Des signes de résurgence de l’antisémitisme dans la France de l’après-guerre (1945-1953) ?

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On parle souvent de la « ré-émergence » de l’antisémitisme en France – en situant d’ailleurs ce phénomène à des dates différentes, des années 60 aux années 80. Cette expression laisserait entendre que l’antisémitisme aurait donc disparu dans l’immédiat après-guerre, en tous cas comme fait social. Nombreux sont ceux – témoins et historiens [1][1]À quelques notables exceptions près. Cf. en particulier Pierre… – qui n’ont eu de cesse de soutenir cette idée somme toute optimiste, au moins dans le court terme. Les consciences auraient été « encore secouées par la révélation toute récente des atrocités nazies et la découverte du génocide systématiquement pratiqué à l’encontre du peuple juif [2][2]René Rémond, préface de David Lazar, L’Opinion française et la… ». Et René Rémond de poursuivre :

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« La pitié, l’indignation, la mauvaise conscience s’unissaient pour éteindre dans l’opinion tout vestige d’antisémitisme. Il y a des antisionistes, peu nombreux du reste […], mais d’antisémitisme, point. »

Interrogées en 1994, deux personnalités de la Résistance confirment cette analyse : Charles Lederman se souvient que « dans l’après-guerre, l’antisémitisme était devenu une maladie honteuse [3][3]Propos recueillis le 4 juin 1994 par Cécile Amar, L’Antiracisme… » tandis que pour Jean Pierre-Bloch, « la Résistance a tué l’antisémitisme primaire [4][4]Interview effectuée le 26 janvier 1994. Ibid., p. 66. ».

De telles affirmations ne peuvent que laisser l’historien perplexe et l’inciter à étudier la question plus avant [5][5]Cet article constitue la première ébauche d’un ouvrage à…. Une opinion publique gangrenée par la xénophobie et l’antisémitisme dès les années 30 (pour ne pas remonter plus loin dans le temps), restée ensuite largement atone face à la marginalisation et à l’exclusion sociale des Juifs, au moins jusqu’à l’été 1942, a-t-elle pu se débarrasser soudainement de ses a priori et de ses fantasmes et ne plus éprouver ni animosité ni méfiance vis-à-vis des Juifs [6][6]Dont le nombre en France, au lendemain de la guerre, est évalué… ? Le choc né de la découverte des camps et la prise de conscience de la réalité tragique de la « solution finale » suffiraient-ils à expliquer semblable revirement ? L’antisémitisme serait-il relégué désormais dans l’univers idéologique de quelques extrémistes isolés ?

D’autres commentateurs considèrent plutôt quant à eux que l’antisémitisme n’avait certes pas disparu, mais que l’horreur de la Shoah interdisait de l’exprimer ouvertement, en tous cas jusqu’à ce que le temps érodât les émotions les plus vives. Cela voudrait-il dire que les vieux stéréotypes anti-juifs ont été enfouis pendant plusieurs années, voire quelques décennies, avant que le « refoulé » n’effectue son « retour » ?

6Les archives de l’après-guerre commencent à s’ouvrir, de nombreux organes de presse ont été conservés et la consultation de ces documents permet au moins d’affiner le questionnement.

L’antisémitisme populaire : autour de la question des spoliations

7Force est de constater que certains stéréotypes ont conservé tout leur poids – à commencer par celui qui associe les Juifs et l’argent [7][7]Jean-Paul Sartre lui-même, auteur – en 1947 – des Réflexions…. Les souffrances subies ne justifient en rien, aux yeux de certains, des revendications qu’ils jugent excessives voire infondées.

8Au début du mois de juin 1943, Maurice Martin du Gard cite dans son journal une phrase qu’aurait prononcée Jean-Jacques Bernard au moment de sa libération du camp de Compiègne : « Et pourtant, il ne faudra pas présenter sa créance ! ». Et l’écrivain de commenter, au premier degré : « On souhaite pour eux que ses coreligionnaires soient aussi sensibles et intelligents [8][8]La Chronique de Vichy, 1940-1944, Paris, Flammarion, 1948,…. »

9Un an plus tard, dans un article publié en première page de Témoignage chrétien, le philosophe Gabriel Marcel invite les Juifs à « se montrer discrets dans leurs revendications [9][9]« Lendemains de persécutions », Témoignage chrétien, 21 octobre… ». Et au printemps 1945, on peut lire dans l’hebdomadaire lyonnais La Semaine, sous la plume de Pierre Scize – lequel tient à rappeler d’emblée qu’il a « collaboré à la presse clandestine, réprouvé les forfaits hitlériens, les déportations d’enfants, la dilacération des familles » –, un article intitulé « Petit discours à mes amis israélites » dont certains propos exhalent comme un « parfum » des années 30 :

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« […] Sept mois sont passés…
Je sens grandir chez beaucoup de mes compatriotes un sentiment qui ressemble fâcheusement à l’antisémitisme de naguère. Oh ! je ne dis pas qu’il se trouve en France un honnête homme pour regretter le temps des geôles et des tortures. Non ! Mais on trouve que l’israélite multiplie les formes de son activité, ce qui est bien naturel, mais dans des directions regrettables, ce qui l’est moins. A-t-on si tort ? Je veux le croire.
Cependant, que la réintroduction dans le corps social français ait coïncidé avec une apothéose de la spéculation et du marché noir absolument sans précédent ; que dans des branches, jusque-là saines, de l’activité nationale on ait vu s’installer une gangrène et une démoralisation dont les agents pathogènes sont, neuf fois sur dix, israélites ; que le Juif, et rarement le Juif de qualité, se soit mis à proliférer dans certains organismes tels que le commerce clandestin, la radio, le cinéma, le théâtre et les lettres ; qu’un si petit nombre d’entre eux aient éprouvé le besoin de venger sur l’Allemand, les armes à la main, le martyre de leurs frères ; qu’en revanche, un esprit d’intolérance et de vengeance, qui perpétue les plus cruelles traditions de leurs persécuteurs, les trouve toujours disposés à sévir contre les Français, et préside à presque toutes les manifestations de la Résistance juive, tout cela – et la place me manque pour les griefs secondaires – me paraît inquiétant au suprême degré.
Pas inquiétant pour nous, amis israélites. Inquiétant pour vous.
Notre santé nationale, son désir de refleurir, notre vitalité, ne sont en rien menacés. Mais vous aviez la terrible chance – que vous avez payée d’un prix très lourd – d’avoir rallié à votre cause l’unanimité française. Craignez que le fruit de tant de sacrifices ne soit gâté par le vibrionnisme des éléments les moins bons d’entre vous. Nous pouvons aujourd’hui vous défendre au nom de vos souffrances. Le pourrons-nous encore demain [10][10]La Semaine, 12 avril 1945. Reproduit dans un texte de Maurice… ? »

11Avidité, corruption, mainmise sur l’économie et les médias, lâcheté et haine de la France… C’est un air connu qui retentit ici [11][11]Sur la perception du sort des Juifs dans les camps nazis et sur….

12On peut citer, comme en écho, les propos désabusés d’André Weill-Curiel, compagnon de De Gaulle, qui – sous couvert de donner des conseils à un jeune Juif sur l’attitude à adopter dans la France de l’immédiat après-guerre – écrit dans Règles de savoir-vivre à l’usage d’un jeune Juif de mes amis, publié également en 1945 : « Ne fais pas étalage de tes droits, c’est un abus ; n’arbore pas tes décorations, c’est un défi [12][12]Paris, éd. du Myrte, 1945 – préface de Léon-Paul Fargue.. »

13Il est certain que nombre de Français ont tiré profit des spoliations – à des degrés évidemment très divers et sans être nécessairement complices du déclenchement de la politique d’« aryanisation » des biens juifs. Quoi qu’il en soit, beaucoup d’entre eux ne sont nullement disposés à les restituer et, dès l’automne 1944, on compte pas moins d’une douzaine d’associations de défense d’acquéreurs de biens juifs [13][13]Cf. Zosa Szajskowski, Analytical Franco-Jewish Gazetteer, New… qui se regroupent au cours de l’hiver 1944-1945 au sein de l’Union républicaine des familles françaises. Le 19 avril 1945, un rassemblement est organisé pour protester contre l’expulsion d’un Français occupant indûment un appartement du IVe arrondissement de Paris loué avant la guerre par une famille juive ; on y entend fuser çà et là des slogans ouvertement antisémites. Des manifestations du même type ont lieu en juin et en septembre 1945 dans les IIIe, IVe, XIe et XXe arrondissements, ainsi qu’un grand meeting qui se tient le 10 octobre 1945 [14][14]C. Delacampagne, art. cit., p. 123. : il apparaît à l’évidence que l’interdit de toute expression de haine anti-juive a été largement levé, tant les slogans sont agressifs [15][15]Centre de documentation à Ivry, fonds David Diamant, alpha 1-3.…. Un témoin affirme même avoir entendu « Les Juifs au four ! ». Difficile de l’assurer mais, en tous cas, on peut lire dans un tract l’extrait suivant :

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« Voulez-vous mettre à la rue nos malheureux sinistrés qui occupent des locaux que les locataires juifs avaient bravement désertés pendant l’Occupation ? […] Et bien, non ! Entre la peste hitlérienne et le choléra juif, les Français n’ont pas à choisir. Pour que la France soit libre, heureuse, prospère, il ne faut plus sur son sol ni un boche, ni un traître, ni un Juif. »

15À la fin du mois de mai 1946, un tract est distribué dans le quartier Saint-Georges et Notre-Dame-de-Lorette :

