Le manoir de Bois Larris, une pouponnière nazie en France

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont développé en Europe des maternités destinées à « fabriquer » des enfants d’une « race » supérieure.

Le manoir de Bois Larris
Le manoir de Bois Larris

 

La maternité de Lamorlaye est inaugurée le 6 février 1944. Nichée au bout d’une petite route qui serpente entre les futaies de hêtres, l’endroit se fait très discret. Les allemands la nomment Westwald, « Forêt de l’Ouest ».

Le manoir de Bois Larris
Le manoir de Bois Larris

 

Le projet d’ouvrir une maternité SS en France avait germé dans l’esprit des nazis au printemps de 1942. Jusqu’alors, ils considéraient les Français comme un peuple abâtardi, issu de sang mélangé et donc « racialement » sans intérêt, raconte l’historien Fabrice Virgili. Heinrich Himmler se rend régulièrement à Westlwald et veut tout connaître de la vie quotidienne dans les Lebensborn. Il s’enquiert de la qualité de la nourriture, de la variété des menus qui y sont servis, de la taille du poids des nouveaux nés, de la forme de leur nez. Le Reischfürher de la SS nourrit une obsession maladive : redonner à la « race » allemande sa supposée pureté originelle en sélectionnant des géniteurs grands, blonds, aux yeux bleus. Les hommes sont alors encouragés à procréer en dehors du mariage. Et c’est aux femmes qui portent un enfant illégitime que les « Fontaines de vie » vont s’intéresser en priorité.

Chambre d'enfant dans un Lebensborn, 1936.
Chambre d’enfant dans un Lebensborn, 1936. Crédits : Deutsches Bundesarchiv / creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/de/deed.fr

 

Cet ancien « château Menier » que la famille du chocolatier avait baptisé « Tournebride » y est aujourd’hui connu sous l’appellation de manoir de Boris Larris. Boris Thiolay, journaliste et auteur d’une enquête sur ces français nés dans une maternité SS, s’est rendu plusieurs fois à Lamorlaye. La configuration de cette demeure de style anglo-normand, devenu un centre de réadaptation pour enfants, est quasi identique à ce qu’elle était pendant la guerre. En 1944, le domaine comprend deux corps de bâtiments. Près de l’ancien porche d’entrée, se trouvent la maison du garde, les communs et les écuries. C’est ici que logent les membres de la Schutzpolizei, chargés de la surveillance. De l’autre côté du bassin central, voici le manoir. C’est là que vivent les mères et les nouveaux nés. Gregor Ebner, le médecin général SS accoucheur en chef de ce Lebensborn, effectue un rapport d’inspection le 24 avril 1944.

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Le manoir de Bois Larris
Le manoir de Bois Larris Crédits : François Teste – Radio France

 

Voici ce qu’on peut y lire : « Une activité impressionnante règne dans les pièces du rez-de-chaussée : salle de visite, chambres des mères et réfectoire. Les chambres manquent toutefois de couleur et d’images accrochés au mur ». La visite se poursuit : « Les berceaux sont fabriqués dans un matériau très sommaire, ce qui les rend dangereux. Il manque plusieurs objets nécessaires, comme, par exemple, un seau pour jeter les couches ou encore des tables de nuits ». Gregor Ebner conclut pourtant son rapport sur une note positive : « Les mères séjournant à Westwald font bonne impression sur le plan racial et semblent bien intégrées ».

Avec Lucienne Jean, présidente de l’association historique de Lamorlaye ALMA, qui organise régulièrement des événements autour de ce pan de l’histoire de la ville resté méconnu ; Fabrice Virgili, historien français et chercheur au CNRS, spécialiste des relations entre hommes et femmes au cours des deux guerres mondiales ; Boris Thiolay, journaliste et auteur d’une enquête sur ces français nés dans une maternité SS ; Erwin Grinsky, témoin français né à Lamorlaye ; Jean-Pierre, témoin français né à Lamorlaye.

Un documentaire de Lénora Krief. Réalisé par François Teste. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Avec la collaboration de Thibaut Téranian.

Source www.franceculture.fr

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