La nappe troublante…

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Un nouveau rav, avec sa famille, ont pris fonction dans la communauté. Pour lui, c’était son premier poste. Pour la communauté, c’était l’espoir de voir tout reprendre avec vigueur. Mais il fallut œuvrer pour…

 

Ils arrivèrent sur place en début février, heureux de l’occasion qui leur était offerte de faire leurs preuves.

Toutefois, quand ils ont vu pour la première fois la synagogue, il leur fallut se doter d’une grande mesure de courage : elle était abandonnée et tombait en ruine ! Pour la remettre en fonction, il fallait investir une grande énergie, mais ils décidèrent que, coûte que coûte, tout devait être prêt pour la veille de Pourim. Ils ont œuvré avec ardeur pour réparer les bancs, blanchir les murs, les peindre, et autres travaux qui s’imposaient. Deux jours avant la date qu’ils s’étaient fixée, et quand pratiquement tous les travaux étaient terminés, la région fut frappée par une tempête de neige exceptionnelle. Elle dura deux jours. Quand le rav put revenir à la synagogue, il ne put que constater les dégâts : le toit n’avait pas tenu devant la quantité de neige, et avait laissé passer un écoulement d’eau qui avait fait tomber une partie du plâtrage qu’il avait tenté de faire tenir sur le mur, juste derrière la bima, la place centrale de la synagogue. Il nettoya le sol, et il ne lui restait plus qu’à annoncer l’annulation de la prière du soir de Pourim

 

Sur son chemin de retour vers chez lui, il vit une vente en faveur des bonnes œuvres qui se tenait dans une entreprise locale, et y pénétra. L’un des objets destinés à la vente attira son attention : il s’agissait d’une belle nappe jaune, au tissage fin et dorée de dessins remarquables, avec un Magen David en son centre. Elle avait exactement la surface qu’il lui fallait pour couvrir le mur en mauvais état. Il l’acheta, et repris le chemin de la synagogue. La neige avait repris. Il vit une femme qui courrait en direction de la station d’autobus pour attraper le véhicule qui s’y trouvait, mais échoua. Le rav l’invita à se rendre à la synagogue pour attendre l’autobus suivant, qui devait arriver 45 minutes plus tard. Elle s’assit sur un banc sans faire attention à ce que le rav faisait. Il avait pris une échelle et ce qu’il fallait pour suspendre la nappe, afin de couvrir la partie endommagée du mur. Le résultat était surprenant : cette nappe décidemment était très belle, et donnait un aspect remarquable à la synagogue.

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La femme qui l’attendait se rapprocha du rav, sa face était blême : « Rav, d’où avez-vous cette nappe ? » Il lui répondit, et la femme lui demanda de vérifier si, sur le bas de cette nappe, n’étaient pas brochés les lettes « EBG ». Elles y figuraient. C’étaient les initiales du nom de son mari, que cette femme avait brodées en son honneur, quelques décennies plus tôt, en Pologne… Le rav lui raconta comment il avait trouvé cette nappe, et elle de lui dire qu’elle et son mari étaient des Juifs aisés qui vivaient dans une quelconque ville de Pologne. A l’arrivée des nazis, elle parvint à fuir, et son mari devait en faire de même une semaine plus tard, mais il fut pris par les ennemis, envoyé dans les camps, et…

 

Le rav lui proposa de lui rendre la nappe, mais non, elle tint à ce qu’elle serve de décoration de la synagogue.

Sur ce, le rav lui proposa de la ramener chez elle, bien qu’elle habitât de l’autre côté de New York : elle n’était venu dans son quartier que pour effectuer de menus travaux de nettoyage…

 

La prière du soir de Pourim fut remarquable. La synagogue était pratiquement pleine. A la fin de la prière, le rav et son épouse prodiguèrent de nombreuses bénédictions aux personnes qui avaient participé à cet office, et nombreux furent ceux qui garantirent de revenir à l’avenir.

Un vieil homme, que le rav connaissait du quartier, resta sur sa place, son regard fixé sur le mur. Le rav ne comprit pas ce qu’il faisait encore là, et se dirigea vers lui pour lui demander pourquoi il restait. L’homme lui demanda : « D’où avez-vous obtenu cette nappe ? Elle ressemble bizarrement à celle que mon épouse m’a faite avant la Shoah en Pologne. Comment se peut-il que celle-ci lui ressemble tellement ? » L’homme lui raconta comment sa femme était partie à l’arrivée des nazis, et que lui avait été pris par eux.

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Depuis lors, ils ne se sont jamais revus.

Le rav lui proposa de faire un saut avec lui dans un autre quartier de New York, là où il avait laissé la femme en question. Il l’aida à monter les marches, frappa à la porte, et eut l’occasion d’assister en ce soir de Pourim à des retrouvailles familiales plus qu’émouvantes…

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