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« Alerte !!!!
Partout le Juif se plaint d’avoir été spolié par le Boche. Aujourd’hui, au préjudice de bonnes familles Françaises, il est réintégré dans ses anciens locaux, remis à neuf par ceux qui les occupaient, et le Juif se plaint encore !!!
Durant cinq années, il a trafiqué à Monte-Carlo, sur toute la Côte d’Azur et dans l’ancienne zone dite : libre. Ceci encore au préjudice de l’ouvrier français.
À l’heure actuelle, ces Juifs sont revenus et le trafic auquel ils se livrent s’intensifie chaque jour (textile, ameublement, confection etc…). Le commerce en France se trouve aux mains de cet éternel affameur : le Juif.
Français de France !!!
Tous unis pour que prenne fin ce scandale.
Notre mot d’ordre :
La France aux Français et les Juifs en Palestine !!!
On a résisté à l’invasion.
Lutté contre l’occupation.
Combattu pour la libération.
A-t-on consenti à tous ces sacrifices pour voir :
Le Juif prioritaire de tous les avantages refusés aux Français ?
Le Juif maître de la Presse, de la Finance, de la Radio etc…
Et bien non !!! Pour une France propre, « Retroussons nos manches» et commençons par l’expulsion des Juifs [16][16]Le texte de ce tract est reproduit dans le Bulletin du Centre…. »

17On peut citer aussi l’argumentation utilisée par l’Association nationale inter-corporative du commerce, de l’industrie et de l’artisanat [17][17]CDJC, DXXXIX-54. Ce document, non daté, a été selon toute…, qui se targue de représenter trente-deux corporations : selon ses dirigeants, les actes de vente des biens juifs ont été dressés en toute légalité – légalité des années 40 certes, mais le droit français n’admet pas la rétroactivité. Par ailleurs, loin d’avoir « spéculé sur la victoire de l’Allemagne », les acquéreurs étaient dans la majorité des cas « veuves de guerre, femmes de prisonniers libérés ou évadés, anciens combattants, sinistrés, évacués d’Alsace-Lorraine » ; certains ont même participé à la Résistance active. Il s’agissait en tous cas de « petites gens » qui ont investi toutes leurs économies dans ces achats ; bien plus, ils ont agi ainsi dans l’intérêt national puisqu’ils ont fait entrer dans les caisses de l’État des sommes permettant de rééquilibrer les dettes imputables aux Juifs depuis des mois, voire parfois plusieurs années – ainsi des loyers impayés par des Juifs passés en zone non occupée ou déportés mais aussi, soulignent les auteurs du texte, « de très importants arriérés d’impôts non réglés par les israélites et datant de plusieurs années (voir à ce sujet les dossiers très instructifs de l’Association des administrateurs provisoires). » Et d’évoquer « l’évasion des capitaux que les israélites étrangers pratiquaient volontiers ». Ne reculant devant aucun amalgame, ils s’inquiètent de savoir si l’épuration a été rigoureusement menée parmi les Juifs, « dont certains ont été parmi les premiers à collaborer », grâce à « leur connaissance de la langue » qui leur a permis d’être « d’abord interprètes, puis pourvoyeurs de matériels et de marchandises ». Ils recourent enfin à un dernier argument, qui fait florès : aucun groupe de victimes ne doit être « privilégié » par rapport aux autres, et il serait totalement injuste de « favoriser spécialement une certaine catégorie composée majoritairement d’étrangers n’ayant bien souvent servi aucun pays ». Et de conclure : « Imaginerait-on de demander aux armées alliées de reconstruire ou de restituer à leurs propriétaires, sous une forme quelconque, les entreprises détruites à la suite d’opérations nécessaires à la guerre ? »

18Certaines décisions de justice révèlent elles aussi une interprétation partisane des spoliations. En janvier 1947, un ancien administrateur provisoire, Georges Lafargue, est traduit en justice au motif qu’il a dénoncé des Juifs à la Gestapo. Le tribunal est amené à étudier ainsi le cas de Mlle Tannenwurzel, fille de tailleurs qui, après la déportation de ses parents, a voulu emporter une machine à coudre de l’atelier avant d’essayer de passer en zone libre. Dénoncée par Lafargue, elle a été immédiatement arrêtée et emmenée à Drancy ; elle n’est pas revenue de déportation. L’accusé est finalement acquitté et le président déclare :

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« […] La demoiselle Tannenwurzel n’avait pas à prendre un objet qui était une partie du patrimoine social. Lafargue avait une fonction à remplir et le devoir de signaler toutes les irrégularités. Celle-ci en était une [18][18]Madeleine Jacob, « Une plaidoirie pour Vichy », Franc-Tireur,…. »

20La question de la réintégration des Juifs de France dans leurs droits se pose aussi à propos des fonctionnaires exclus de leur poste par le statut des Juifs. Quand il s’agit d’emplois subalternes ou de rang moyen, on arrive généralement à trouver un arrangement, quitte à proposer un reclassement dans un autre établissement ou un autre service. Mais les choses sont beaucoup plus délicates pour les postes élevés dans la hiérarchie professionnelle. On connaît par exemple quelques cas précis concernant l’enseignement supérieur.

21Avant même la rentrée de l’automne 1944, le principe de la réintégration des universitaires exclus par Vichy est acquis. Se pose néanmoins la question de savoir dans quel poste, dans la mesure où l’ancien a souvent été confié à un remplaçant qui en est, dans de nombreux cas, devenu le nouveau titulaire. Qui doit en être le détenteur en titre ? Les autorités tranchent en faveur des professeurs exclus mais dans les faits, bien des cas litigieux apparaissent. On peut évoquer ainsi l’affaire Godechot-Villat [19][19]Ces informations sont empruntées au livre de Claude Singer,….

22Spécialiste de la Révolution française, Jacques Godechot était avant guerre professeur d’histoire à l’École navale de Brest. Révoqué en décembre 1940, il passe clandestinement en zone libre et rejoint les rangs de la Résistance. En novembre 1944, il est nommé à la faculté des lettres de Toulouse pour remplacer Louis Villat, suspendu en raison de son attitude pendant l’Occupation. Mais celui-ci est mis hors de cause en juillet 1945 et le ministère de l’Éducation entérine sa réintégration dans ses fonctions, malgré les protestations du doyen et du recteur qui rappellent que Louis Villat a été promu sous Vichy en raison de ses sympathies politiques. Bien au-delà des milieux enseignants et estudiantins, la ville rose s’enflamme, des pétitions contradictoires s’accumulent – dont certaines ne sont pas exemptes de relents antisémites. Finalement, Louis Villat est mis à la retraite.

23C’est là, sans doute, un cas relativement atypique dans la mesure où Jacques Godechot n’était pas en place à Toulouse avant les lois de Vichy. Mais les cas de non réintégration dans un poste effectivement occupé avant guerre ne sont pas rares. Claude Singer signale par exemple celui de Lucienne Félix [20][20]Cf. Lucienne Félix, Mémoires (inédites), dactylographiées, ch.…, professeur de mathématiques en classe préparatoire au lycée de jeunes filles de Versailles, révoquée en décembre 1940. Internée à Drancy, elle échappe de peu à la déportation. Rapidement réintégrée en droit, elle perçoit à nouveau son traitement à partir de l’automne 1944 mais son successeur conserve son poste – comme l’en avertit plutôt sèchement la directrice de l’établissement, celle-là même qui l’avait prévenue de sa révocation en 1940. Il lui faudra attendre la rentrée 1945 pour retrouver un poste au lycée La Fontaine, mais dans l’enseignement secondaire et non plus en classe préparatoire. D’autres doivent patienter jusqu’à la rentrée 1946 – tel Michel Alexandre, professeur d’hypokhâgne aux lycées Louis-le-Grand et Fénelon.

24Certes, ces enseignants ne se heurtent pas tous à des manifestations haineuses d’antisémitisme mais bien souvent, de manière plus ou moins insidieuse, ressurgissent de vieux stéréotypes : la propension des Juifs à tirer profit de tout, leur rapacité qui n’a d’égale que leur lâcheté… L’historien britannique Bernard Wasserstein note que très rapidement, les Juifs n’apparaissent plus seulement comme des « victimes de la barbarie nazie » – pour reprendre l’expression utilisée à l’époque –, mais comme un groupe de pression gênant [21][21]Les Juifs d’Europe depuis 1945 : une diaspora en voie de….

25On peut noter aussi qu’il se constitue des groupes d’étudiants en médecine pour protester contre les « trop grandes facilités » faites aux étudiants déportés et prisonniers de guerre de retour. Là encore, l’antisémitisme n’est pas au cœur du propos, mais il semble néanmoins avoir quelque influence dans ce milieu professionnel. Une annonce parue le 24 novembre 1951 dans Le Concours médical est libellée en ces termes : « Médecin de campagne cherche remplaçant avec voiture pour une durée de deux mois. Israélite ou naturalisé s’abstenir [22][22]Droit et liberté, 7 décembre 1951.. » Et au mois de juillet 1953, deux membres du jury du concours pour le poste de médecin des hôpitaux refusent de signer le procès-verbal portant mention du résultat final, afin de protester contre « l’élimination systématique, depuis 1947, des candidats de confession israélite [23][23]L’Aurore, 5 juillet 1953.. »

26Sans doute ces dérapages ne sont-ils pas relayés par l’État qui, au contraire, s’emploie à rétablir l’ordre républicain. Mais ces relents d’un courant de pensée qu’on voulait croire disparu sont ressentis très douloureusement par les Juifs de France, qui doivent se rendre à l’évidence : François Mauriac lui-même ne reconnaît-il explicitement que l’antisémitisme est encore vivace ?

