Touvia haRofé : le premier docteur juif dans l’Europe du XVII°

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Le « docteur juif », cette silhouette si présente dans le monde moderne, n’a pas toujours existé.

Aux XVII° et XVIII°, les Juifs étaient même perçus comme la couche la plus basse de la population, enfoncés dans l’ignorance et la superstition. Et les Lumières, pensaient l’opinion européenne éclairée, étaient passées par-dessus le peuple élu. Ils avaient évidemment oublié le Rambam, et tant d’autres importantes médecins du passé.

Jusqu’à Touvia Katz qui fut au XVII° le premier étudiant d’université juif, et aussi le premier à recevoir un doctorat en médecine. Il est l’auteur de la première encyclopédie médicale et scientifique en hébreu, qui devint immédiatement un best seller : Maassé Touvia (מעשה טוביה).

Touvia Katz, surnommé Touvia haRofé en référence à la Michna du traité Roch haChanna, est le miroir de la condition juive en Europe au début de la période des Lumières au tournant du XVII° au XVIII°. Les portes des universités leur étaient fermées, et les nouvelles connaissances scientifiques inaccessibles.

Il est né en 1652 à Metz, où son père s’était réfugié de Pologne à la suite des pogroms perpétrés par les cosaques. Après le décès de son père, Touvia est retourné en Pologne pour étudier la Tora. Puis, après de nombreux refus, il trouve enfin une université qui accepte de l’inscrire, à Frankfort en 1678. Il devient ainsi, avec un seul autre camarade, le premier étudiant juif d’Europe. Il y poursuit le cursus médical. Cependant, parce qu’il est juif, l’université refuse de lui accorder le doctorat.

Il est contraint de partir en Italie où l’Université de Padoue consentira à le recevoir comme docteur. Il devint rapidement l’un des médecins les plus célèbres de son temps. Il maîtrisait 9 langues, et fut le médecin personnel de cinq sultans et vizirs ottomans.

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Il rédigea et publia son œuvre monumentale pour démontrer que bien qu’en exil, Israël n’ignorait pas les sciences. Il observa scrupuleusement les commandements toute sa vie. A la fin de sa vie, il décida d’abandonner sa carrière médicale pour s’installer à Jérusalem afin d’y finir ses jours en aidant la communauté locale. Il y décéda en 1729, à l’âge de 77 ans.

Son livre fut en son temps l’un des plus célèbres traités de médecine. Traduit en plusieurs langues européennes, il fut sans cesse réédité.

Touvia Katz fut le premier auteur médical en Europe à insister sur l’hygiène, ce qui à l’époque était une révolution. Il opère également une distinction, peut-être pour la première fois aussi, entre différentes disciplines médicales, et consacre des chapitres séparés aux maladies infantiles, à la gynécologie et à l’obstétrique.

Homme pieux et érudit dans la Tora, il se méfiait des remèdes de grand-mères et s’opposait catégoriquement aux amulettes et autres talismans surnaturels.

Son livre contient aussi un témoignage historique précieux sur le sabbatéisme, fondé sur les documents officiels des enquêtes menées par les rabbanim de Venise et sur des témoins directs.  Pour les historiens, il s’agit d’une source majeure pour comprendre cette sombre affaire.

 

 

 

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