Néo-négationnisme : la revue L’Histoire doute de l’existence du Peuple juif ! Frédéric Sroussi

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Que se passe-t-il au sein de la célèbre revue L’Histoire ? Dans son numéro 464 d’octobre 2019, le magazine L’Histoire a planté des graines judéophobes dans plusieurs de ses rubriques : tout comme les violettes dont parlait Nietzsche qui poussent dans l’ombre, L’Histoire tente de convertir sournoisement son lectorat à une idéologie plus que malsaine. 

Tout commence dès la page 4 dans la rubrique du courrier des lecteurs (intitulée en l’occurrence Forum) dans une réponse faite par la rédaction de la revue (il est important de le noter !) à un professeur d’histoire qui se demande benoîtement pourquoi dans le numéro 83 des Collections de l’Histoire, justement consacré à l’antisémitisme, les « Juifs » sont écrits avec une majuscule alors que les « chrétiens » et les « musulmans » n’en possèdent pas.

La réponse de la rédaction du magazine L’Histoire est donc la suivante : « Notre charte typographique accorde une majuscule aux termes désignant un peuple, et une minuscule pour les membres d’une religion. Puisqu’on peut être juif sans en embrasser la religion, nous continuerons à L’Histoire, à écrire « Juif » avec une majuscule. Mais derrière cette question de syntaxe se cache une autre interrogation : le peuple juif existe-t-il ? C’est d’ailleurs le titre d’un article d’Esther Benbassa et de Jean-Christophe Attias dans L’Histoire n 447 qui revient sur le concept d’ethnogenèse (l’idée que ce n’est pas l’ascendance commune qui fait un peuple, mais l’identité qu’il se donne) pour réfléchir à cette controverse très politique, puisque motif de la création d’Israël » (sic).

Nous restons abasourdis devant de telles vésanies ! Ce peuple juif, vieux de 4000 ans, ce peuple qui a su garder, même exilé pendant des siècles à travers le monde entier – malgré les pires persécutions – ses coutumes, ses espoirs communs, son identité et sa religion, n’existerait peut-être pas (il coche pourtant toutes les cases, et même plus, des diverses définitions du mot « peuple ») !

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Mieux ! Ce serait, selon la rédaction de L’Histoire et la sénatrice française islamo-écolo-gauchiste Esther Benbassa (qui a écrit un article sur le sujet), une « création identitaire » (mais de qui ?) en vue de la « création » (ils auraient dû dire : la refondation) d’Israël en 1948 ! Un complot donc ! Mais dans quel but ?

Bien évidemment, nous retrouvons ici l’influence des théories insanes du polémiste d’extrême gauche Shlomo Sand que les graves névroses identitaires ont conduit à prétendre, seul contre tous, que le peuple juif aurait été inventé au XIXème par des historiens juifs en vue de la domination de la Terre d’Israël (un petit ‘’Protocoles des Sages de Sion’’ en quelque sorte).

Je rappelle à toutes fins utiles que ce grand psychotique qui pense que l’étude de l’histoire juive a commencé avec lui est aussi l’auteur d’un livre intitulé Comment j’ai cessé d’ être juif…

Une ascendance commune aux Juifs prouvée de façon absolue par l’histoire.

Tout ceci est tellement aberrant que je ressens quelque honte à devoir écrire maintenant que bien évidemment il existe une ascendance commune aux Juifs (hormis les convertis) prouvée de façon absolue par l’ histoire (sans parler de la Bible !) comme nous en donne la preuve – par exemple – ce papyrus datant du XIIIème siècle avant l’ère moderne qui décrit les villes et les principales routes cananéennes, ainsi que «le chef de la tribu d’Asher» – , expression qui indique l’existence de tribus israélites en Canaan dès avant (sic) la fin du XIIIème siècle avant J.C ( source : Histoire universelle des Juifs ; Atlas Hachette , 1992).