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« Je ne suis pas de ceux qui nient l’existence de l’antisémitisme en France, confie-t-il à Colette de Jouvenel dès octobre 1945. Mon courrier du Figaro m’apporte chaque jour la preuve de sa vigueur. Je renonce à le lire désormais [24][24]Fraternité, 11 octobre 1945.. »

28Au début du mois de mars 1946, la LICA consacre un numéro spécial du Droit de vivre à cette question, afin de savoir « quelles traces la propagande nazie a laissé dans notre pays » – pourrait-il s’agir d’autre chose que d’un antisémitisme d’importation ? Deux questions sont posées à un certain nombre de personnalités :

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« Pensez-vous qu’il y ait recrudescence de l’antisémitisme en France ? »

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« Êtes-vous partisan de l’introduction, dans la nouvelle constitution, de dispositions réprimant l’incitation à la haine des races ? »

31Les réponses à la seconde question sont unanimement positives. En ce qui concerne la première, les avis sont plus nuancés. Le député radical-socialiste Pierre Cot et le syndicaliste chrétien Gaston Tessier considèrent que l’antisémitisme sévit actuellement en France. De son côté, le physicien Paul Langevin n’y croit pas, « mais seulement à une réaction, devant le retour des Juifs expropriés ou spoliés, de ceux qui ont bénéficié de mesures prises pendant l’Occupation. Cela était prévisible et disparaîtra dès le retour à une situation normale [25][25]Le Droit de vivre, 2 mars 1946.. »

32Au printemps 1946, des distributions de tracts antisémites ont lieu dans plusieurs stations de métro : Bastille, Filles-du-Calvaire, Marbeuf… Ils sont signés : « Parti français anti-israélite » :

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« […] Tous ces Juifs ne sont pas restés inactifs. À grand renfort de courbettes et de promesses, ils rampent peu à peu vers la tête de notre pays, car leur ambition serait de faire de nous des jouets entre leurs doigts crochus.
Français, redonnez au monde un exemple de ce que vous n’avez pas cessé d’être, c’est-à-dire de bons et vaillants patriotes, en repoussant loin de chez nous l’invasion juive.
Aux armes, citoyens [26][26]Bulletin du Centre israélite d’information, n° 3, 1er-15 mai… ! »

34À la même période, des graffiti antisémites apparaissent en nombre sur les murs des couloirs du métro parisien [27][27]Dans un article publié dans Les Étoiles le 12 mars 1946,… : « Chassez les parasites juifs ! », « Hitler s’est vengé en nous donnant les Juifs ! », « Les nazis avaient du bon ! ». Le CRIF effectue une démarche auprès de la direction du métropolitain pour lui demander d’effacer ces slogans [28][28]Bulletin du Centre israélite d’information, n° 3, 1er-15 mai…. Des instructions sont données en ce sens ; pourtant, quelques mois plus tard, on note que les couloirs du métro sont de nouveau souillés d’inscriptions antisémites [29][29]Cf. notamment Le Clou, 16 juin 1946 ; Droit et liberté, 7 août…, ce qui se produit encore à diverses reprises en 1951 et 1952 [30][30]Note d’information du CRIF en date du 6 février 1951…. Au mois de septembre 1946, ce sont les murs du palais de Justice de Paris qui se couvrent de « gentillesses [31][31]Bulletin du Centre israélite d’information, n°8-9, 1er-15… » à l’égard des Juifs.

35De telles inscriptions apparaissent également en province. En novembre 1951, des centaines d’affichettes sont apposées sur les murs et les troncs d’arbres bordant les artères principales de Marseille :

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« Français !
Le Juif, c’est la misère. Fais travailler le Français.
Prends garde, le Juif, c’est la guerre. Souviens-toi de leurs fours crématoires.
Les Juifs à la mer ! Les Juifs, c’est la lâcheté. Les Juifs, c’est le parjure. Assez de ces salopards [32][32]Note d’information du CRIF, 15 novembre 1951. ! »

37Quelques mois plus tard, un tract est distribué très abondamment à travers les rues de Lyon, signé du Mouvement anti-juif français :

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« La France agonise. Le cancer juif la ronge [33][33]Id., 24 avril 1952. ! »

39Des incidents se produisent, sans doute ponctuels et sporadiques mais sans pour autant être rarissimes. On signale ainsi que le 1er janvier 1947, une famille juive a été emmenée au commissariat de la rue du faubourg Montmartre, après une altercation banale dans une file d’attente devant un cinéma. L’adolescente, jugée insolente par un policier, reçoit une gifle accompagnée de ces mots : « Allez ! Les youpins, ça se relève, ça ne crève pas facilement [34][34]Cf. La Voix des camps, 13 janvier 1947. ! » Au printemps 1950, un commerçant de Moulins appose sur la vitrine de son magasin de tissus de la rue des Couteliers une affichette portant l’avertissement suivant : « Messieurs les représentants sont informés que nous ne traitons aucune affaire avec des israélites [35][35]Le Droit de vivre, 15 juin-1er juillet 1950.. » Plusieurs jours s’écoulent avant que la police ne la fasse enlever.

40Les mots ne sont plus tabous, quelques mois à peine après la découverte de la réalité des camps. Dès la fin de l’été 1946, le chansonnier montmartrois Jean Rigaux procède à des jeux de mots douteux où il évoque les fours crématoires comme autant de « couveuses » [36][36]Bulletin du Centre israélite d’information, n° 3, 1er-15 mai…. Au cours de l’hiver 1946, dans un cinéma où l’on projette un film intitulé Hitler et sa clique, retentissent des clameurs d’approbation à l’égard de la politique hitlérienne et le cri « Mort aux Juifs ! » [37][37]Bulletin du Centre israélite d’information, n° 12, 15 novembre….

41Quatre ans plus tard : au Théâtre de dix heures, le chansonnier Philippe Olive multiplie les grasses plaisanteries sur « Arsène Youpin » et, au cabaret l’Arbalète, Paul Coline s’efforce de rivaliser avec ce genre d’humour [38][38]Note d’information du CRIF, 26 octobre 1950..

42Il arrive que certaines formules héritées des années noires réapparaissent malencontreusement, insidieusement : ainsi Le Figaro du 25 février 1948 signale-t-il les malversations commises par « le Juif Kittayeff », qui a détourné des subsides envoyés par les États-Unis pour secourir des enfants défavorisés. Le Consistoire central adresse une lettre de protestation à la direction du journal qui répond par une lettre d’excuse le 3 mars, jugeant les réflexions du Consistoire « parfaitement justifiées [39][39]Bulletin intérieur d’information du CRIF, 5 mars 1948. ».

43Il ne s’agit pas seulement d’un « antisémitisme de plume [40][40]Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Pierre-André Taguieff,… » s’exprimant de manière plus ou moins larvée. À partir de la fin de l’année 1948 et pendant plusieurs mois, des attentats à l’explosif sont commis à l’encontre de magasins et d’ateliers appartenant à des Juifs, à Paris et en banlieue. Il n’y a pas de victimes, mais les dégâts matériels sont importants et les fenêtres des immeubles voisins volent en éclats [41][41]Bulletin intérieur d’information du CRIF, n° 12, 1er janvier…. Le 16 septembre 1951, une information judiciaire est ouverte à la suite des nombreuses lettres de menaces de mort reçues par des commerçants juifs [42][42]Note documentaire du CRIF, 4 octobre 1951 (CDJC)..

Les relents de haine de l’extrême-droite et des nostalgiques de Vichy

44Même si elle est largement déconsidérée dans l’opinion publique et si ses scores électoraux restent des plus faibles [43][43]Elle sort à peine du « néant de l’après-Libération » pour…, l’extrême-droite relève très tôt la tête et, dès 1945, fait renaître une presse qui reprend largement les schémas de pensée de l’avant-guerre. Au-delà des divergences idéologiques et des rancœurs personnelles, l’antisémitisme apparaît comme une constante dans ces milieux.

45À partir de 1946, André Mutter, ancien membre des Croix-de-Feu, militant du PSF [44][44]Parti social français qui, après la dissolution des ligues par… passé à la Résistance et devenu député de l’Aube à la Libération [45][45]André Mutter deviendra par la suite ministre des gouvernements…, anime, dans le sillage du Parti républicain de la liberté [46][46]Au début du mois de février 1947, le PRL organise un grand… (PRL), l’hebdomadaire Paroles françaises dont le tirage atteint deux ans plus tard 100 000 exemplaires [47][47]Ce chiffre, donné par Henry Rousso in Le Syndrome…, op. cit.,…. À la fin de l’hiver 1947-48, il fonde par ailleurs le Mouvement des combattants français (MCF), dont le secrétaire général, M. Pillet, déclare :

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« Officiellement, le MCF ne prendra pas de position antisémite. Les Juifs qui ont fait leur devoir de Français pendant cette dernière guerre pourront y adhérer. Mais nous éliminerons de notre mouvement tous les autres Juifs, ceux qui n’ont rien fait, la plupart d’ailleurs, et qui ont cet esprit juif commerçant que nous condamnons [48][48]Bulletin de l’Agence télégraphique juive (ATJ), n° 348, 28…. »

47L’année 1947 voit la (re)naissance de deux publications d’extrême-droite : au mois de janvier, le mensuel Écrits de Paris, fondé par René Malliavin – journaliste toujours fidèle au « Maréchal » – et tiré à 30 000 exemplaires ; et, en juin, à l’iniative d’un ancien Camelot du roi [49][49]Mis en place à partir de 1908, les groupes de Camelots du roi…, Georges Galzant, l’hebdomadaire Aspects de la France – qui reprend, sous les mêmes initiales, la ligne éditoriale d’Action française que les maurrassiens n’ont pas eu la possibilité de rééditer tel quel [50][50]Cf. Raoul Girardet, « L’héritage intellectuel de l’Action… et dont le tirage tourne autour de 20 000 exemplaires en 1950. En janvier 1951, le même René Malliavin (qui signe parfois Michel Dacier) lance l’hebdomadaire Rivarol, dont le tirage dépasse les 45 000. L’éditorial du premier numéro recommande aux lecteurs d’« oublier le passé », mais quelques pages plus loin le ton est donné dans un article de Jacques Savin consacré à Daniel Mayer, qui « appartient à l’élément israélite de la SFIO que par bonheur le déchaînement de la terreur hitlérienne n’a pour ainsi dire pas réussi à entamer [51][51]Cité par H. Rousso, Le Syndrome…, op. cit., p. 326, note 30. ».

