Haute de douze mètres, l’installation gonflable de l’artiste Anna Kamyshan rend hommage aux synagogues disparues d’Europe de l’Est et à des siècles d’errance juive.
Mais pour l’artiste, le fait que cette synagogue ne repose sur aucun sol est tout aussi important que sa visibilité. « Je voulais qu’elle ne soit pas enracinée, parce que, comme Juifs, nous avons toujours été en mouvement, partout et nulle part à la fois », explique-t-elle.
L’histoire de l’œuvre rejoint également celle de sa créatrice. Anna Kamyshan a découvert à l’âge de onze ans ses origines juives, longtemps cachées par son grand-père, survivant du massacre de Drobitsky Yar, près de Kharkiv. Celui-ci avait changé son nom afin de dissimuler son identité et n’avait jamais parlé de son passé avant qu’un voyage de son fils en Israël ne libère sa parole.
La sculpture rappelle ainsi les communautés juives détruites pendant la Shoah, mais aussi la difficulté, pendant des siècles, de trouver un lieu où s’établir durablement. Son nom, dérivé d’un mot yiddish évoquant un appel à l’action, prolonge un précédent projet vidéo dans lequel une synagogue volante traversait Londres, New York, Varsovie, Berlin, Jérusalem ou encore Odessa.
Prévue jusqu’à la mi-septembre, l’installation doit être surveillée jour et nuit afin d’éviter les dégradations et de maintenir l’imposante structure dans les airs. Plusieurs institutions juives étrangères ont déjà manifesté leur intérêt pour accueillir ensuite l’œuvre.
Une synagogue sans fondations, mais visible de tous : au-dessus des eaux de Venise, « Nabatele » transforme l’histoire de l’exil en un symbole spectaculaire de présence juive.


