 

Nous aurions aussi pu parler de la fameuse Stèle de Méremptah ou stèle d’Israël, datant de 1200 av. J.C, et qui mentionne un groupe de population nommé Israël qui habitait déjà Canaan…

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L’ironie est que, si la revue L’Histoire doute de l’existence du peuple juif, elle ne doute en aucun cas de l’existence du peuple français (et elle a raison sur ce point !) : à la page 76 du même numéro, le célèbre historien Michel Winock (conseiller de la rédaction de L’Histoire) écrit au sujet d’un livre portant sur Les cahiers de doléances de 1789 : « […] le monarque, aux prises avec les représentants intransigeants des ordres privilégiés, en appellent au peuple […] »

Tiens ? Le peuple existe donc quand il s’agit des Français qui pourtant ont des origines bien plus diverses que celles des Juifs. En effet, la pratique des mariages endogamiques a tout de même préservé une vraie homogénéité originaire au sein du peuple juif.

S’ils doutent de l’existence du peuple juif alors pourquoi ne pas douter de l’existence des peuples en général ? Nous sommes donc bien en face de propos antisémites !

Mais un peuple (ou une nation) doit s’entendre aussi au sens hégélien du terme, comme identité spirituelle qui lui est propre et que le penseur allemand nomme dans sa Philosophie du droit « esprit des peuples » (Volksgeister).

Il existe d’ailleurs bien dans ce concept hégélien, comme l’explique le philosophe Stéphane Mosès, une « connotation théologique » indéniable (L’Éros et la Loi).

Évidemment, tout ceci dépasse le domaine de compétence de la rédaction de L’Histoire…

Pour finir, je parlerai de la critique d’un livre parue dans le même numéro : l’ouvrage s’intitule La Fabrique d’un paria et traite de l’histoire vraie d’un certain Simon Deutz que l’auteur du livre définit comme « un Judas romantique ». Deutz était honni pour avoir, en novembre 1832, livré la duchesse de Berry au ministre de l’Intérieur Adolphe Thiers moyennant 500 000 francs. Le critique du livre écrit au sujet de Simon Deutz :« Entre Judas et Alfred Dreyfus, il fait figure du parangon du traître. » Pardon ? Ai-je bien lu ? Dreyfus était donc bien un traître ? Si l’auteur de la critique avait écrit « entre Judas et Alfred Dreyfus, il fait figure du parangon du traître pour les antisémites », nous aurions alors compris mais ici point de précision : Dreyfus est donc un traître pour tout le monde. Sérieusement ? On en est là au magazine L’Histoire ?!

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La critique du livre continue et on y lit estomaqué : « Son nom même, trahissant le Juif allemand, le désignait pour faire le mal. » C’est du Barrès de la première heure ou je n’y connais rien ! J’ai beau réfléchir, chercher au moins des guillemets (que j’ai mis pour respecter la ponctuation) ou un second degré qui m’échapperait, rien n’y fait : ce sont bien des propos foncièrement antisémites !

Le critique continue à faire couler « son flot boueux, dans un débordement d’égout » (Émile Zola) en écrivant que cette affaire a fourni « à l’antijudaïsme des arguments contre la fourberie politique, la corruption matérielle, le cosmopolitisme destructeur. Car aux yeux des antisémites un Juif converti reste un Juif, apostat de surcroît surtout si, comme Deutz, il retourne à sa croyance d’origine ». C’est du vécu comme on dit trivialement ! C’est bien l’auteur (ou l’auteure) de cette critique qui s’assimile à l’antisémite en revendiquant sa filiation idéologique.

Le magazine L’Histoire est donc devenu un journal militant qui met en doute l’existence du peuple juif comme d’autres mettent en doute l’existence des chambres à gaz… Cette revue reprend même à son compte les poncifs antisémites d’un Toussenel, d’un Drumont ou d’un Maurras.

L’histoire (au sens de la science historique) est malheureusement de plus en plus détournée à des fins idéologiques détestables, surtout quand elle concerne le PEUPLE JUIF.

Source www.tribunejuive.info

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