48Sous la signature de vieux briscards comme Alfred Fabre-Luce, Marcel Jouhandeau, Lucien Rebatet [52][52]Son ouvrage Les Décombres disparaît néanmoins, pour un temps,…, Xavier Vallat [53][53]L’ancien commissaire général aux Questions juives fait paraître…, Henry Coston, Albert Paraz, Jean Madiran, Pierre-Antoine Cousteau [54][54]Journalistes à Je suis partout, écrivains inconditionnels de la…, ou de jeunes prometteurs tels Pierre Boutang [55][55]En 1949, quelques mois après le procès de Joseph Joanovici,… ou François Brigneau, l’antisémitisme le plus violent, ordurier parfois, s’exprime à longueur de colonnes. Maurice Vanikoff a dressé ainsi une « anthologie » des articles publiés au cours de l’année 1951 [56][56]Cf. Les Temps modernes, n° 83, septembre 1952, pp. 458-467.. On y retrouve les stéréotypes habituels : les Juifs sont des traîtres et/ou des « planqués » qui haïssent la France à laquelle ils demeurent profondément étrangers – ce qui explique du reste que les Français conscients et responsables les rejettent depuis des siècles ; « judéo-bolchevisme », « judéo-gaullisme », tout leur est bon pour asseoir leur domination sur les rouages de l’État : et de renouer avec l’antienne de la « République juive ». Certes, il ne saurait être question de développer un « antisémitisme de peau [57][57]Aspects de la France (désormais AF), 12 octobre 1951. » qui ne correspond pas au « génie français », ni de « jeter des fagots dans les foyers des fours crématoires [58][58]Rivarol (désormais R), 17 mai 1951. », mais il faut protéger le pays contre les profiteurs de cette « République des Rothschild [59][59]AF, 23 novembre 1951. », cette IVe République « sortie de l’échoppe puante et du bureau policier d’un chiffonnier bessarabe [60][60]Ibid. ». Les insultes pleuvent contre le « despote juif [61][61]AF, 6 juillet 1951. » Jules Moch, ministre de l’Intérieur (1947-1950) ; contre le « petit-fils de rabbin [62][62]R, 6 décembre 1951. » « Rothschild-Mayer [63][63]AF, 21 décembre 1951. » – René Mayer, considéré comme personnellement responsable de la détention de Charles Maurras en tant que ministre (radical-socialiste) de la Justice – ; contre le ministre du Travail et des Affaires sociales Daniel Mayer, « vendeur de bretelles à la sauvette dans les couloirs du métro [64][64]AF, 21 septembre 1951. », « petit marchand de tapis [65][65]R, 12 avril 1951. » au « comportement talmudique [66][66]R, 2 août 1951. » ; contre Maurice Schumann – régulièrement appelé « Moïse » –, président du MRP (1945-1949) puis secrétaire d’État aux Affaires étrangères (1951-1954). Dans la droite ligne de l’entre-deux-guerres, Léon Blum continue d’être « l’homme le plus injurié de France [67][67]L’expression est de P. Labaleine, France-Dimanche, 22 décembre… » : exaspéré par le fait que le leader socialiste recommence à rédiger les éditoriaux du Populaire, Jean-Marie Méran, journaliste de Paroles françaises, lui reproche d’« étaler sa captivité-party en Allemagne » et de mélanger, « selon son goût tout oriental », sentiments et politique [68][68]Paroles françaises, 10 juin 1949.. Ses mois de détention à Buchenwald, entre 1943 et 1945, sont fréquemment décrits comme ayant été synonyme de luxe et de débauche : « Vous eûtes maison, nourriture choisie, bon chauffage et le reste. […] L’on vous expédia la fiancée élue, fille de votre race, jeune et belle, dit-on [69][69]« Lettre à Léon Blum », AF, 13 janvier 1949.. »

49La création récente de l’État d’Israël favorise l’accusation de cosmopolitisme envers des Juifs qui, selon les journalistes de cette mouvance, ignorent tout attachement patriotique envers la France :

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« Les Juifs vont avoir légalement deux cartes d’identité dans leur poche : celle d’Israël et celle de leur pays de campement. […] Nous serons les derniers à faire grief aux Juifs de leur dévouement envers leur nation. Mais la question se pose précisément de savoir si l’on peut servir deux maîtres. Leur fidélité “ illimitée ” à l’égard d’Israël les astreint à une loyauté “ limitée ” envers l’État qu’ils habitent [70][70]R, 20 septembre 1951.. »

51Les changements de noms [71][71]Cf. Nicole Lapierre, Changer de nom, Paris, Stock, 1995,… – fréquents au lendemain de la guerre – suscitent la colère de plusieurs ténors de l’extrême-droite désireux de réserver à de « vrais Français » les patronymes fleurant bon le terroir. Certains vont jusqu’à envisager la création d’une Ligue de défense des noms français :

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« Que M. Cocu veuille s’appeler Coq, cela ne risquera pas de tromper. Mais que l’on nous présente un M. Beauchamp et que nous découvrions quelque temps après que Monsieur son père, qui le conçut en terre étrangère, s’appelait Rosenfeld, il en va tout autrement. Nous redoutons la supercherie. Nous redoutons que l’on nous demande : “ Est-il votre cousin ? ” [72][72]AF, 2 juin 1949. »

53Et en juin 1950, de nouveau, Aspects de la France s’indigne que :

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« non seulement la République encourage les étrangers à s’installer chez nous, mais encore les invite à prendre nos noms, pour leur permettre de s’asseoir plus facilement parmi nous et de nous tromper. […]
Notre nom est notre bien le plus sacré. On veut nous le prendre […] car le bipède avide de se mettre un faux nez sera demain notre fournisseur ou notre voisin ou cherchera à entrer dans notre famille ou dans celle de nos amis [73][73]AF, 8 juin 1950.. »

55Certains groupuscules prônent l’action violente contre les « parasites métèques », comme Jeune Nation, fondé en 1949 par Pierre et Jacques Sidos. Il arrive même parfois que s’exprime directement la référence au racisme hitlérien : « Nous ne supporterons jamais que sur notre continent, l’étoile juive éclipse le soleil aryen », peut-on lire dans Rivarol le 7 juin 1951, tandis que l’éditorialiste du Nouveau Prométhéeincite ses lecteurs à « réapprendre » que « la race est tout, elle conditionne tout [74][74]Numéro d’avril 1951. ». Quelques mois plus tôt, le Ciné-club du Quartier latin a pris l’initiative de projeter – sans le moindre avertissement – le film de propagande nazie Le Juif Süss, suscitant une manifestation de protestation de plusieurs centaines d’étudiants et des questions écrites de la part de plusieurs conseillers municipaux [75][75]Naie Presse, 5 octobre 1950. Dans sa livraison du 20 octobre….

56En décembre 1952, Maurice Bardèche – antisémite forcené et beau-frère de Robert Brasillach dont il n’a de cesse de prendre la défense post mortem – lance avec l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour la revue Défense de l’Occident, qui entretient ouvertement la flamme de la collaboration la plus dure. Un an auparavant, il a été traduit en justice [76][76]CDJC, CXCVII- 2-3 : arrêté du jugement rendu par la 17e Chambre… pour avoir « exalté le régime national-socialiste » et « fait l’apologie du crime de meurtre » dans l’ouvrage qu’il a fait paraître en 1948, Nuremberg ou la Terre promise, tout au long duquel il fustige le « cauchemar », la « mascarade », l’« assemblée de rois nègres » qu’a été à ses yeux le tribunal de Nuremberg.

57Point fondamental : pour la première fois, la remise en cause de la véracité des témoignages sur les chambres à gaz apparaît noir sur blanc. Il s’agirait, selon Bardèche, d’une « falsification de l’histoire [77][77]Nuremberg ou la Terre promise, Paris, Les Sept couleurs, 1948,… », par le biais d’un « admirable montage technique [78][78]Ibid., pp. 24-26. » effectué par les Juifs désireux de se venger de l’Allemagne qui n’a pourtant employé contre eux que des procédés « modérés » et « raisonnables [79][79]Ibid., p. 194. » – le « regroupement à l’Est » – afin de se prémunir de leur ambition d’infiltrer toutes les sphères de pouvoir et de dominer le monde. Les Juifs, toujours avides, auraient trouvé là le moyen de tirer des dividendes de cette invention.

