Et si Macron et Trump préparaient une action concertée vis-à-vis de l’Iran ?

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French President Emmanuel Macron (L) shares a light moment with US President Donald Trump speaks during their meeting in New York on the sidelines of the 72nd session of the United Nations General Assembly on September 18, 2017. / AFP / ludovic MARIN

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que le président Emmanuel Macron rencontre son homologue américain pour une visite d’État à Washington, l’ancien secrétaire américain à la sécurité intérieure et l’ancien patron de la sûreté intérieure française prônent un rapprochement des deux pays sur le dossier iranien.


Tom Ridge est l’ancien secrétaire américain à la sécurité intérieure et fut gouverneur de Pennsylvanie.

Yves Bonnet, préfet honoraire, est le président du Centre International de Recherche sur le Terrorisme et l’Aide aux Victimes (CIRET-AVT) et fut directeur de la DST. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Iran.


C’est à une date bien choisie que le président français Emmanuel Macron se rend en visite officielle à Washington. Ce déplacement intervient avant le 12 mai 2018, où les États-Unis et leurs partenaires devront convenir d’un plan d’action sur le sujet de l’accord nucléaire avec l’Iran, le JCPOA ou plan d’action global conjoint. Il faut s’attendre à ce que le sujet soit au centre des discussions entre les deux présidents mais les événements en cours pourraient faire que ce sujet en recoupe d’autres, comme celui de l’intervention iranienne dans les conflits régionaux du Moyen-Orient.

L’importance de la visite de M. Macron est majorée par le durcissement du ton de son gouvernement à l’encontre de l’Iran au cours de ces derniers mois, et par la prise en considération de la détérioration de la situation en Syrie et dans la région. Partageant l’inquiétude de M. Trump, la France s’est montrée solidaire du président américain en participant à la riposte, par des frappes de missiles, à l’utilisation d’armes chimiques.

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Il paraît évident que le sentiment d’unité va croissant entre les partenaires occidentaux et tend à diminuer l’influence mondiale de l’Iran et à renforcer les contrôles sur ses activités déstabilisatrices d’armement nucléaire et de mise au point de missiles balistiques.

Il est fondamental de réaffirmer cette convergence et la visite du président Macron en offre l’opportunité: il serait irresponsable de donner à Téhéran des raisons d’espérer que peuvent apparaître des dissensions entre l’Europe et les États-Unis et l’opportunité de les exploiter. En fait, étant donné les pressions exercées sur le régime religieux par la communauté internationale, et, au-delà, et surtout, par le peuple d’Iran, il est impératif que les mollahs soient confrontés à des menaces crédibles d’action collective, au premier rang desquelles les sanctions qui viendraient d’Europe et d’Amérique.

Si les deux présidents s’accordent sur l’harmonisation de leurs politiques vis-à-vis de l’Iran, leur rencontre préparera le terrain pour des actions futures. Certes, la France rencontre des difficultés à faire partager son point de vue à tous ses partenaires de l’Union Européenne. Mais il existe de bonnes chances que les adversaires d’un renforcement des sanctions prennent conscience de la dégradation de l’image de l’Iran, de celle de la situation au Moyen-Orient et des suites du programme nucléaire iranien.

Une république islamique libérée de toute contrainte ou contrôle ne pourra que prolonger des conflits dont certains s’annoncent déjà dévastateurs. Ce triste résultat est déjà atteint si l’on veut bien admettre que le président syrien Bachar el-Assad aurait quitté le pouvoir sans l’assistance et le parrainage de Téhéran.

Si l’Europe admettait le principe du statu quo dans sa relation avec l’Iran, nous pourrions assister à la résurgence d’événements concourant à la déstabilisation d’autres pays ou régions. Il ne fait pas de doute que Paris a pris conscience d’un tel risque si l’on en juge par les efforts déployés par le gouvernement français pour convaincre l’Union Européenne d’agir sur des objectifs tels que la limitation des activités de l’Iran en matière de fabrication de missiles. Il faut espérer que M. Macron et M. Trump ne s’attarderont pas sur la définition des objectifs mais sur celle des moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

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Le moment est choisi pour que les États-Unis et la France prennent conscience de la vulnérabilité de l’Iran face à de nouvelles sanctions.

Une grande partie de la réponse à cette dernière question est contenue dans ce membre de phrase: « En partenariat avec le peuple iranien». Il est clair que les mieux informés de la nature du régime en sont les victimes qui connaissent la puissance destructrice de la théocratie et sa recherche des outils de domination mondiale. Cette prise de conscience a été mise en évidence quand on a vu et entendu dans les manifestations antigouvernementales des slogans tels que: «Oubliez la Syrie et pensez à nous».

Les troubles populaires qui ont marqué ces manifestations n’ont jamais véritablement pris fin, ce qui s’ajoute aux luttes politiques intestines et à la corruption endémique du gouvernement pour aggraver la crise économique où le pays se trouve plongé. Le moment est choisi pour que les deux pays, les États-Unis et la France, prennent conscience de la fragilité du régime face à la crise économique et de sa vulnérabilité face à de nouvelles sanctions.

On peut aller plus loin: les deux présidents devraient réaliser, avec l’Europe tout entière, que de nouvelles sanctions pourraient avoir pour effet de favoriser un soulèvement interne contre la dictature religieuse. Les manifestations de janvier sont sans précédent dans leurs appels explicites au renversement du régime. À preuve, Hassan Rohani a immédiatement appelé le président Macron pour blâmer l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran de sa participation au soulèvement et pour lui demander de restreindre ses activités en France. Madame Maryam Radjavi, présidente élue de la coalition des mouvements de résistance au sein du Conseil national de la Résistance d’Iran – dont l’OMPI est la force principale – réside en effet en France. Le guide suprême Ali Khamenei a également reconnu que les manifestations étaient largement le fait de l’OMPI qui, face à la répression violente, a maintenu et maintient la pression sur le régime.

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Les dernières manifestations ouvrières et celles pour le respect des droits des minorités prouvent que la dynamique n’est pas brisée et qu’une volonté de continuer habite les manifestants. Il revient aux puissances occidentales dont la responsabilité est désormais grande de juger si la poursuite de sanctions et d’actions diplomatiques est de nature à faire plier le régime et d’envoyer ce message simple que le monde est uni face au comportement dangereux de l’Iran.

Une telle unité n’est peut-être pas à portée de main, mais si la France et les États-Unis s’accordent sur cette question, un pas important aura été franchi qui pourrait contraindre l’Iran à changer de cap et de politique.

Source www.lefigaro.fr

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