« La visite à Jérusalem a choqué le monde entier »

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« A présent, nous voyons que tout le monde essaye d’accomplir ce que Sadate a accompli ».

En novembre 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate, animé par un effort de négociation de paix, se rend en Israël et devient ainsi le premier dirigeant arabe de l’histoire à effectuer une visite officielle dans l’Etat hébreu.

Quatre décennies plus tard, son neveu, qui hérita du même nom et prénom, raconte dans un entretien exclusif à i24NEWS, les coulisses de la vie d’un chef d’Etat qui, dans son discours historique prononcé à la Knesset avait déclaré « vouloir regarder au-delà du passé ».

« Il a eu une vie pleine de conflits », déclare Anouar el-Sadate à i24NEWS, alors qu’il retrace les événements marquant de la jeunesse déjà très engagée de son oncle. Après sa scolarité à l’académie militaire du Caire, il est affecté aux télécommunications.

Une jeunesse très engagée

À la fin des années 40, son engagement et ses activités au sein du « mouvements de jeunesse contre la colonisation britannique et la monarchie », décrit son neveu, lui valent d’être emprisonné dans les geôles anglaises puis expulsé des rangs militaires après s’être rapproché du mouvement terroriste Les Frères Musulmans au côté duquel il participe à des attentats.

Réintégré dans l’armée en 1950, il est également de retour un an plus tard dans le Mouvement des officiers libre créé et dirigé par Gamal Abdel Nasser, avec qui il fait tomber la monarchie égyptienne lors d’un coup d’Etat et accède ainsi à de hautes responsabilités au sein du nouveau régime.

AFPNasser en 1968.
AFP

 

En 1969, le président Nasser le nomme vice-président, il devient président par intérim à la mort de ce dernier pour enfin être officiellement élu président le 15 octobre 1970 à l’issue d’un référendum où il obtient 90% des voix.

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La Guerre des Six Jours

Alors que l’échec cinglant de l’Egypte pendant la Guerre des Six Jours en 1967 a laissé une trace indélébile dans la société, Sadate prépare la reprise de la guerre contre Israël pour récupérer les territoires égyptiens perdus, et lance une offensive surprise sur l’Etat hébreu le 6 octobre 1973, jour de Kippour (fête la plus sainte dans le judaïsme). Au terme de semaines de combats meurtriers, les Israéliens d’abord en position de faiblesse, reprennent finalement l’avantage. Un cessez-le-feu est négocié fin octobre par les alliés respectifs des belligérants, les Etats-Unis et la Russie.

L’Egypte, de retour sur le Sinaï, considère cette étape comme une grande victoire. Sadate tire profit de la situation pour asseoir son autorité et se rapprocher des Etats-Unis pour qui il devient un partenaire régional de premier plan. Dans le même temps, la politique du Caire s’éloigne du socialisme arabe de Nasser et s’ouvre au profit d’une économie plus libérale et qui vise à attirer des capitaux étrangers, mais creusant ainsi davantage l’écart entre les classes sociales – près de 40% de la population vit à ce moment-là sous le seuil de pauvreté.

Un voyage historique

Anouar el-Sadate accepte de négocier un accord de paix avec Israël et se rend en novembre 1977 à Jérusalem où il prononce un discours à la Knesset (le Parlement), après y avoir été invité par le Premier ministre israélien de l’époque, Menahem Begin.

ArchivesLe Premier ministre israélien Menachem Begin et le président égyptien Anouar el-Sadate qui s’exprime à la Knesset
Archives

 

« La visite à Jérusalem a choqué le monde entier », raconte le neveu de Sadate à i24NEWS, faisant référence à l’indignation du monde arabe et musulman suite à ce voyage qui signifia la reconnaissance implicite de l’existence de l’Etat d’Israël, alors qualifié par ces derniers d’Etat « voyou ».

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« En visitant Jérusalem, je pense que c’était une étape très courageuse, et à présent nous voyons que tout le monde essaye d’accomplir ce que Sadate a accompli, à travers la guerre et ses négociations de paix », a-t-il poursuivi, estimant qu' »il n’y a aucune nation qui veut vivre des guerres pour toujours. Les guerres, en dépit de leurs désavantages, finissent toujours par la paix ».

La paix, une « trahison »

De ce voyage hautement symbolique, s’en suivra un an plus tard sous l’égide du président américain Jimmy Carter, la signature par Sadate et Begin le 17 septembre 1978 des accords du Camps David préfigurant du traité de paix entre l’Egypte et Israël du 26 mars 1979. Pour cette démarche, les dirigeants égyptien et israélien reçoivent cette même année le prix Nobel de la paix.

AFP/ArchivesLe président égyptien Anouar el-Sadat, le président américain Jimmy Carter et le Premier ministre Menahem Begin à Camp David, le 26 mars 1976
AFP/Archives

 

Cet accord conclu avec Israël est vécu comme une trahison par le monde arabe et musulman qui reproche notamment au Caire d’avoir bafoué l’unité arabe défendue par son prédécesseur. »Nous avons repris tout notre territoire sans qu’aucune goutte de sang ne soit versée, sans perdre un seul soldat ou officier. De quoi d’autres avez-vous besoin ? », a rappelé Anouar el-Sadate à i24NEWS.

« Certains disent: Non! Nous avons récupéré la région, mais perdu notre souveraineté sur elle. Qui dit cela? Tout le Sinaï, de Taba à Suez, est sous souveraineté égyptienne. Nous faisons ce que nous voulons. Tourisme, industrie, tout ce que nous voulons », a-t-il constaté.

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« Lorsqu’on parle du « Projet arabe » du président Sadate, on parle d’un échec. Il a épuisé tous les recours pour parvenir à l’Unité arabe. Mais il n’a tiré aucun avantage de ses tentatives », a-t-il dit en référence au projet de panarabisme de Nasser. « Il a découvert qu’ils (les pays arabes) servaient tous leurs propres intérêts et étaient engagés dans des négociations secrètes ».

L’assassinat

Dans les années 80, face à une dangereuse montée de l’opposition islamique, le président égyptien procède à des arrestations massives. Plus de 3 000 opposants de toutes tendances politiques confondues (islamistes, féministes, communistes, nationalistes, professeurs, journalistes, étudiants), sont arrêtés en septembre 1981.

« Il était nécessaire pour lui de prendre position, car il était responsable de ces gens. Entre 60 et 70 millions de personnes. Il a dû commencer à faire bouger les choses afin de préserver son peuple, son futur et l’avenir des nouvelles générations », a justifié son neveu.

Archives/AFPHosni Moubarak assiste à une parade militaire, en 1981 au Caire, aux côté de son prédécesseur, Anouar el-Sadate.
Archives/AFP

 

« Tout cela a été confirmé après sa mort. Les guerres dans les régions d’Irak, du Koweït, de la Syrie, du Liban, du Yémen, et même dans le Golfe persique sont devenues une source de préoccupation. Malheureusement, les leaders du monde arabe doivent être honnêtes avec eux-mêmes ».

Un mois après la vague d’arrestations, le 6 octobre, il sera assassiné par balle au Caire lors d’une parade militaire par des militants extrémistes membres du « al-Jihad’ (« la guerre sainte »). Le vice-président Hosni Moubarak devient alors président.

Les funérailles de Sadate seront marquées par de multiples hommages rendus par des dignitaires du monde entier, mais aussi par l’absence des dirigeants du monde arabo-musulman.

Source www.i24news.tv

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