58Un an après ce volume, paraît Nuremberg II ou les faux-monnayeurs, du même auteur. Entre-temps, celui-ci a fait la connaissance de Paul Rassinier. Cet ancien communiste exclu du PCF en 1932 a rejoint deux ans plus tard la SFIO où il a défendu la ligne pacifiste, munichoise, ardemment opposée au « bellicisme » de Léon Blum. Il est entré néanmoins dans la Résistance et, arrêté en novembre 1943, a été déporté à Buchenwald puis à Dora. Élu député de Belfort à la Libération, il siège à la 2e Assemblée constituante avant d’être battu par Pierre Dreyfus-Schmidt aux élections législatives de novembre 1946. Il se retire alors de la politique active et se consacre à une « recherche » qui a pour objectif la « chasse au mensonge » [80][80]Plusieurs ouvrages récents sont consacrés à Rassinier. Outre le…. En 1948, il publie aux Éditions bressanes Passage de la ligne, dans lequel il relate son expérience concentrationnaire dans le dessein de « mettre les choses au point [81][81]Lettre de Paul Rassinier à Albert Paraz en date du 16 mai 1950,… », but qu’il poursuit en rédigeant son deuxième ouvrage, Le Mensonge d’Ulysse. Il s’y emploie à souligner la responsabilité des communistes dans l’horreur qui a régné dans les camps – diminuant de ce fait celle des SS – et, d’autre part, exprime des réserves quant au nombre de chambres à gaz qui ont effectivement fonctionné ainsi que sur le nombre des victimes :

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« Mon opinion sur les chambres à gaz ? Il y en eut ; pas tant qu’on le croit. Des exterminations par ce moyen, il y en eut aussi ; pas tant qu’on l’a dit [82][82]Le Mensonge d’Ulysse, Bourg-en-Bresse, Éditions bressanes,…. »

60À cette étape de sa vie, Rassinier n’est pas encore l’antisémite haineux qu’il deviendra par la suite, mais il développe dans ces deux ouvrages « la figure du Juif menteur, inventeur de sa propre extermination, [qui] transparaît et présage de sa dérive [83][83]V. Igounet, op. cit., p. 67. ». Devenu l’ami de Bardèche, il est adopté par l’extrême-droite qui instrumentalise son statut d’ancien déporté. Exclu de la SFIO en 1951, il rejoint la Fédération anarchiste (FA) où il reçoit le soutien actif d’une partie du courant libertaire largement gangrenée par un antisémitisme d’extrême-gauche hérité de Toussenel et Proudhon. Louis Lecoin [84][84]Cf. Jean Maîtron, Dictionnaire biographique du mouvement…, fondateur – en 1948 – du journal Défense de l’homme se réclamant « de l’anarchisme social et du pacifisme intégral », lui ouvre ses colonnes.

61Cette étrange évolution semble accréditer les propos que tient Gérard Rosenthal, Compagnon de la Libération, lors du débat qui suit le rapport politique présenté au XIIIe congrès de la LICA [85][85]Le congrès de reconstitution de la LICA, Ligue internationale…, en mars 1950 :

62

« Les difficultés sont grandes. […] Il n’est plus certain du tout aujourd’hui, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, que l’antisémitisme soit l’élément exclusif de la droite [86][86]Cité in Cécile Amar, Histoire de la LICA et du MRAP de 1950 à…. »

Le Parti communiste : du nationalisme à l’antisémitisme ?

63Au lendemain de la guerre, le Parti communiste est au faîte de sa puissance et auréolé de son image de « parti des 75 000 fusillés ». Désireux d’asseoir encore son influence sur la scène politique française, il redéfinit sa doctrine sur la place et les objectifs de ses militants issus de l’immigration. Dans la mesure où ces derniers ont fait la preuve de leur droit à l’intégration par leur participation à la Résistance, il semble inutile et même dommageable – affirment ses dirigeants – de maintenir des organisations spécifiques à leur intention : il y aurait là le risque d’une démarche sectaire qui irait à l’encontre du processus d’unification de la nation française auquel adhère le PCF en pleine phase jacobine. Ces thèmes sont repris régulièrement au printemps et à l’été 1945 par Louis Gronowski dans les colonnes de la Naie Presse (la Presse nouvelle des communistes juifs) qui met en valeur le creuset assimilationniste que constitue le parti. C’est au cours de cette période que, de manière symbolique, les locaux de la commission centrale de la MOI [87][87]La Main d’œuvre immigrée, originellement organisée en « groupes… sont transférés du siège du PCF à un petit bureau perdu dans le quartier des Halles.

64Le discours du PCF prend même des accents ultra-nationalistes et, après un rapide hommage, le rôle des combattants étrangers « aux noms imprononçables » est relégué au second plan. Il ne serait pas de bon ton d’apparaître comme un parti de métèques, ni de laisser accroire que les actions résistantes les plus audacieuses ont été accomplies par des Juifs immigrés. Dès le 19 août 1944, Maurice Thorez, s’exprimant sur Radio-Moscou, donne lecture à l’antenne d’une « liste tragique de 168 noms » :

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« Ce sont les noms de Français, les premiers noms de Français que nos amis soviétiques ont relevés dans les documents allemands tombés entre leurs mains au camp de la mort de Lublin [88][88]Il s’agit du camp de Majdanek. en Pologne. […] Français, Françaises, vous avez entendu les 168 noms. Noms qui sentent le vieux terroir français. Noms de Bretons et d’Alsaciens, noms de Flamands et de Corses, noms de Normands et de Provençaux. Noms de Français [89][89]Maurice Thorez, Œuvres, Paris, Éditions sociales, 1960-1965,…. »

66Plusieurs militants issus de l’immigration ont témoigné des propos que leur a tenus Jacques Duclos notamment [90][90]Cf. notamment Boris Holban, Testament. Après quarante-cinq ans… : inutile d’espérer une ascension fulgurante dans les cadres du parti, priorité sera donnée à des Français « de souche ». R. Simoni évoque ainsi une conversation qu’il a eue avec Jacques Duclos en mai 1945 et au cours de laquelle il interrogeait le leader communiste sur le virage nationaliste du parti : « Mon ami, lui répondit Duclos, tu ne dois jamais oublier que nous sommes un parti français. » Et il cite d’autres propos tenus par Léon Mauvais et Gaston Monmousseau, trois ou quatre semaines après la Libération : « Il faut conseiller aux membres de la MOI de s’éparpiller un peu partout en France, de s’effacer, et cela concerne surtout les camarades juifs [91][91]Cité par Maurice Rajsfus, L’An prochain la révolution. Les…. » Alors que le PCF encense ses « héroïques martyrs » lors de très nombreuses commémorations, les étrangers en sont de fait exclus. Ainsi les manifestations qui accompagnent le souvenir de Gabriel Péri, fusillé au Mont Valérien le 13 août 1942, passent-elles sous silence le fait que le Dr. Joseph Burstyn, Mounie Adler – ancien rédacteur en chef de la Naie Presse avant guerre et l’un des principaux responsables de la presse clandestine communiste ensuite – ainsi que le chimiste Nathan Dyskin étaient à ses côtés. Et si l’on évoque longuement le « martyre de Catelas [92][92]Le 26 août 1941, cinq jours après que Pierre Georges (Fabien) a… », on omet de rappeler celui d’Abraham Trzebrucki-Piwolski [93][93]Le 25 mai 1941, celui-ci est arrêté à Paris dans le cadre d’une….

67Une autre option est offerte aux membres de la MOI : le retour dans leur pays d’origine libéré de l’occupation nazie. C’est le cas, essentiellement, de l’Europe orientale où la présence de l’Armée rouge fournit aux partis communistes un soutien essentiel pour la prise de contrôle des leviers de pouvoir. Et les partis polonais, tchécoslovaque, roumain, hongrois, bulgare et celui de la zone allemande occupée par l’Union soviétique réclament qu’on leur envoie d’urgence des cadres, car ils restent encore très minoritaires et souhaitent bénéficier de l’expérience des militants qui se sont aguerris dans la Résistance française. C’est encore une fois Jacques Duclos qui convoque les cadres de la MOI et leur vante l’enjeu exaltant de la construction du socialisme dans un pays dont ils ont souvent émigré pour fuir la répression et les persécutions antisémites. C’est ainsi qu’avec un enthousiasme variable, Jacques (Hervé) Kaminski, Louis Gronowski, Édouard Kowalski (Tcherny) et Adam Rayski partent en Pologne ; Ljubomir (Louis) Ilic – commandant Brunetto – en Yougoslavie ; Artur London et Karel Stefka en Tchécoslovaquie ; Boris Holban, Cristina Boico, Philip Lefort et Mihail Patriciu (Grunsperger) en Roumanie ; Peter et Fanny Gingold, Harald et Edith Hauser dans la zone allemande d’occupation soviétique.

68On ne saurait se hasarder à mettre d’emblée un signe égal entre l’ultra-nationalisme du PCF au cours de ces années, la mise à distance des militants étrangers – des Juifs notamment – et une expression avérée d’antisémitisme [94][94]Cf. en particulier, William Cohen et Irwin Wall, « French…. Mais d’autres signes ne peuvent que renforcer le questionnement.

