Quand les loups boycottent la « brebis »

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Près de quatre-vingt-dix ans après la signature du « Livre blanc » et des lois foncières discriminatoires du Mandat britannique, l’État d’Israël se réveille face à une réalité où la laideur de l’Histoire se répète dans une version réactualisée et agressive. Le Royaume-Uni se positionne à nouveau en fer de lance contre l’État d’Israël, dans ce qui ressemble à une tentative renouvelée d’imposer un mandat international prédateur sur l’existence même du Yichouv juif et sur son droit historique sur sa terre.

Yated Nééman

La déclaration du ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, annonçant un boycott commercial et des sanctions pénales contre les entreprises fournissant des services au-delà de la Ligne verte – parallèlement à l’élargissement de l’embargo sur les armes – n’est pas un acte isolé. Elle déclenche une sarabande infernale et entraîne un effet domino d’hypocrisie de la part de 11 autres pays. La profondeur de l’ironie historique est inconcevable : la Grande-Bretagne et la France, deux puissances colonialistes qui ont traversé des continents, conquis des territoires et tracé des frontières à la règle en piétinant des peuples, cherchent aujourd’hui à fixer de manière unilatérale les limites de l’implantation israélienne.

L’absurdité morale prend encore plus de relief lorsqu’elle est révélée dans toute sa honte : alors que Londres s’accroche des quatre fers à 14 territoires d’outre-mer éloignés (des Malouines à Gibraltar) et que Paris contrôle des possessions de la Polynésie à La Réunion, elles se permettent de distribuer des bons points à Israël. À elles s’ajoutent le Canada, avec son histoire de spoliation d’enfants autochtones, et l’Espagne, qui n’est nullement pressée de renoncer à ses enclaves en Afrique du Nord. Ce sont des métastases occidentales qui, au nom d’un « progressisme » factice, tentent de se racheter une conscience historique tannée sur le dos de l’État juif.

Pire encore, ces mêmes gouvernements incapables aujourd’hui d’assurer la sécurité fondamentale des Juifs dans les rues de Londres, Paris ou Madrid – alors qu’ils s’effondrent sous des vagues d’antisémitisme et d’extrémisme islamiste intérieurs – trouvent le temps d’imposer des boycotts et de s’ingérer dans la gestion des territoires d’Israël. L’Europe en déclin souffre d’un aveuglement moral chronique : il lui est plus commode d’attaquer une démocratie accessible pour des calculs électoraux internes que de faire face à des régimes totalitaires sombres à Pékin, Moscou ou Téhéran.

D’un autre côté, des contre-mesures politiques de la part d’Israël peuvent s’avérer essentielles à court terme, mais elles exigent une très grande prudence et une sagesse diplomatique. Parallèlement à une réponse ferme, les dirigeants du pays doivent garder à l’esprit la nécessité d’éviter toute provocation inutile envers les nations du monde, ou une escalade déclaratoire creuse qui ne sert aucun objectif pratique.

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Le véritable mobile derrière ces manœuvres n’est pas le souci du droit international, mais la peur électorale, la préservation du vote musulman et une tentative désespérée de stabiliser une identité politique en décomposition. Les Britanniques et les Européens créent une réalité dans laquelle, indépendamment des faits sur le terrain, Israël est désigné comme le coupable automatique.

Il n’y a aucune logique à persécuter Israël au beau milieu d’une époque où le glaive de l’islam sévit partout où c’est possible. Il n’y a aucune raison pour que des pays qui n’ont aucun conflit avec le peuple juif s’associent aux persécuteurs plutôt que d’encourager les persécutés. Il n’y a qu’une seule raison, prouvée à maintes reprises au cours de l’Histoire : une haine ancestrale envers un peuple éternel, cette même haine qui est descendue du mont Sinaï contre le Peuple élu et ne s’est jamais interrompue.

Il s’avère une fois de plus à quel point l’idée du mouvement des Lumières (Haskalah) était niaise et absurde, selon laquelle il suffirait d’être « comme toutes les nations » pour que la haine envers nous cesse.

Dans d’innombrables domaines, l’État d’Israël se considère comme faisant partie de cette « famille des nations », comme une partie intégrante de l’Europe, comme un maillon supplémentaire de la « culture occidentale ». Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour effacer autant que possible les signes distinctifs qui le séparent des « pays fréquentables ». L’État d’Israël est membre de l’OCDE, envoie des représentants à des compétitions sportives, des festivals de la chanson européens et internationaux – et demeure convaincu qu’à l’exception d’une petite minorité antisémite, le monde nous considère comme un partenaire naturel et absolu.

Mais tout cela n’y fait rien. Au « moment de vérité », le monde se comporte comme il l’a fait à travers toute l’Histoire. Bien au contraire, il aggrave encore son attitude hypocrite envers les Juifs.

Notre Maître le Netziv de Volozhin (que la mémoire du juste soit une bénédiction) a enseigné une règle d’or concernant le comportement des Juifs parmi les nations, basée sur les paroles de Bilaam ben Beor : « C’est un peuple qui résidera solitaire et ne sera pas compté parmi les nations ». Et voici comment le Netziv l’a expliqué : lorsque Israël forme « un peuple solitaire », alors il « résidera », c’est-à-dire qu’il résidera dans la tranquillité. Mais lorsqu’il s’associe « parmi les nations », c’est-à-dire lorsqu’il se mélange avec les autres peuples – « il ne sera pas compté », il n’est jamais considéré comme une nation à part entière, mais devient persécuté et isolé par les nations.

En ces temps difficiles, nous avons apparemment besoin de « rappels » à ce sujet, et le monde prend bien soin de nous les fournir maintes et maintes fois, en abondance, dans toutes les langues possibles.

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