Le tout premier centre juif permanent a ouvert ses portes en Islande

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Reykjavik a inauguré son premier centre juif, installé dans un ancien pub. Le bâtiment abritera bientôt un mikvé géothermique, sans doute le plus septentrional qui soit.

REYKJAVIK, Islande (JTA) — Jusqu’à il y a peu, cette ville située près du cercle polaire arctique était l’un des rares endroits en Europe sans vie juive organisée — pas de synagogue, pas de bain rituel, pas de bâtiment communautaire.

Mais tout a changé cette semaine avec l’ouverture par la communauté juive d’Islande du Beit Shvidler Jewish Center of Iceland, le tout premier centre juif islandais.

Le centre est installé dans un bâtiment rénové de près de 836 mètres carrés, dans le centre-ville de Reykjavik – un ancien bar et, avant cela, le siège d’un parti politique. Il se trouve à quelques minutes seulement de l’endroit où le rav Avraham Feldman et son épouse Mushky vivent et travaillent depuis leur arrivée sur l’île en 2018.

Le centre comprend une synagogue, une salle de séminaire d’une capacité de 80 personnes, une épicerie casher, une cuisine communautaire, un centre pour les jeunes, un salon bibliothèque et un centre de sécurité, des services auxquels la communauté n’avait jamais eu accès en un seul et même lieu.

La communauté juive disposera bientôt d’un mikvé, ou bain rituel, chauffé par géothermie grâce à l’abondante chaleur volcanique souterraine qui fournit une grande partie de l’énergie du pays.

« Les Juifs d’ici voulaient une synagogue, un rabbin, une sorte de communauté », explique Avraham Feldman à propos de la situation qui prévalait avant leur arrivée, « et c’est génial de pouvoir leur donner satisfaction. »

Les membres de la communauté sont du même avis.

« L’Islande a une communauté juive plurielle et dispersée sur le plan géographique ; étant donné que nous sommes sur une île isolée, nous avons tous un peu échoué ici », a déclaré Michael Klein, un Juif américain vivant en Islande depuis 2020.

Un centre Habad de 836 mètres carrés a ouvert ses portes dans un ancien bar du centre-ville de Reykjavik, en Islande. (Avec l’aimable autorisation du Beit Shvidler Jewish Center of Iceland via la JTA)

« Les Feldman sont parvenus à collecter des fonds, trouver le lieu et organiser les travaux pour faire de ce lieu désaffecté, qui fut le siège d’un parti politique et un bar, un centre juif au service, certes, de notre petite communauté, mais plus largement, des Juifs venus du monde entier découvrir les beautés de la nature et notre paisible isolement », ajoute Klein.

La vie juive en Islande a toujours été rare et intermittente.

On sait que des marchands juifs y sont passés dès les années 1600. Pourtant, la présence juive organisée ne remonte qu’à la fin des années 1800. Le premier Juif pratiquant à s’être installé de manière permanente est Fritz Natan, un homme d’affaires qui, en 1917, a construit le tout premier bâtiment de cinq étages du pays.

Par la suite, pendant des décennies, la vie juive en Islande a survécu grâce aux efforts d’une poignée de bénévoles organisateurs de rassemblements informels, souvent dans des lieux loués ou dans le sous-sol de la Hallgrímskirkja, l’église la plus connue du pays.

Grace à la base de la Marine américaine de Keflavík, située non loin de l’aéroport international, la communauté a parfois eu des aumôniers juifs : tout s’est terminé à sa fermeture, en 2006.

Il n’y avait donc toujours pas d’institution permanente, toujours pas de rabbin résident et toujours pas de bâtiment, ce qui a fait dire à certains que Reykjavik était seule capitale européenne dépourvue de synagogue.

Tout a commencé à changer en 2018, lorsque les Feldman ont quitté les États-Unis pour s’installer à Reykjavik, dans le but d’y établir une présence Habad-Loubavitch.

A ce que l’on sache, ils sont les premiers rav et rebbetzin stationnés en permanence depuis un millier d’années. Le couple a commencé modestement, organisant des dîners de Shabbat et des offices pour les fêtes dans leur salon.

On estime la communauté à 300 Juifs auto-identifiés, sur une population totale de près de 400 000 Islandais.

Le rythme s’est rapidement accéléré.

En 2020, la communauté juive s’est dotée de son tout premier rouleau de la Tora, commandité par un donateur en Suisse avec l’aide de la congrégation islandaise.

Un an plus tard, le gouvernement islandais a officiellement reconnu le judaïsme comme une religion officielle, ce qui a permis la célébration de mariages juifs reconnus par l’État et permis aux habitants de verser une part de leur impôt religieux à la communauté.

Le pourcentage de personnes à l’avoir fait n’est pas une information disponible.

En 2024, à l’étroit dans ses locaux de location et ses cryptes d’églises, la communauté fait l’acquisition de ce qui deviendra le nouveau centre juif, peu ou prou au même niveau que celui de Fairbanks, en Alaska, local Habad le plus septentrional au monde.

Le bâtiment se situe dans le dense centre-ville de Reykjavik, à quelques rues de l’emblématique Rainbow Street et de l’opéra Harpa, qui font de la ville l’un des sites les plus photogéniques au monde.

Dans cette ville tournée vers le tourisme, pour cette communauté composée en grande partie d’immigrants, de familles juives islandaises installées de longue date et de personnes mariées à des Islandais, ce tout nouveau centre est une chose précieuse : un foyer partagé.

« Nous avions depuis longtemps besoin d’un foyer pour notre communauté », résume un Juif d’Islande, qui témoigne sous couvert d’anonymat car tous ses collègues ne savent pas qu’il est juif. (Le nombre relativement faible de Juifs en Islande fait qu’il y a peu de traces d’antisémitisme mais le sentiment anti-Israël y est fort, le pays ayant été l’un des cinq à boycotter l’Eurovision, cette année, du fait de la participation d’Israël.)

« Ce n’est pas comme si nous nous cachions ou si nous n’étions pas une communauté solide ; nous célébrons les fêtes ensemble et il y a des dîners de Shabbat », poursuit-il. « Mais il est important que nous ayons ce centre. Son ouverture est un moment important et très émouvant. »

Célébration de Hanoukka dans le centre-ville de Reykjavik, en Islande, le 14 décembre 2025. (Avec l’aimable autorisation de Mushky Feldman via la JTA)

A l’instar de nombre d’institutions juives d’Europe, le centre assure sa sécurité en n’étant ouvert qu’aux membres de la communauté ou aux visiteurs qui se manifestent à l’avance.

Avraham Feldman explique que l’on y trouvera bientôt une vitrine contenant trois petits livres de prières donnés par les premiers Juifs d’Islande, les seuls vestiges physiques connus de la vie juive en Islande avant son arrivée, un rappel du caractère récent et acquis de haute lutte de cette forme de permanence.

« Ce centre est à la fois un foyer, une famille et un symbole de permanence, quelque chose d’inimaginable il y a de cela 14 ans, du temps de mon premier séjour ici, et de l’ordre du rêve lorsque je m’y suis installé en 2020 », conclut Klein.

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