69Il n’est pas rare, par exemple, que les critiques émises par les communistes à l’encontre de Léon Blum dérapent vers un antisémitisme plus ou moins ouvertement exprimé. Dès 1946, la signature des accords Blum-Byrnes – qui permettent l’entrée de films américains en France, en échange d’un nouveau prêt accordé par les États-Unis – lui attire les foudres communistes – et également celles d’une partie de la gauche non communiste [95][95]Sur cette question, on peut se reporter avec profit à Philippe…. On l’accuse d’être « vendu aux Juifs de New York » et, le 28 mai 1946, le Comité de défense du cinéma français, dirigé par Jacques Becker et Marcel Carné, publie dans Le Mondeun article intitulé « Blum nous a vendus ! ». Quelques mois plus tard, des étudiants communistes s’insurgent dans les colonnes de Clarté contre ce « domestique qui vend sa patrie aux trusts et aux banques de Wall Street [96][96]Clarté, 11 mars 1948. Cité in Annie Kriegel, Le Pain et les… ».

70L’éviction des ministres communistes par Paul Ramadier, en mai 1947 [97][97]Cf. Philippe Buton, « L’éviction des ministres communistes »,…, fait sauter les derniers verrous.

71On peut lire ainsi dans L’Humanité du 12 novembre 1947 – soit à la veille de l’élection de Robert Schuman – des lignes où l’antisémitisme affleure sans jamais s’exprimer explicitement :

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« Chacun sait que le nouveau président a été suivi et aidé dans sa carrière par François Bloch-Lainé, dont le père, Frédéric Bloch-Lainé, est associé-gérant de la banque Lazard, le puissant établissement anglo-franco-américain. La banque Lazard est le type même des institutions financières spécialistes en tous temps de l’émigration des capitaux et des opérations sur les monnaies en crise, et aujourd’hui favorables à la politique du Bloc occidental et à celle du Plan Marshall dont elles attendent un mouvement de marchandises et de capitaux dans les conditions les plus propices à la spéculation. On voit quel cynique symbole s’attache à l’élection de Robert Schuman, au moment où le Congrès américain discute de l’onéreuse et redoutable aumône destinée à notre pays. »

73Quelques semaines plus tard, dans L’Humanité des 13, 16, 18 et 19 janvier 1948, Léon Blum est présenté comme un « ennemi de la classe ouvrière » et son origine juive est évoquée maintes fois en termes injurieux. Au même moment, Monmousseau ironise, dans La Vie ouvrière, sur le fait que « Blum en yiddish veut dire fleur ». Et, dans L’Aisne libre en date du 10 janvier 1948, Roger Briard, candidat local du PCF dans ce département, écrit dans un article intitulé « Le Plan Rothschild » :

74

« Les noms de Blum, Moch et Mayer ne sentent bon ni la Beauce, ni le Berry, mais évoquent plutôt tout ce qui depuis des siècles exploite le labeur français, vit de la fatigue française, fait des fortunes sur la misère des Français. »

75Et le député communiste Arthur Ramette souligne qu’au contraire, « nous, communistes, n’avons que de vrais noms français [98][98]Cf. Gideon Hanagov, « Les communistes et les Juifs »,…. »

76Au cours de la seconde quinzaine de janvier 1948 et tout au long du mois de février, L’Humanité mène campagne contre Jules Moch, « l’argousin roi » accusé de réprimer « sauvagement » les mouvements de grève, et contre René Mayer, « cousin des Rothschild et de la banque Lazare [99][99]Selon les cas, le quotidien communiste orthographie Lazard ou… ». Le 25 février 1948, l’hebdomadaire communiste Action se met en devoir d’établir la généalogie supposée de ce dernier, « cousin par sa mère de James Henri de Rothschild », et souligne à quel point ses options politiques lui sont dictées par « ses liens familiaux avec la Haute Finance ». Quinze jours plus tôt, il a consacré un long article à Pierre Mendès France – appelé Mendès Misr –, expliquant que celui-ci est « à la tête, par sa femme, d’une fortune tout entière placée en Égypte [100][100]Action, 13 février 1948. », à la banque Misr.

77Henri Noguères, qui signale ces débordements dans les colonnes du Populaire, tire le signal d’alarme : « Le Parti communiste a franchi le pas et, comme d’autres, son nationalisme l’a conduit à l’antisémitisme [101][101]Le Populaire, 16 janvier 1948.. »

78Cette tendance ne va nullement s’infléchir, au contraire. À partir de 1954, Jacques Duclos, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, ne cessera d’invectiver Pierre Mendès France, « ce lâche, ce petit Juif peureux qui bavarde et n’ose pas agir [102][102]Propos tenus publiquement dans les couloirs de l’Assemblée… », rejoignant ainsi les députés de la droite qui accusent « Capitule Mendès » de brader l’Indochine. Et tous de reprendre la même formule, comme un leitmotiv : « Mendès, ou France ? ». Dans plusieurs articles parus dans Contre-courant entre l’été 1954 et l’automne 1955, Paul Rassinier soutient quant à lui que Mendès France n’est que « l’agent servile du capitalisme cosmopolite juif qui dépèce avec soin l’empire français [103][103]Cf. Georges Gombault, « La haine déferle. Mendès France comme… ». Dès 1948, les dirigeants du CRIF commençaient à s’inquiéter sérieusement de cette « conjonction des extrêmes [104][104]Bulletin intérieur d’information du CRIF, 20 février 1948. ». De fait, si les sources de cet antisémitisme ne sont évidemment pas les mêmes, ni l’ampleur du rejet, la terminologie utilisée présente d’étranges similitudes.

79En ce qui concerne le sionisme et la création de l’État d’Israël, les communistes ont quelques difficultés à opter pour une position vraiment claire. Sur le plan théorique, ils réfutent l’existence d’une « nation » juive qui leur paraît à la fois être une idée fausse et menacer l’intégration des Juifs au sein de la société environnante. Ils craignent que le sionisme – que certains analysent comme un mouvement « chauvin » et « petit-bourgeois » – ne soit instrumentalisé par l’« impérialisme occidental » pour empêcher l’émancipation des peuples arabes du Moyen-Orient. Mais par ailleurs, ils doivent tenir compte du fait que le parti compte un nombre important de militants et de sympathisants juifs, qui, parfois sur une base plus affective que strictement politique, éprouvent un profond sentiment de solidarité vis-à-vis de ceux qui veulent tenter de reconstruire leur vie en Palestine. Surtout, les communistes français gardent les yeux fixés sur Moscou. Le discours tenu en mai 1947 à l’ONU par le délégué permanent de l’URSS, Andreï Gromyko, qui préfigure le fait que l’Union soviétique souscrive au plan de partage proposé au vote en novembre, les incite à soutenir avec détermination la création de l’État juif – dans une optique officielle de lutte anti-impérialiste et, de fait, dans l’espoir que l’URSS trouvera ainsi sa place au Moyen-Orient, aux dépens de la Grande-Bretagne. Le 3 mars 1948, Jacques Duclos lui-même participe à un meeting organisé par le Comité de soutien à la Haganah [105][105]Les forces de défense juives en Palestine. et tient des propos qui ne laissent pas de surprendre :

80

« […] Vous avez raison, vous, Juifs de France, de soutenir les Juifs de Palestine, vos frères, et je reconnais aux Juifs de Palestine le droit de lutter pour l’application des décisions de l’ONU. J’ai le sentiment que vous-mêmes, vous tous, vous savez bien que le droit des Juifs à demeurer en Palestine et à y faire prospérer un État juif indépendant sera beaucoup moins le résultat de négociations de caractère dilatoire que le résultat de la lutte du peuple juif lui-même, et je salue la lutte de ceux qui veulent conquérir leur patrie. Nous, communistes, nous sommes animés par une doctrine qui nous fait obligation de lutter pour notre libération, pour la libération de l’humanité [106][106]L’Humanité, 3 mars 1948. Ce discours est reproduit…. »

81Et Florimond Bonte déclare à l’Assemblée nationale, le 20 mai 1948 :

82

« Nous ne pouvons pas oublier que, sur le territoire de l’Europe dominé par l’hitlérisme, la moitié de la population juive a été exterminée et que, depuis trois ans, des millions d’êtres humains ont tendu des bras décharnés pour demander un secours qui n’a pu leur être accordé. Nous devons rendre hommage à ceux qui ont combattu à nos côtés pendant la guerre, pour la libération de tous les peuples contre le danger racial issu de la philosophie barbare de l’hitlérisme. C’est de leur attitude qu’est née la possibilité de la création de l’État juif [107][107]Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée nationale,…. »

83Comme elle l’a fait au moment de l’affaire de l’Exodus, au cours de l’été 1947, la presse communiste continue de soutenir la cause des immigrants juifs, qu’elle voit comme les « compagnons de lutte » des « partisans grecs, [des] soldats de l’armée populaire chinoise, [des] combattants espagnols, [des] démocrates du Vietnam, [des] patriotes indonésiens, [des] résistants hindous [108][108]F. Bonte, Les Cahiers du communisme, juillet 1948. ». Et, à cette étape, ce n’est pas dans ses colonnes que s’expriment des interrogations sur la « toute puissance » et la « mystérieuse richesse » du mouvement sioniste, qui apparaissent çà et là dans la presse française entre 1947 et 1950 :

84

« Un Juif peut partir sans ressources, passer la frontière polonaise, passer de zone en zone à l’intérieur de l’Allemagne, franchir les frontières de l’Autriche et de l’Italie, s’embarquer pour la Palestine, grâce à la mystérieuse organisation sioniste [109][109]L. Narlay, « Berlin, étape vers la terre interdite », Études,…. »

