Macron va-t-il céder aux anti-israéliens français sur la définition IHRA de l’antisémitisme ?

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Les organisations anti-israéliennes françaises, dont l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), ont appelé lundi le président français Emmanuel Macron à ne pas ratifier la définition IHRA de l’antisémitisme.

“C’est une attaque particulièrement grave contre notre liberté d’expression qui est en train de se jouer entre Tel-Aviv, Vienne, Bruxelles, … et Paris. Le Conseil européen, qui réunit jeudi et vendredi prochains les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, s’apprête à donner son aval à une “Déclaration pour renforcer la lutte contre l’antisémitisme et la protection des communautés juives en Europe” : jusqu’ici, rien à redire évidemment, la lutte contre l’antisémitisme comme contre les autres formes de racisme est une cause que nous partageons. Mais c’est aussi l’occasion d’introduire insidieusement un appel aux États membres d’adopter la “définition IHRA” de l’antisémitisme. Une définition indigente sur le fond, mais qui est “illustrée” par des “exemples”, dont l’objectif est d’assimiler à l’antisémitisme toute critique visant l’État d’Israël et sa politique. Sa mise en œuvre met en danger la liberté d’expression et de réunion, comme le montre l’exemple du Royaume-Uni dont le gouvernement a “adopté” la définition IHRA en 2016″, a écrit l’AFPS dans un communiqué.

“C’est une définition contre laquelle la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), dans son rapport annuel publié en mai 2018, a pris clairement position, au nom de l’universalité de la lutte contre le racisme et du caractère très problématique de cette définition et des exemples associés. Le gouvernement israélien a été particulièrement actif sur la mise au point de cette déclaration, pendant 5 mois de négociations secrètes, sous la présidence autrichienne de l’UE. Par la voix de son président Bertrand Heilbronn, l’Association France Palestine Solidarité s’adresse solennellement au président de la République : “Monsieur le président, en ce jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, vous ne pouvez plus rester inactif face à cette attaque en règle contre notre liberté d’expression. Vendredi prochain, le Conseil européen doit préciser clairement que les “exemples” très controversés associés à la “définition IHRA” de l’antisémitisme ne font pas partie de la déclaration que le Conseil s’apprête à approuver. C’est votre responsabilité d’agir dans ce sens et d’y parvenir”, poursuit le communiqué.

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“A l’heure où les questions du vivre ensemble et du dialogue apaisé sont sur le devant de la scène, la conception de l’AFPS de la solidarité avec le peuple palestinien, fondée sur le droit, laïque et indépendante de toute communauté, est une partie importante de la solution. A l’inverse, les organisations communautaires qui poussent à la confusion entre la critique légitime de l’État d’Israël et de sa politique d’une part, et l’antisémitisme d’autre part, jouent depuis plusieurs années un jeu particulièrement dangereux. Au président de la République de prendre ses responsabilités. De toute urgence car le Conseil européen se réunit jeudi et vendredi. Il en va de notre liberté, il en va de notre cohésion nationale”, conclut le communiqué.

L’IHRA, dans ses directives pour la définition de l’antisémitisme, cite “le déni du droit du peuple juif à l’autodétermination, par exemple en affirmant que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste”. Il est également question “d’accuser les citoyens juifs d’être plus fidèles à Israël, ou aux prétendues priorités des juifs du monde entier, qu’aux intérêts de leurs propres nations”.

Dans son dernier rapport, la CNCDH affirme n’être “pas favorable à la transposition en France de cette définition, pour plusieurs raisons”.

“La première est qu’il n’est pas dans la tradition juridique française d’opérer pareille distinction entre les racismes, le droit français retenant actuellement une définition globale du racisme. Une telle singularisation de l’antisémitisme vis-à-vis des autres formes de racisme pourrait ouvrir la boîte de Pandore, encourageant d’autres groupes victimes de racisme à revendiquer à leur tour pareille reconnaissance (islamophobie, négrophobie, romaphobie, etc.). Elle risquerait surtout de fragiliser l’approche universelle et indivisible du combat antiraciste qui doit prévaloir, d’autant plus dans un contexte d’exacerbation des revendications identitaires”, se justifie la CNCDH.

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“La deuxième raison relève davantage du texte de l’IHRA en lui-même. Ce dernier assortit une courte définition de l’antisémitisme, de plusieurs exemples censés l’illustrer pour orienter les travaux. Ainsi est-il affirmé que “les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage d’Israël, conçu comme une collectivité juive”, tout en étant précisé qu’”une critique d’Israël similaire à celle menée contre n’importe quel autre pays ne peut être vue comme antisémite” ; vient ensuite une série de onze exemples contemporains d’antisémitisme, dont sept font directement référence à Israël. En multipliant les occurrences à l’État d’Israël, il tend à s’écarter de son objet premier et propose une vision discutable de l’antisémitisme contemporain qui ne concorde pas avec celui qui s’exprime aujourd’hui en France. En effet, l’enquête CNCDH-SIG-IPSOS 2017, comme les vagues précédentes, montre plutôt la persistance de vieux préjugés antisémites (liant les juifs à l’argent, au pouvoir, leur reprochant leur communautarisme), et nuance la thèse d’un “nouvel antisémitisme” sui generis (polarisé autour d’Israël et du sionisme) chassant l’ancien. Si elle confirme l’existence d’une “nouvelle judéophobie” qui s’articule autour d’une image négative d’Israël et de son rôle dans le conflit, celle-ci apparaît très minoritaire. S’il faut se montrer ferme et vigilant face aux dérives antisémites de certaines critiques à l’encontre d’Israël, il faut éviter toute instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme, et ne pas amalgamer à du racisme la critique légitime d’un État et de sa politique, droit fondamental en démocratie, mis en œuvre en Israël même par les opposants au gouvernement actuel”, poursuit le rapport.

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Selon les textes officiels, “la Commission nationale consultative des droits de l’homme assure, auprès du Gouvernement, un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’homme, du droit international humanitaire et de l’action humanitaire. Elle assiste le Premier ministre et les ministres intéressés par ses avis sur toutes les questions de portée générale relevant de son champ de compétence tant sur le plan national qu’international. Elle peut, de sa propre initiative, appeler publiquement l’attention du Parlement et du Gouvernement sur les mesures qui lui paraissent de nature à favoriser la protection et la promotion des droits de l’homme. La commission exerce sa mission en toute indépendance”.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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