Modi en Israël, c’est entre 8 et 10 milliards de dollars

0
16
The President, Shri Ram Nath Kovind administering the oath of office of the Prime Minister to Shri Narendra Modi, at a Swearing-in Ceremony, at Rashtrapati Bhavan, in New Delhi on May 30, 2019.

La visite de Narendra Modi en Israël, prévue sur deux jours, prend une dimension très particulière: au-delà du symbole diplomatique, elle pourrait déboucher sur une série d’accords de défense évalués, selon plusieurs médias, entre 8 et 10 milliards de dollars. Un montant rare, à la mesure d’un contexte stratégique qui s’est durci et d’une priorité devenue centrale pour New Delhi : mieux protéger son espace aérien et ses infrastructures face à la montée en puissance des drones, des missiles et des attaques combinées.

Deux séquences récentes pèsent sur les discussions. D’abord, les années 2023–2025 au Moyen-Orient ont donné une vitrine mondiale aux systèmes israéliens d’interception, éprouvés contre des salves de roquettes, des drones et divers types de missiles. Ensuite, la crise indo-pakistanaise de mai 2025 — brève mais intense — a illustré, côté indien, la difficulté de gérer simultanément menaces aériennes, essaims de drones, brouillage électronique et pression cyber. Dans ce nouveau paysage, la défense aérienne ne se résume plus à “intercepter”: il faut aussi encaisser la saturation, distinguer vite les menaces, et abaisser les coûts d’engagement.

C’est là qu’intervient l’intérêt supposé de l’Inde pour l’architecture multicouche israélienne. Les discussions évoquent les quatre briques majeures: Arrow (niveau supérieur, contre des missiles balistiques), la fronde de David (menaces de moyenne portée, y compris missiles de croisière), Iron Dome  (dôme de fer) (courte portée, roquettes et projectiles) et Iron Beam, une capacité laser pensée pour neutraliser des cibles relativement peu coûteuses — notamment drones et roquettes — avec un coût par tir potentiellement inférieur à celui d’un intercepteur classique. L’idée, pour l’Inde, serait d’obtenir une couverture “du haut vers le bas”, du balistique longue portée aux attaques rapides et bon marché.

À ces couches défensives s’ajouterait un second volet: la guerre des drones et l’armement de précision. Des plateformes de surveillance de type Hermes 900 sont citées, tout comme des solutions permettant des frappes à longue distance (kits de guidage, missiles air-sol et missiles de croisière navals). Pour New Delhi, l’objectif est d’accroître la capacité à frapper plus loin et à rester hors de portée des défenses adverses, tout en conservant l’avantage dans un environnement contesté par la guerre électronique.

Derrière la technologie, la relation industrielle compte autant que les achats. La doctrine “Make in India” pousse à localiser une partie de la production via coentreprises, transferts de compétences et implantation de filiales. Israël, déjà très présent sur le marché indien, a progressivement adapté ses modèles: davantage de partenariats locaux, de production conjointe, et une logique de coopération longue durée plutôt que de simples ventes “clé en main”.

Les chiffres confirment l’importance du couple indo-israélien. Sur la période 2020–2024, l’Inde a représenté une part majeure des exportations d’armement israéliennes, tandis qu’Israël figure aussi parmi les fournisseurs notables de l’Inde. Parallèlement, l’industrie de défense israélienne a bénéficié d’un cycle de demande mondiale favorable, porté par les systèmes antimissiles et anti-drones, avec des records d’exportations ces dernières années.

Si les signatures attendues se concrétisent, elles marqueraient une nouvelle étape: une coopération structurée autour d’une défense aérienne de nouvelle génération, couplée à l’innovation (cyber, IA, capteurs), et à une montée en puissance industrielle en Inde. Le vrai test se jouera ensuite sur des points très concrets: délais de livraison, niveau de transfert technologique, intégration avec les systèmes déjà en service, et soutenabilité budgétaire dans la durée.

Jérémie de Jforum.fr

Aucun commentaire

Laisser un commentaire