85

« Une organisation occulte, aux puissants moyens financiers, les prend en charge [les immigrants illégaux], les pilote, loue pour eux des bateaux, surtout à Marseille. Ceux-ci vont ensuite se faire arraisonner par le blocus anglais devant la Palestine [110][110]J. Duché, « Le drame des déplacés », Le Figaro littéraire, 31…. »

86Quant au journal Le Monde, il évoque l’acquisition par Israël d’avions de combat et de bombardiers comme une grande affaire de contrebande réalisée par « une sorte de franc-maçonnerie opérant à l’échelle mondiale [111][111]Le Monde, 21 avril 1949. Ibid., p. 122, note 1.. »

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87À partir de 1949, néanmoins, un tournant s’amorce et la vision communiste du sionisme et de l’État d’Israël évolue. Dans le contexte de chauvinisme lié à la Guerre froide et de rejet du « cosmopolitisme », les Juifs des pays du Bloc soviétique ont commencé, dès 1948, à être inquiétés en tant que tels. Quelques mois après l’assassinat de l’acteur Solomon Mikhoels [112][112]Cf. Alexandre Bortchagovski, L’Holocauste inachevé, Paris,…, les dirigeants du Comité juif antifasciste [113][113]Cf. Lionel Kochan, Les Juifs en Union soviétique, Paris,…sont massivement arrêtés et l’instruction s’emploie à démontrer les déviances liées à leur « nationalisme juif bourgeois » ; celles-ci les auraient conduits à mettre en place un « réseau clandestin antisoviétique » entretenant des « liens étroits avec les cercles juifs réactionnaires de l’étranger [114][114]A. Bortchagovski, op. cit., p. 47. » dans le but de constituer une république juive en Crimée pour en faire une base militaire à la solde des États-Unis et d’Israël. L’instruction, ouverte le 16 septembre 1948, se termine le 28 mars 1952. Le procès – à huis-clos – est prévu pour l’été 1952. Il se soldera par la condamnation à mort des principaux dirigeants du CAJ [115][115]Le 12 août, David Bergelson, Boris Chimeliouvitch, Itzhak….

88À la fin de cette même année, le 22 novembre 1952, le procès Slansky s’ouvre à Prague ; la majorité des accusés (onze sur quatorze) sont d’origine juive. De nombreux journalistes occidentaux [116][116]Cf. en particulier, pour la France : La Croix, 12 novembre… dénoncent, derrière l’antisionisme invoqué – les accusés seraient des espions à la solde d’Israël –, un antisémitisme virulent [117][117]Sur le procès Slansky, on peut bien sûr se reporter aux…. Plusieurs organisations juives, l’Union internationale antiraciste et la Ligue des droits de l’homme protestent officiellement contre cette « campagne perfide [118][118]Cf. Bulletin intérieur d’information du CRIF, 24 décembre 1952. ». L’Humanité, quant à elle, paraît plus préoccupée par le sort de Julius et Ethel Rosenberg, cette « affaire Dreyfus américaine [119][119]Cf. L’Humanité, 2, 5 août 1952 ; 14 novembre 1952 ; 24 décembre… ».

89En revanche, le PCF fait entendre sa voix en janvier 1953, quand éclate l’affaire du « complot des blouses blanches » : des médecins juifs d’Union soviétique auraient été stipendiés par les services secrets américano-israéliens – via le Joint, organisation caritative juive américaine – pour attenter à la vie des dirigeants soviétiques. Pendant quelques mois, L’Humanité reprend ces accusations délirantes. Dès le 22 janvier, le quotidien communiste publie un extrait des propos tenus la veille par Auguste Lecœur, secrétaire à l’organisation au sein du PCF :

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« Lorsque, en Union soviétique, est arrêté le groupe des médecins assassins travaillant pour le compte des services d’espionnage terroristes anglo-américains […], alors, la classe ouvrière applaudit de toutes ses forces. »

91On peut noter cependant qu’un passage a été censuré et qu’il faut se reporter aux Cahiers du communisme– réservés aux cadres du parti – pour prendre connaissance de l’intégralité du discours de Lecœur et découvrir notamment le passage où celui-ci dénonce « les tentatives des fauteurs de guerre pour camoufler leurs crimes sous le vêtement rabbinique, la blouse médicale ou la soutane du prêtre [120][120]Cité par Jean-Jacques Marie, Les Derniers complots de Staline.…. »

92Entre le 27 janvier et le 1er février 1953, Pierre Hervé publie dans le quotidien Le Soir une série de six articles intitulée « Les assassins en blouse blanche », que le secrétariat du PCF a imposée au rédacteur en chef, Pierre Daix [121][121]Pierre Daix, J’ai cru au matin, Paris, Laffont, 1976, p. 314.…. Il y développe en particulier l’argument selon lequel le Joint serait un instrument de « la grande finance juive » – laquelle a « commandité Hitler » –, une organisation d’espionnage entre les mains de qui « la Diaspora devient une arme de guerre froide au service du Département d’État de Washington ». Il est question, au fil des lignes, de cosmopolites « dégénérés », de « sionistes-trotskystes »… De tels propos suscitent un malaise diffus parmi les militants du PCF, mais ces réserves sont loin d’être unanimes. Au contraire : Emmanuel Le Roy Ladurie se souvient que les responsables du cercle des étudiants communistes de la rue d’Ulm envisagèrent de « demander à ceux de [leurs] camarades qui étaient juifs de prendre une position particulièrement militante et énergique dans le soutien qu’ils donneraient à l’URSS en guerre contre les “ Blouses blanches ” [122][122]Ibid., p. 167.. »

Des signes de résurgence de l’antijudaïsme chrétien

93Il arrive aussi que resurgissent les anciennes passions autour des relations judéo-chrétiennes.

94Dès le printemps 1946, les éditions Catholicité de Lille éditent, sous la plume de Jean Sauvage – supérieur du séminaire de Merville -, un opuscule consacré au judaïsme. L’auteur consacre plusieurs pages à l’antisémitisme, « qui est un fait constant » et dont il s’efforce de comprendre les raisons afin de mieux le combattre. Pourtant, les préjugés anti-juifs affleurent tout au long de l’ouvrage :

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« C’est un peuple positif qui a le sens de l’argent, du commerce, de la finance et qui manifeste peu de goût pour les réalités supra-terrestres. […] Le peuple juif est insinuant, envahissant même ; il réussit partout, sans pourtant s’assimiler nulle part. Aussi s’inquiète-t-on du nombre trop grand des Juifs aux postes de commande, dans les professions libérales, et leur reproche-t-on de ne pas se sentir comme les nationaux des pays qui les ont reçus [123][123]Cf. Bulletin du Centre israélite d’information, n° 4, 1er juin…. »

96Au lendemain de la guerre, l’opinion publique juive est particulièrement sensibilisée au sort des enfants confiés à des familles ou à des institutions chrétiennes pendant la guerre, et que leur famille, proche ou éloignée, souhaite retrouver. Dans ce contexte, l’affaire des enfants Finaly va soulever les plus vives passions.

97Fils de Juifs autrichiens réfugiés en France après l’Anschluss, Ruben/Robert et Guedalia/Gérard Finaly sont nés dans l’Isère, respectivement en 1941 et 1942. Après l’arrestation de leurs parents – déportés en avril 1944 et assassinés à Auschwitz –, les deux enfants sont confiés par une voisine à une crèche municipale de Grenoble dirigée par une fervente catholique, Mademoiselle Antoinette Brun. Au printemps 1945, celle-ci est contactée par une tante des garçons qui, installée en Nouvelle-Zélande, souhaite les faire venir auprès d’elle. Ayant adressé une réponse dilatoire, elle dissimule l’existence de cette parente au juge chargé de la constitution d’un conseil de famille et se fait nommer tutrice des enfants. À la fin de 1948, une autre tante vivant en Israël intervient à son tour pour récupérer ses neveux, dont elle apprend avec stupeur le récent baptême et la toute prochaine naturalisation française, à l’initiative d’Antoinette Brun. Laquelle refuse de céder aux injonctions de la justice et cache les enfants, avec la complicité d’un véritable réseau d’ecclésiastiques ; on ne retrouve leur trace qu’en février 1953, au collège Saint-Louis de Gonzague à Bayonne. Quelques jours plus tard, ils disparaissent à nouveau et passent en Espagne, malgré une enquête de police pour rapt d’enfants qui aboutit à l’inculpation d’une vingtaine de personnes [124][124]Cf. le témoignage de deux des principaux acteurs de cette….

98L’affaire est suivie avec passion. Les milieux juifs s’indignent de ce prosélytisme offensif qui évoque le scandale Mortara [125][125]En 1858, le fils d’un commerçant juif de Bologne, Edgardo… de la fin du XIXe siècle. Une partie de la presse catholique crie à l’intolérance. Finalement, le grand rabbin Jacob Kaplan négocie directement avec les dirigeants de l’Église catholique, par l’entremise du R.P. Pierre Chaillet, fondateur de Témoignage chrétien pendant les années de guerre. Les discussions aboutissent à l’accord suivant : les enfants Finaly rentreront en France et seront remis à leur famille d’origine, et l’Église catholique n’interviendra plus dans leur existence ; en échange, toutes les plaintes déposées contre ceux qui ont participé à leur enlèvement et à leur dissimulation devront être retirées.

99Le retentissement de cette affaire montre qu’elle dépasse très largement le simple fait divers et qu’elle est emblématique des difficultés que rencontrent alors les relations judéo-chrétiennes et de l’incompréhension qui perdure.

