Pourquoi les Juifs orthodoxes se ruent vers cette petite ville anglaise ?

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GATESHEAD, Royaume-Uni (JTA) — C’est l’heure du déjeuner et alors qu’ils attendent leurs sandwiches commandés chez un traiteur casher, cinq jeunes orthodoxes ‘haredim discutent avec vivacité en yiddish à propos de textes hébreux.

Une telle scène peut paraître banale à Jérusalem ou à New York, ou même à Anvers ou Londres. Mais de la part d’une ville comme Gateshead, petite ville minière terne du nord de l’Angleterre, c’est plus surprenant – surtout pour une région qui a vu ses importantes communautés juives décliner de manière spectaculaire au cours des dernières décennies.

Et pourtant, en raison d’une série unique de circonstances, Gateshead – qui se situe en face de la ville de Newcastle dont elle est séparée par le fleuve Tyne – héberge dorénavant la communauté juive qui croît le plus rapidement au Royaume-Uni.

Mais pourquoi la communauté juive de cette municipalité a-t-elle été multipliée par deux depuis 2008 ?

Les opinions sont variées et il y a de nombreux facteurs. Les locaux citent les prix relativement bas de l’immobilier, le leadership du grand rabbin local ou les qualités plus anciennes de Gateshead – notamment son engagement à éduquer les femmes religieuses ainsi que sa yeshiva renommée pour les garçons qui est également l’une des plus importantes d’Europe.

Quelle que soit la raison, les habitants et autres observateurs conviennent que la communauté juive de Gateshead a connu un essor spectaculaire dans un paysage improbable.

Jonathan Arkush, président du Board of Deputies britannique, avec le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, le 9 février 2016 (Autorisation)

Jonathan Arkush, président du Board of Deputies britannique, avec le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, le 9 février 2016 (Autorisation)

Pour Jonathan Arkush, président du Board of Deputies des Juifs britanniques, Gateshead est devenu « l’équivalent haredi d’Oxford: une ville universitaire unique pour les gens très pieux et une citadelle de l’intellectualisme orthodoxe ».

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L’institution d’éducation la plus prestigieuse de la ville est assurément la yeshiva de Gateshead, un séminaire fondé il y a 88 ans qui compte dorénavant 300 élèves âgés de 15 à 23 ans. Les adolescents travaillent 12 heures par jour et vivent dans des chambres de trois ou quatre lits. La réputation de la yeshiva de Gateshead a ouvert la porte à la création d’au moins cinq autres yeshivoth, largement considérées comme excellentes. Ce qui a, de surcroît, créé le noyau d’une communauté d’enseignants qui habitent la ville en permanence. Gateshead est ainsi devenu un pôle majeur d’activité intellectuelle dans le monde haredi et compte dorénavant sept librairies juives (la plus importante d’entre elles, Lehmanns, est une institution communautaire réputée avec environ 40 000 volumes dans ses stocks).

Plusieurs élèves ont expliqué à JTA qu’obtenir le diplôme de la yeshiva de Gateshead n’améliorera non seulement leurs connaissances du Talmud mais aussi leurs perspectives de trouver un « shidduch » de qualité – ou un bon mariage « arrangé ».

« Faire nos études ici aura une conséquence incontestable sur la femme que nous allons épouser », s’exclame Yishai Rose, un jeune de 20 ans originaire de Londres. « Une fille qui veut rencontrer quelqu’un qui a des connaissances bien développées, un très, très bon élève… Eh bien, si vous avez fait vos études ici et que vous avez réussi, vous pouvez vous attendre à rencontrer une fille très bien ».

Cela n’a pas toujours été le cas, selon Joseph Schleider, ancien leader de la communauté juive de Gateshead et historien spécialisé dans l’étude de la communauté juive locale depuis son établissement au 19ème siècle, lorsque les Juifs avaient fui les persécutions dans la Russie du tsar.

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En Lituanie, personne n’aurait voulu épouser un rabbin. Cela signifiait la « pauvreté » pour les femmes qui n’avaient pas grandi au sein du système éducatif haredi, dit Schleider.

La yeshiva de Gateshead. (Capture d'écran : Google maps)

La yeshiva de Gateshead. (Capture d’écran : Google maps)

Mais à Gateshead, les choses ont commencé à changer dans les années 1940, lorsqu’un séminaire pour les femmes et les filles a ouvert. Il a offert « un noyau de 400 femmes qui voulaient uniquement rencontrer un homme ayant un statut rabbinique », poursuit-il.

Cela a été « un développement très puissant qui a changé le visage de la communauté juive de Gateshead plus que toute autre chose », continue-t-il, et cela a posé les fondations nécessaires à la « renaissance » actuelle de la communauté, comme l’appelle Schleider. Un autre séminaire pour les femmes a ouvert ses portes en 1998.

Et pourtant, Gateshead comptait une communauté juive bien moins importante il y a moins d’une décennie, lorsqu’il n’y avait qu’une petite boulangerie casher et peu d’activités spirituelles hors des murs de sa principale synagogue, qui se situe derrière la yeshiva. La ville ne possédait pas les équipements nécessaires pour attirer les jeunes couples ou pour retenir les diplômés de la yeshiva désireux de fonder une famille.

Ces derniers ont commencé à s’installer à Gateshead peu après l’arrivée en 2008 de son grand rabbin actuel, Shraga Feivel Zimmerman, originaire du New Jersey. Il est connu ici simplement sous le nom de « le Rov », la prononciation en yiddish du mot rabbin.

« Avant le Rov, les choses étaient restées les mêmes pendant de nombreuses, nombreuses années », dit Shimon Guttentag, l’un des principaux administrateurs de la yeshiva, qui ajoute que le changement a amélioré « énormément » la qualité de vie des Juifs.

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Schleider explique que Zimmerman — qui a décliné la demande d’entretien de JTA, évoquant un emploi du temps chargé – a permis d’ouvrir au monde la communauté alors que celle-ci, selon Schleider, éprouvait davantage de réserves que maintenant à l’idée d’interagir avec l’extérieur.

Une photo des environs des années 1930 de la yeshiva de Gateshead. (Crédit : CC-SA-Cecily Davis)

Une photo des environs des années 1930 de la yeshiva de Gateshead. (Crédit : CC-SA-Cecily Davis)

« Pendant de très nombreuses années, nous avons été essentiellement isolés au sein de la communauté juive de Gateshead », a dit Schleider dans une interview accordée le mois dernier, se référant aux attitudes fermées aux influences extérieures. Au cours de l’entretien, il a également noté que le port du jean chez les hommes était désapprouvé par certains des membres de sa communauté profondément conservatrice.

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