Une Bande de Gaza convenable est possible mais il faut d’abord la défaite des Palestiniens

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Par Daniel Pipes – Washington Times

 

Quand Jérusalem commet des erreurs vis-à-vis des Palestiniens, notamment les accords d’Oslo de 1993, le retrait unilatéral de Gaza en 2005, ou encore la catastrophe du 7 octobre et l’échec de huit mois d’efforts de l’armée israélienne pour vaincre le Hamas, les amis américains d’Israël ont tendance à voir les choix politiques de l’État juif comme héroïques et à jeter le blâme sur les gouvernements étrangers, surtout le leur.

Je ne suis pas de cet avis. Sans prendre la défense de Washington, je considère que les Israéliens ont leur part de responsabilités. Plus spécifiquement, leur gouvernement et leurs instances de sécurité ont tendance à être trop dépendants de la technologie, trop enclins à des solutions à court terme et trop conciliants.

Concernant ce dernier point, bien qu’Israël jouisse d’un énorme avantage économique et militaire sur son ennemi palestinien, les dirigeants israéliens ont, à quelques exceptions près, cherché à se le concilier plutôt qu’à le vaincre. Sur le plan tactique, l’État juif recourt à la violence mais, sur le plan stratégique, il cherche à mettre fin au conflit par un curieux mélange consistant à enrichir et apaiser les Palestiniens. Cette approche explique sa situation actuelle.

Les cigarettes britanniques V pour Victoire symbolisaient pour les Alliés l’omniprésence de la victoire comme objectif suprême de la Seconde Guerre mondiale.

Bien que je ne sois pas Israélien, je suis témoin de 55 années d’erreurs déplorables commises par l’unique allié véritable de l’Amérique au Moyen-Orient. C’est ce qui m’a incité à développer un paradigme alternatif consistant à remplacer l’objectif postmoderne de conciliation par celui, traditionnel, de la défaite.

En tant qu’historien, je constate qu’en règle générale, les conflits prennent fin lorsque l’un des deux camps abandonne : pensons à la guerre civile américaine, à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre du Vietnam.

Vient alors la réplique inévitable suivante : « Compte tenu des nombreuses contraintes internes et externes imposées à Israël, comment pourrait-il imposer un sentiment de défaite aux Cisjordaniens et aux Gazaouis ? »

Ma réponse, que j’expose en détail dans un livre qui vient de paraîtreIsrael Victory : How Zionists Win Acceptance and Palestinian Get Liberated (Wicked Son), met l’accent sur le centre de gravité palestinien, à savoir (selon la définition qu’en donne le théoricien de la guerre Carl von Clausewitz) « l’élan fondamental de la force idéologique et morale, qui, s’il est brisé, rend impossible la poursuite de la guerre ».

Dans ce cas, ce centre de gravité ne réside pas dans les dirigeants, les milices, l’économie, la terre ou les lieux saints, mais dans l’espérance : l’espérance de pouvoir détruire Israël et le remplacer par la Palestine. En conséquence, l’objectif d’Israël doit être d’éteindre cet espérance et de la remplacer par le désespoir.

L’Autorité palestinienne et le Hamas appellent tous deux explicitement à la destruction d’Israël et à son remplacement par la Palestine.

Pour y parvenir, il faut deux éléments, l’un destructeur, l’autre constructeur.

Élément destructeur. Les Israéliens et les Palestiniens vilipendent les uns comme les autres les instances palestiniennes au pouvoir, le Hamas et l’Autorité palestinienne (AP). Or, avant le 7 octobre, aucun ne les contestait. Alors qu’Israël préférait les démons qui lui étaient familiers, les Palestiniens, eux, n’avaient pas la force de les défier.