100Dès la fin de la guerre, et surtout après la découverte de la réalité de la Shoah, une réflexion s’amorce sur la responsabilité du monde chrétien vis-à-vis des persécutions subies par les Juifs : de quel poids a pesé la tradition historique de l’anti-judaïsme à fondement religieux dans le développement de l’antisémitisme moderne ? De quelle manière cet « enseignement du mépris [126][126]L’expression, on le sait, est de Jules Isaac. » a-t-il façonné les opinions publiques européennes ? Quelle a été l’attitude des dignitaires des Églises face au nazisme ? Comment se sont-ils comportés en France, alors que les Juifs étaient persécutés ? Quels sentiments ont-ils exprimés par la suite ?

101Le 7 janvier 1946, Jules Isaac – qui achève alors son grand ouvrage, Jésus et Israël, qui sera publié en 1948 – écrit sa déception et son amertume à Hubert Beuve-Méry :

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« Quelques mois à peine après Auschwitz, on pouvait espérer que le monde civilisé serait secoué jusqu’au tréfonds de l’âme par cet excès de monstruosité sanguinaire, qu’il s’unirait dans un devoir de commémoration et de réparation, que tous ces lieux de torture deviendraient des lieux sacrés pour l’humanité entière. […] Hélas, nous sommes loin du compte. Tant que les Églises et leurs fidèles n’auront pas pris conscience de ces responsabilités initiales chrétiennes, l’anti-judaïsme gardera sa virulence. »

103Rares sont alors les chrétiens qui, tel Stanislas Fumet, osent déclarer qu’« après Auschwitz, l’Église aurait dû se déchirer les vêtements [127][127]Cité par Pierre Pierrard, Juifs et catholiques français.… ». Et seuls quelques théologiens approfondissent la question de la filiation entre judaïsme et christianisme. Qui prend connaissance des deux numéros de la revue Esprit consacrés aux Juifs (1945 et 1947), de l’étude intitulée « Judaïsme et christianisme » publiée dans Témoignages par des moines de la Pierre-qui-vire en mars 1946, ou encore des réflexions doctrinales sur « les racines hébraïques du christianisme » présentées par le Père Paul Démann dans Les Cahiers sioniens entre 1947 et 1955 [128][128]La revue Sens a consacré plusieurs numéros à cette question.… ? L’anti-judaïsme chrétien est encore profondément ancré dans les mentalités, comme le montre par exemple ce passage du best-seller de Daniel-Rops, Jésus en son temps :

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« Le visage d’Israël persécuté emplit l’histoire, mais il ne peut faire oublier cet autre visage, sali de sang et de crachats, et dont la foule juive, elle, n’a pas eu pitié. […] Il n’appartient peut-être pas à la charité chrétienne de faire que l’horreur du pogrome ne compense, dans l’équilibre secret des volontés divines, l’insoutenable horreur de la crucifixion. »

105Jules Isaac rédige une réponse cinglante qui paraît dans Europe. Il souhaite cependant faire évoluer le débat vers un véritable dialogue et tente de convaincre Juifs et chrétiens de la nécessité de ce rapprochement. Il rencontre des appuis dans les deux groupes : Jacques Maritain, Jacques Madaule, Henri-Irénée Marrou, Edmond Fleg, Sammy Lattès, Jacob Kaplan… Après de nombreuses conversations avec les uns et les autres, il accepte de rédiger le rapport introductif de la Conférence internationale du Council of Christians and Jews qui doit s’ouvrir le 30 juillet 1947 à Seelisberg, en Suisse.

106La charte finale en dix points, adoptée le 5 août, s’inspire largement du texte de Jules Isaac même si elle l’édulcore quelque peu. Pour la première fois dans l’histoire, des chrétiens élaborent un « code de bonne conduite à l’égard de leurs frères juifs bafoués par eux depuis des siècles. C’est bien sous cet angle que Jules Isaac considéra toujours l’œuvre des congressistes de Seelisberg car, s’il ne put faire admettre la nécessité d’un mea culpa collectif des chrétiens, il eut la satisfaction d’obtenir de la troisième commission un codicille où elle recommandait d’introduire et de développer, dans l’enseignement scolaire et para-scolaire, une étude plus objective et plus approfondie de l’histoire biblique et post-biblique du peuple juif [129][129]Cf. P. Pierrard, op. cit., pp. 344-347. Voir également : Sens,…. »

107La charte de Seelisberg a des retombées positives : au printemps 1948, c’est la naissance de l’Amitié judéo-chrétienne (Henri-Irénée Marrou, Jacques Martin, Sammy Lattès, Henri Bédarida, Paul Démann, Maurice Vanikoff, Léon Algazi, Jacob Kaplan, Jacques Madaule), qui se fixe pour tâche essentielle de « faire en sorte qu’aux malentendus séculaires, aux traditions d’hostilité entre Juifs et chrétiens, se substituent le respect, l’amitié et la compréhension mutuels. Elle veut en particulier, par une coopération active et cordiale, travailler à réparer les iniquités dont Israël, depuis tant de siècles, a été victime et à en éviter le retour. […] Une telle association exclut de son activité toute préoccupation missionnaire, toute tendance au prosélytisme quelle qu’elle soit. Elle ne vise aucunement à une fusion des religions et des Églises ; elle ne réclame d’aucune confession aucune abdication, aucun renoncement à ses croyances ; mais elle attend de chacune d’elles – sur le plan de la fraternité où elle se tient – une entière bonne volonté, le plus loyal esprit de conciliation, en même temps qu’un rigoureux effort de purification [130][130]Cf. P. Pierrard, op. cit., p. 352. Voir également les travaux…. » Des sections de l’AJC se constituent dans plusieurs villes de province. L’une des plus actives est celle de Lille : ainsi parviendra-t-elle, en 1955, à faire annuler une visite de Xavier Vallat.

108Cela étant, la voie tracée par Jules Isaac se révèle pleine d’embûches. Vers la fin de l’année 1948, la presse catholique entreprend une campagne virulente sur la question des Lieux saints qui seraient, selon elle, menacés de profanation voire de destruction par les « mortiers juifs » (et non pas israéliens) :

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« Qu’il soit d’inspiration spirituelle et constitue la revanche d’il y a deux mille ans contre le christianisme, qu’il soit athée et matérialiste et devienne le fourrier du communisme au Moyen-orient, le sionisme ne saurait tolérer, sous quelque forme que ce soit, l’expression de la doctrine du Christ sur “ sa ” terre. Leur haine méprisante du christianisme les poussera à toutes les persécutions et tendra à effacer tout souvenir évangélique [131][131]La Documentation catholique, 22 mai 1949. Cité par D. Lazar,…. »

110Et en 1949, Henri-Irénée Marrou lui-même renoue brutalement avec la thèse du « peuple déicide » dans un article d’Esprit… Au cours des années suivantes, Jules Isaac sollicite – et obtient – plusieurs audiences du pape Jean XXIII pour l’entretenir de la nécessité de revoir les fondements mêmes des relations judéo-chrétiennes. Mais, on le sait, il faudra attendre le milieu des années 60, le concile Vatican II et la rédaction du texte Nostra Aetate pour que l’Église catholique révise officiellement son enseignement relatif aux Juifs.

111Ainsi donc, il apparaît à l’évidence que l’antisémitisme n’a pas disparu dans la France de l’immédiat après-guerre. Une partie non négligeable de l’opinion publique juge encore les Juifs lâches, « planqués » et cupides et les accuse d’avoir « profité » de la guerre et de l’Occupation. Très tôt, les mots ne sont plus tabous – y compris autour de la « solution finale ». Confite dans son ressentiment, l’extrême-droite continue de faire de l’antisémitisme un élément consusbstantiel de son idéologie et, à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, les dérapages sont trop nombreux pour n’être que des incidents. Le terreau de l’anti-judaïsme chrétien paraît encore fertile.

112L’année 1953 marque la fin de la période du « deuil inachevé [132][132]Cf. H. Rousso, op. cit., pp. 25-71. » et bientôt s’ouvrira celle des « refoulements ». Une deuxième loi d’amnistie, promulguée après celle de 1951, favorise l’amnésie. Pierre Gaxotte, antisémite notoire qui a abondamment écrit dans la presse collaborationniste des années 40, est élu à l’Académie française. Gabriel Marcel essaie de faire jouer au théâtre Hébertot une pièce jugée unanimement offensante pour les Juifs, Le Signe de la croix. Un groupe de jeunes écrivains s’affichant de droite, les « hussards [133][133]Parmi eux, on peut citer notamment les noms de Marcel Aymé et… », orchestre une campagne contre l’épuration des intellectuels et certains vont jusqu’à dédouaner Céline de tout antisémitisme à caractère politique, ses écrits les plus venimeux correspondant selon eux à « une simple farce littéraire [134][134]Daniel Lindenberg, Les Années souterraines, 1937-1947, Paris,… ». Et à Saint-Céré, dans le Lot, le papetier Pierre Poujade crée l’Union de défense des commerçants et artisans (UCDA), dont le discours renoue avec l’antiparlementarisme, la xénophobie et l’antisémitisme [135][135]Cf. notamment Dominique Borne, Petits bourgeois en révolte : le….

113Si l’antisémitisme n’a pas disparu, cela ne veut évidemment pas dire que la totalité de la société française en est imprégnée, ni que ce courant de pensée joue un rôle dans l’appareil d’État. Une fois sa permanence constatée, reste à évaluer son degré d’influence et à cerner les contre-feux que certains s’employèrent à allumer pour s’opposer à sa reviviscence.

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