Un discours qui nomme l’ennemi
New York, 81e Assemblée générale des Nations unies, 22 septembre 2026
Professeur Michael Ayache
Il y a des tribunes où l’on vient parler, et des tribunes où l’on vient assumer. Mardi 22 septembre, devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a choisi la seconde. « Pendant que d’autres parlaient de paix, j’ai instauré la paix ; pendant que d’autres ignoraient les menaces, je les ai affrontées. » La formule est immodeste. Elle est aussi, pour qui vit à Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa ou Ariel, l’expression d’une évidence que le monde diplomatique a mis un demi-siècle à admettre : une menace que l’on refuse de nommer ne disparaît pas, elle grandit.
Nommer l’ennemi : la République islamique d’Iran
« Il n’y a pas de meilleur exemple de danger que l’on a laissé se développer, au péril du monde, que le principal État parrain du terrorisme, la République islamique d’Iran. » Cette phrase mérite d’être relue lentement, car elle contient tout ce que les enceintes internationales ont refusé d’écrire pendant quarante-sept ans. Le président américain a rappelé que, pour lui, la ligne est immuable : « Je ne permettrai jamais à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. » Puis il a exposé, avec une brutalité assumée, l’alternative devant laquelle il se dit placé : « J’ai une décision cruciale à prendre : détruire ou non l’Iran », ajoutant aussitôt qu’il croyait « parvenir à un accord après les élections de mi-mandat en novembre ».
Devant les représentants de cent quatre-vingt-treize États, il a décrit un régime qui, « pendant cinquante et un ans », a « gouverné par le sang et le meurtre de masse, répandant la mort, le carnage et le chaos dans tout le Moyen-Orient et au-delà ». La délégation iranienne, elle, a quitté la salle. Ce départ dit une chose : le régime des mollahs peut supporter les bombes mieux qu’il ne supporte la vérité prononcée à voix haute.
L’isolement économique plutôt que l’apaisement
Le cœur opérationnel du discours n’est pourtant pas la menace, mais l’appel à la coalition. « Nous devons être tout aussi unis pour maintenir la pression », a déclaré le président, avant d’élargir sa demande : « J’appelle toutes les nations à se joindre à nous pour imposer un isolement économique total à l’Iran jusqu’à ce qu’il cesse ses attaques contre la navigation commerciale, renonce à ses ambitions nucléaires et mette fin à son soutien au terrorisme. » Et ce diagnostic, qui vaut mieux que bien des rapports d’experts : « Le régime terroriste agit ainsi non pas parce qu’il est fort et confiant, mais parce qu’il est faible et désespéré. »
C’est la thèse juste. Un régime qui doit fermer un détroit pour exister n’est pas une puissance, c’est un maître-chanteur. Et face à un maître-chanteur, l’Europe a toujours eu le même réflexe : payer la rançon en l’appelant dialogue. Le message de New York est l’inverse : la pression économique n’est pas une alternative à la paix, elle en est la condition.
Ce que cette guerre signifie pour nous
Ce discours n’est pas un exercice abstrait. Depuis le 28 février 2026, date à laquelle les États-Unis se sont joints à Israël pour frapper l’Iran, nous vivons cette guerre au rythme des sirènes, des abris, des enterrements et des trains de vie suspendus. Sept mois. Une guerre d’usure qui a coûté à Téhéran une partie de son commandement militaire, mais qui a aussi transformé le détroit d’Ormuz en champ de bataille économique mondial et permis aux Houthis de progresser vers Bab el-Mandeb. Le président américain s’est félicité du vote « écrasant » du Conseil de sécurité condamnant les « attaques terroristes ignobles de l’Iran contre la navigation commerciale » et du rôle de la marine américaine dans l’escorte des pétroliers.
Disons-le comme Israéliens et comme Juifs : cette guerre n’a pas été choisie par nous. Elle nous a été déclarée par un régime qui, depuis 1979, inscrit notre disparition dans sa doctrine officielle, et qui l’a financée par procuration à Gaza, au Liban, au Yémen, en Irak et en Syrie. Le 7 octobre 2023 n’a pas été un accident local : il a été l’aboutissement d’une architecture régionale patiemment construite par Téhéran. Ceux qui, aujourd’hui, s’émeuvent des conséquences sans jamais évoquer la cause commettent, une fois encore, l’erreur morale qui a rendu le désastre possible.
Deux discours, deux morales
Quelques minutes avant Donald Trump, le secrétaire général sortant de l’ONU, António Guterres, avait prononcé son dernier discours à cette tribune. Il y a reconnu le caractère « abject » de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre, avant de qualifier la réponse israélienne d’« offensive contre les Palestiniens de Gaza » d’une ampleur « sans équivalent » durant son mandat, et d’évoquer le « spectre d’un nettoyage ethnique » en Cisjordanie. Toujours la même mécanique : une ligne pour reconnaître le crime, un paragraphe pour accabler la victime qui se défend.
Nous connaissons cette maison. C’est celle qui produit plus de résolutions contre l’État juif que contre l’ensemble des dictatures réunies.
C’est pourquoi l’attaque frontale du président américain contre la Cour pénale internationale, qu’il a qualifiée d’« antiaméricaine » en appelant les États membres à « démissionner immédiatement et officiellement de cette institution », touche un point sensible pour Israël : celui d’une justice internationale qui criminalise la légitime défense d’une démocratie tout en épargnant ses agresseurs.
Lucidité, aussi, envers nos amis
Le patriotisme n’est pas la naïveté. Trois réserves s’imposent, et elles n’enlèvent rien à la gratitude.
• Le calendrier. Lier explicitement un accord avec Téhéran aux élections américaines de mi-mandat — « je crois que nous parviendrons à un accord après les élections » — revient à faire dépendre notre sécurité d’un agenda électoral étranger. Un régime qui sait attendre novembre sait aussi attendre 2028.
• Le verbe et l’acte. « Détruire l’Iran » ou le « précipiter en enfer » sont des phrases de meeting. Israël, lui, n’a pas besoin de superlatifs : il a besoin que l’enrichissement de l’uranium cesse, que le stock d’uranium hautement enrichi soit neutralisé et vérifié, et que la capacité de reconstitution soit détruite. L’an dernier déjà, on nous parlait d’un programme « totalement anéanti ». Il ne l’était pas.
• Le prix d’un accord. Tout accord qui laisserait au régime son argent, ses proxys et son savoir-faire nucléaire n’achèterait qu’un répit. Notre exigence doit être simple : pas de sanctuaire, pas de financement, pas de centrifugeuses.
Notre devoir, cette semaine et après
Jeudi, notre Premier ministre israélien montera à cette même tribune, pour un aller-retour de quelques heures, sans rencontre prévue avec le président américain,afin d’y « dire la vérité » sur nos soldats et de répondre à ceux qui, jusque dans la mairie de New York, banalisent le Hamas et accusent les Juifs. Beaucoup de délégations écouteront mal. Peu importe. Notre histoire enseigne que la vérité juive n’a jamais eu besoin de majorité pour être vraie.
Restons donc à notre place : exigeants avec nos alliés, impitoyables avec nos ennemis, unis entre nous. Le discours du 22 septembre a rappelé une chose que l’ONU oublie chaque année depuis 1948 : la paix n’est pas un vœu que l’on formule, c’est un rapport de force que l’on établit. Israël le sait, parce qu’il paie ce savoir en vies humaines.



























