Rav Eliezer Wolff

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Interview du Dayan de la ville d’Amsterdam

Quel est votre parcours ?

Natif de Strasbourg, j’ai étudié à la Yechivath Kol Tora puis à Poniewezh. Je me suis marié quelques temps plus tard avec la fille du rabbin Marc Meyer de Saint Louis et ai fondé mon foyer à Jérusalem. J’ai préparé le diplôme de dayanouth durant sept ans avant d’exercer en tant que dayan à Nice, Toulouse, Marseille puis enfin Amsterdam, depuis huit ans.

 

Pouvez-vous nous en dire plus quant à votre fonction de dayan à Amsterdam ?

Je suis responsable de plusieurs domaines au Beth Din d’Amsterdam. Concernant celui de la cacherouth, je m’occupe des abattages, de la certification des restaurants, des traiteurs, des plats-avion, ainsi que de la fabrication des repas cachers pour les hospices, les hôpitaux ou les prisons. Je traite également de tout ce qui touche au statut personnel à savoir mariages, divorces, etc. Il est par ailleurs important de mentionner que le ‘érouv mis en place à Amsterdam depuis 1976,  qui avait été rendu passoul par des travaux effectués dans la ville, est de nouveau valable. D’autre part, je suis aussi impliqué dans toutes les questions relatives aux deux miqwaoth de la ville.

 

Quelle est la particularité de la communauté juive d’Amsterdam ?

Je dirais que c’est une communauté très forte, malgré la terrible épreuve par laquelle elle est passée. En effet, les Juifs hollandais survivants de la Shoah ont su faire quasiment fi de cette période terrible. A leur retour aux Pays-Bas, ils ont reconstruit le judaïsme tout en conservant les locaux très spacieux d’avant-guerre, alors que moins d’un cinquième de la communauté est revenu. Ils ont rapidement repris en main les institutions déjà existantes, comme l’hôpital juif, deux hospices pour personnes âgées et ont continué à entretenir une très grande infrastructure pour une communauté juive malgré les défections. En outre, ce sont des gens qui ne lésinent pas sur les moyens pour permettre à tous les membres de la communauté d’accéder facilement au judaïsme. Certes, psychologiquement tout cela n’a pas été facile ; beaucoup ont souffert de ce que l’on appelle « le syndrome de la deuxième génération » mais cette communauté s’est malgré tout reconstruite par elle-même.

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Quelles relations les Juifs entretiennent-ils avec le gouvernement d’une part, et avec leur voisinage non-juif d’autre part?

La vie juive à Amsterdam et les relations avec les non-Juifs sont très particulières. Les Juifs sont bien accueillis. D’ailleurs, beaucoup d’expressions juives font encore actuellement partie du langage et de la culture locale. Les droits des Juifs sont respectés peut être même plus qu’ailleurs, la mairie a fait preuve d’une coopération exemplaire pour la mise en place du ‘érouv. Le nouveau roi a même tenu à recevoir une berakha du rabbin à la synagogue immédiatement après son couronnement ! Mais d’un autre côté, lorsque les Hollandais estiment que la che’hita est une procédure cruelle, ils n’hésitent pas à l’interdire et à nous « conseiller » d’être végétariens ! Il s’agissait non pas d’une simple différence d’opinions mais d’une véritable opposition ! Ils sont ouverts d’esprit tout en restant très fermés sur une certaine intolérance vis-à-vis de toutes les religions en général.

 

Qu’en est-il aujourd’hui de cette opposition à notre abattage rituel ?

 D’ merci, aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre, et les critères qu’ils exigent pour être sûrs que l’animal ne souffre pas sont des critères tout à fait acceptables par la Halakha et répandus à travers l’Europe. Cependant je dois avouer que la crise de la che’hita me laisse sceptique quant à la possibilité d’envisager un réel avenir pour la communauté juive en Hollande…Mais bien évidemment cela n’enlève rien à notre devoir d’aider de notre mieux la communauté à pratiquer son judaïsme comme il se doit.

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