Le 7 octobre a changé l’équation. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et de nombreux autres dirigeants politiques, chefs militaires et leaders intellectuels du pays ont appelé avec insistance à la destruction du Hamas. Et c’est ce qui doit constituer l’objectif précis de Tsahal, indépendamment de la question des otages détenus par le Hamas. En approuvant le massacre du 7 octobre, l’Autorité palestinienne a confirmé sa faillite morale et pourrait dès lors s’effondrer facilement : il suffirait pour cela que Jérusalem la prive de ses financements.

Élément constructeur. Débarrassé de ces organismes immondes que sont le Hamas et l’Autorité palestinienne, Israël pourra alors reconstruire en travaillant avec un nombre croissant de Palestiniens prêts à accepter l’existence d’Israël et à en tirer profit. Cela signifie, premièrement, la mise en place d’administrations à Gaza et en Cisjordanie en collaboration directe avec les Palestiniens modérés, ce que Jérusalem n’a pratiquement jamais tenté. C’est ensemble que les ennemis de longue date pourront mettre en œuvre une action politique convenable, comparable à ce que l’on trouve en Égypte ou en Jordanie.

Deuxièmement, cela signifie le soutien aux modérés et l’amplification en arabe du message des Palestiniens appelant à la fin d’un siècle de négativité antisioniste futile. Du fait qu’ils apprécient en Israël le système électif, l’État de droit, la liberté d’expression et de religion, les droits des minorités, les structures politiques ordonnées et d’autres avantages, ils veulent mettre fin au rejet futile en faveur de la construction de quelque chose de positif.

Paradoxalement, l’expérience amère de la défaite profitera davantage aux Palestiniens qu’aux Israéliens. Elle leur permettra enfin de se soustraire à l’empire du nihilisme. Enfin, ils pourront organiser leur vie politique, économique, sociale et culturelle et devenir un peuple compétent, digne et ambitieux, comparable à une version miniature de ce qu’étaient les Allemands et les Japonais en 1945.

Or, cela ne se produira qu’à la condition que Jérusalem rompe avec sa tradition de conciliation pour lui préférer la victoire. Les Américains doivent exhorter à ce changement. Mais c’est aux Israéliens qu’il revient, en fin de compte, de faire le choix fatidique de la rupture d’avec plus d’un siècle d’histoire sioniste.

Daniel Pipes est le président du Middle East Forum et l’auteur de Israel Victory © 2024 par Daniel Pipes. 

NDLR : Nul doute que l’analyse de Pipes est intéressante, voire importante, mais la petite question qui reste est de savoir s’il ne se fait pas d’illusion quant à l’existence de Palestiniens positifs, ou neutres, tels qu’il les présente…

3 Commentaires

  1. Tout à fait d’accord. Une guerre n’est pas une négociation commerciale qui, pour être pérenne, doit être une relation gagnant-gagnant. Une guerre n’est pas une relation ; c’est justement le manque de relation, et elle implique un vainqueur et un vaincu. Israël est un vainqueur qui se comporte comme un vaincu. Aux dates que vous mentionnez, ajoutons 67 avec l’abandon de la Judée-Samarie, du Mont du Temple et de Gaza ; 82 avec le loupé de la capture d’Arafat au Liban grâce à la France.
    C’est une victoire sans condition et totale sur le HamaSS qui apportera la paix avec Gaza. Et demain une victoire sans condition et totale sur le Hezbollah qui amènera la paix avec le Liban, la Syrie. Une annexion pure et simple de la Judée-Samarie – que vous devriez cesser d’appeler Cisjordanie car cela n’a aucun sens – qui amènera la paix par cessation du terrorisme arabo-musulman.
    On ne négocie pas avec un ennemi qui vous fait une guerre d »annihilation ; on le détruit.
    Israël doit cesser de vouloir être gentil. Il doit être juste.

  2. Pour la rédaction : vous parlez de palestiniens. Quels palestiniens ? Il y a des arabes, musulmans pour la plupart, et parmi eux beaucoup de terroristes actifs ou en puissance.
    Tant que l’on parle de Palestine et de palestiniens, on alimentera un fantasme destructeur et on le renforcera.

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