Lassé de diriger Gaza, le Hamas pourrait viser un rôle semblable à celui du Hezbollah

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Abu Ubaida (C), spokesman of the Ezzedine al-Qassam Brigades, the military wing of the Palestinian Islamist movement Hamas, speaks during a memorial in the southern Gaza aStrip town of Rafah on January 31, 2017, for Mohamed Zouari, a 49-year-old Tunisian engineer and drone expert, who was murdered at the wheel of his car outside his house in Tunisia in December 2016. The armed wing of Hamas said that the Jewish state was responsible for the murder in eastern Tunisia, of Mohamed Zaouari, described as a leader of the Islamist movement specializing in the development of drones. / AFP PHOTO / SAID KHATIB

Le groupe terroriste palestinien a compris qu’assumer la pleine responsabilité de Gaza n’apportait que des problèmes : mieux vaut un accord d’unité et laisser l’AP faire le sale travail.

Il est difficile de garder la trace du nombre de fois où le Hamas et le Fatah auraient été sur le point de se réconcilier. Et il est presque impossible de se rappeler du nombre d’articles qui ont été écrits dans la presse palestinienne et la presse arabe en général par d’importants responsables sur l’impératif de la réconciliation et l’unité nationales entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.

A présent, l’unité palestinienne est de retour à la Une des journaux. Une importante délégation de 460 membres du gouvernement de l’Autorité palestinienne (AP) à Ramallah, dirigée par le Premier ministre Rami Hamdallah et composée de fonctionnaires, de gardes de sécurité et d’experts en eau, en électricité, et de bien d’autres domaines, doit arriver lundi à Gaza pour symboliser le « retour du gouvernement de l’AP et dans la bande de Gaza. » Certains membres sont déjà arrivés jeudi.

Un peu plus de dix ans après le schisme entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, quand le Hamas a renversé avec sang le régime de l’AP dans l’enclave palestinienne, un moment d’unité historique serait à notre portée. La délégation, qui a loué des salles dans certains hôtels de Gaza, prévoit d’organiser différentes réunions, principalement pour le protocole et les caméras, afin de présenter au moins l’apparence de la réconciliation.

Il est impossible d’éviter un sentiment de déjà vu. N’avons-nous pas déjà vu quelque chose de semblable en avril 2014, avec la signature d’un accord d’unité et la mise en place d’un « gouvernement de consensus national » ? L’unité n’a pas suivi. Après l’installation du gouvernement de « consensus », le président de l’AP Mahmoud Abbas a fermement refusé de financer les salaires des fonctionnaires du Hamas dans la bande de Gaza. Ensuite sont arrivés l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents israéliens, et la guerre entre le Hamas et Israël, l’opération Bordure protectrice.

Le premier ministre de l'Autorité palestinienne Rami Hamdallah, à gauche, et l'ancien Premier ministre et dirigeant du Hamas à Gaza Ismail Haniyeh, à Gaza Ville, le 9 octobre 2014. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Le premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah, à gauche, et l’ancien Premier ministre et dirigeant du Hamas à Gaza Ismail Haniyeh, à Gaza Ville, le 9 octobre 2014. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Alors pourquoi la situation d’aujourd’hui serait-elle différente ? Elle peut ne pas l’être. Les détails des accords entre les parties ne sont pas clairs. Il est difficile d’imaginer que l’un des deux recule sur les questions de fond, comme l’armement du Hamas et le contrôle des frontières de la bande de Gaza. Nous pourrions voir à nouveau un schéma familier : un festival d’unité suivi de difficultés dans les négociations et finalement un approfondissement de la fracture et une détérioration des rivalités.

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Mais certaines choses ont réellement changé.

D’abord, la direction du Hamas a changé ces derniers mois. Khaled Meshaal et sa bande de dirigeants vivant à l’étranger ne sont plus au pouvoir. Le Hamas est maintenant dirigé par deux hommes qui vivent dans la bande de Gaza et sont nés dans ses camps de réfugiés. Ismail Haniyeh, du camp de Shati, dirige la branche politique du groupe terroriste, et Yahya Sinwar, né dans le camp de réfugiés de Khan Younes, dirige le Hamas dans la bande de Gaza.

Haniyeh et Sinwar soutiennent l’unité palestinienne, même si l’on ne sait pas ce qu’ils ont exactement en tête. Ils parlent sans cesse de cet impératif, et ont tenté de prendre plusieurs mesures pour instaurer la confiance du Fatah et de son chef, Abbas. Abbas a parlé à plusieurs reprises avec Haniyeh ces dernières semaines, un dialogue s’est ouvert.

 Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l'enterrement de Mazen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l’enterrement de Mazen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Les responsables en charge des forces de sécurité de chaque groupe ont aussi parlé, d’abord pour coordonner l’arrivée de l’importante délégation de lundi. Les responsables du Hamas ont annoncé le démantèlement du « comité de gestion » qu’ils avaient établi dans la bande de Gaza pour remplacer le gouvernement de Hamdallah. Le comité a été abandonné sans conditions préliminaires, alors même que le Hamas avait dans le passé cherché à imposer quelques garanties, notamment la levée des sanctions de l’AP contre Gaza.

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Il faut aussi tenir compte des propos tenus jeudi par Sinwar, qui était jusque très récemment l’un des dirigeants les plus radicaux du Hamas, devant un groupe de jeunes Gazaouis.

« Je briserai le cou de quiconque s’oppose à la réconciliation, qu’il soit du Hamas ou d’un autre groupe, a-t-il dit. La décision de mettre fin à la division est une décision stratégique. Il est impossible de faire machine arrière. »

Il a également dit que Mohammed Deif, le chef terroriste du Hamas, à la tête des Brigades Ezzedine al-Qassam, était favorable à la réconciliation. « Les dirigeants de l’Autorité palestinienne doivent mettre fin à cette période de division et se tourner vers l’avenir afin de construire un projet national, a-t-il dit. Le Hamas fera des concessions douloureuses, chacune plus difficile que la précédente, afin de parvenir à la réconciliation. »

Yahya Sinwar, au centre, chef du Hamas dans la bande de Gaza, pendant une rencontre avec les jeunes à Gaza Ville, le 28 septembre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Yahya Sinwar, au centre, chef du Hamas dans la bande de Gaza, pendant une rencontre avec les jeunes à Gaza Ville, le 28 septembre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Et, cerise sur le gâteau : « Le Hamas a démantelé le comité de gestion avant même qu’Abu Mazen [Abbas] ne parle aux Nations unies [devant l’Assemblée générale le mois dernier] parce que le Hamas pense qu’un président fort est dans l’intérêt de la nation et des Palestiniens. »

Sinwar a dit que le Hamas maintenait une coordination totale avec de nombreux groupes rivaux dans la bande de Gaza, et précisé que « nous espérons les intégrer tous dans l’armée nationale palestinienne. »

Le changement de personnes et de ton à la direction du Hamas est lié à une réalité inconfortable pour le groupe terroriste islamiste : le Hamas a été forcé de reconnaître son échec lié à sa gestion au niveau civil – la vie à Gaza est restée sinistrée sous son règne – en conséquence un danger que les habitants de la bande de Gaza se soulèvent contre lui.

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La volonté de démanteler sans conditions le comité de gestion, et de remettre les clés au gouvernement de Hamdallah en ce qui concerne les affaires civiles, revient à admettre publiquement son échec.

Le Hamas a tenté par tous les moyens possibles de maintenir son contrôle sur la bande de Gaza pendant dix ans, mais montre à présent des signes clairs de sa volonté de se mettre en retrait, du moins dans la sphère civique.

Les épouvantables coupures de courant (les Gazaouis ont actuellement seulement cinq heures d’électricité par jour), la fermeture des arrivées d’eau (ils n’ont de l’eau courante qu’une fois tous les quatre jours en moyenne), le taux de chômage astronomique (près de 44 %), la lente reconstruction de la bande de Gaza après le conflit de 2014 contre Israël, la fermeture par l’Egypte du poste-frontière de Rafah, tous ces facteurs combinés ont poussé le Hamas, et principalement Sinwar et Haniyeh, à repenser la question du contrôle de l’enclave côtière.

Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu'une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu’une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Ceci est réellement spectaculaire. Le Hamas était né des Frères musulmans comme preuve présumée que « l’islam est la réponse. » A présent, il reconnaît ses limites. Cela est peut-être dû à l’attitude du parti Ennahdha de Tunisie, qui a sagement réalisé qu’il ne pouvait pas être le souverain ou le gouvernement, et est mieux dans l’opposition. Mais le Hamas pourrait préférer l’exemple libanais : agir comme le fait le Hezbollah, dans la mesure du possible.

C’est une idée simple, du moins en théorie : permettre à l’Autorité palestinienne de gérer les affaires courantes dans la bande de Gaza, s’inquiéter de l’électricité, de l’eau, des eaux usées, des aides sociales, du chômage, etc., tout en s’assurant que la branche armée du Hamas garde tout son armement.

De cette manière, le Hamas peut continuer à être le moteur sur le terrain dans la bande de Gaza, pendant que l’AP devra gérer les affaires quotidiennes ingrates et mornes. Malgré tout leur soutien à l’unité palestinienne, les responsables du Hamas ont clairement dit qu’ils ne comptaient pas abandonner les « armes de la résistance », le terme même qu’utilise le Hezbollah au Liban.

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