hui qu’hier.
Israël est né dans l’adversité, a grandi dans le combat, et continuera d’exister par sa propre force, indépendamment de Washington ou de toute autre capitale.
Nous n’oublions pas nos alliés. Mais nous n’oublierons jamais que notre survie dépend avant tout de nous-mêmes.
Monsieur le Président des États-Unis, il est des choses qui surprennent ceux qui, comme moi, ont pu croire un temps que vous étiez une sorte de figure providentielle pour le peuple juif et pour Israël.
Je suis Français d’origine, devenu citoyen israélien par choix. Je ne suis soumis à aucune contrainte diplomatique. Je vous écris en tant qu’homme qui a choisi Israël, en tant que personne profondément enracinée dans cette terre, et en tant que témoin d’une nation qui a enterré des soldats, des enfants, des familles, des voisins et des amis — mais qui reste debout, fière et déterminée.
C’est pourquoi, lorsque vous parlez d’Israël comme s’il vous devait son existence, il est peut-être temps de revenir à la réalité.
Israël n’a pas commencé avec Donald Trump. Israël n’est pas né à la Maison-Blanche. Il n’a pas été fondé par un tweet, un discours, un accord ou une conférence de presse. Israël a été bâti sur le sacrifice de générations entières : des Juifs et des rabbanim du monde entier qui durant l’exil de deux millénaires revenaient sur leur terre, parfois à pied, Israël a été reconstruit par des pionniers qui ont enterré leurs enfants tout en continuant à travailler la terre, par des combattants tombés pour que d’autres puissent vivre, par des mères qui ont attendu des fils qui ne sont jamais revenus, par des familles brûlées, massacrées, expulsées — revenues malgré tout, pour reconstruire un foyer.
Alors oui, merci pour votre soutien. Merci pour votre amitié. Merci pour les moments où vous vous êtes tenu à nos côtés. Mais ne vous y trompez pas : vous n’avez pas sauvé Israël.
Monsieur le Président des États-Unis, Israël est sauvé chaque jour par D’, auquel vous faites souvent référence, et peut-être aussi par un peuple qui refuse de disparaître.
Et lorsque vous affirmez qu’un ancien chef rebelle syrien devenu président pourrait mieux gérer le Hezbollah qu’Israël — vraiment ?
Si cela signifie faire ce qu’Israël ne fera jamais — massacrer sans avertissement, détruire sans discernement, transformer des villages entiers en “solutions sécuritaires” — alors oui, il est sans doute plus rapide. Les barbares le sont toujours. Ils ne s’embarrassent ni de morale, ni du sort des enfants, ni des civils innocents, ni de leur conscience.
Mais n’appelez pas cela une victoire. Et ne comparez pas cela à Tsahal. L’armée israélienne n’a aucune leçon à recevoir en matière de sécurité de ceux qui ne connaissent que le langage du sang et de la violence.
Le peuple juif n’a besoin de la permission d’aucun dirigeant au monde pour exister.
Monsieur le Président, dans le nord d’Israël, rien n’est théorique. Il n’y a ni éléments de langage, ni abstractions. Il y a des maisons vides, des enfants qui ont perdu leur enfance, des communautés qui vivent sous la menace depuis des années, des familles à qui l’on est venu annoncer l’irréparable, des soldats tombés pour que les villes du Nord puissent continuer à vivre.
Lorsque vous dites « ça suffit », lorsque vous parlez comme si tout cela pouvait être réglé parce que cela contrarie votre agenda, vous ne parlez pas d’un point sur une carte — vous parlez de notre foyer.
Israël respecte ses alliances. Israël sait dire merci. Israël n’oublie pas ceux qui se tiennent à ses côtés. Mais Israël n’est pas un État fantoche. Il ne demande pas la permission pour défendre ses enfants. Il n’abandonnera pas ses frontières parce que cela arrange Washington. Et il ne s’excusera jamais de refuser de mourir en silence.
Monsieur le Président, peut-être avez-vous fini par croire que tout commence et tout se termine avec vous. Il n’en est rien.
Le peuple d’Israël était là avant vous. L’État d’Israël sera là après vous. Et notre Nord ne sera pas une pièce sur votre échiquier.
Si vous pensez pouvoir nous expliquer qui protégera mieux notre foyer que nos propres enfants, alors peut-être avez-vous réellement perdu le sens des réalités.
Ce n’est pas notre cas. Et nous n’avons aucune intention de quitter — ni de perdre — le Nord, quoi que vous disiez.
Vous avez changé de discours si rapidement que nous ne pouvons qu’espérer qu’en soixante jours, vous redeviendrez celui qui se tenait fermement aux côtés du peuple juif et de l’État d’Israël.
Respectueusement,
Professeur Michael Ayache

Aucun commentaire

Laisser un commentaire