À peine sorti de sa voiture devant le Pavillon Wagram, dans le nord-ouest de Paris, le président du RN a été chahuté mercredi soir aux cris de «Bardella, ton antisémitisme ne s’efface pas !».
C’est à croire que Jordan Bardella ne peut plus faire une apparition publique sans être rattrapé par les accusations de Mediapart. Plus d’un mois après que le site d’information lui a attribué des messages antisémites datant de 2013, le président du RN n’arrive pas à se défaire de ces soupçons, malgré ses démentis répétés. Et surtout, malgré sa plainte pour diffamation et celle annoncée pour faux et usage de faux contre les éléments avancés par le média. Alors que des membres de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) avaient déjà interrompu le discours de l’eurodéputé au congrès du parti à la flamme, à Orléans (Loiret), le 25 octobre, voilà qu’il a eu droit mercredi soir à un nouveau comité d’accueil.
Sitôt sorti de sa voiture pour rejoindre la soirée de lancement de son troisième livre, Gouverner (Fayard), au Pavillon Wagram, une salle de réception située dans le 17e arrondissement de Paris, le trentenaire a été pris à partie par des activistes de «Nous Vivrons», ce collectif créé après les atrocités du 7 Octobre. Loin d’être à son coup d’essai, l’organisation s’est illustrée ces derniers mois en multipliant les actions de ce type lors d’évènements de La France insoumise (LFI) ou du RN, qui, selon elle, propagent l’antisémitisme, sous couvert d’antisionisme pour les uns, par héritage idéologique pour les autres.
Dès que le jeune loup nationaliste est apparu, «Bardella, ton antisémitisme ne s’efface pas !», ont scandé ces militants, postés devant l’entrée, mégaphone en main. Leurs pancartes reprenaient le même message, toutes proclamant «Un antisémite réélu à 98,98 %», en référence au score de réélection de Jordan Bardella, seul candidat à la présidence du parti, fin octobre. Même traitement quand Marine Le Pen s’est présentée quelques instants plus tard, sous les cris de «gouvernement, pas diviser, pas de RN à l’Élysée», alors que la députée du Pas-de-Calais est donnée gagnante de la présidentielle dans tous les sondages, quel que soit son adversaire de second tour. Avant même l’arrivée du tandem, le petit groupe entonnait déjà : «Ni Mélenchon, ni Bardella. Ni la peste, ni le choléra.»
Peu importe que «Nous Vivrons» se revendique apartisan, traquant les discours et les relents antisémites là où ils se trouvent, Jordan Bardella a riposté sur un terrain politique. «Après la censure des médias et les fatwas sur tous les responsables politiques qui se situent à la droite de Mélenchon, l’extrême gauche manifeste désormais contre… un livre», a ironisé sur X le dauphin de Marine Le Pen, reprenant là l’angle d’attaque utilisé contre l’UEJF, qu’il avait rangée du côté de l’«ultra-gauche» après son action à Orléans. Et de juger bon d’assimiler ces méthodes à une «nostalgie des régimes totalitaires», une dérive «chaque jour plus inquiétante» à ses yeux.
Pas de quoi impressionner le collectif, qui reproche à Jordan Bardella d’«utiliser le même rayon paralysant que l’extrême gauche pour disqualifier des militants qui luttent contre l’antisémitisme», allusion à l’axe de défense décliné depuis le 7 Octobre par LFI, pour laquelle les accusations d’antisémitisme à son encontre visent à discréditer son soutien à la cause palestinienne. «Pour La France insoumise, nous sommes des fascistes d’extrême droite. Pour le RN, nous sommes des gauchistes. Notre seul camp, c’est celui de la République, qui est le meilleur rempart à l’antisémitisme, et vous n’en faites pas partie», a conclu «Nous Vivrons» en direction du député européen. Promettant, en guise d’avertissement, de continuer à l’attendre à ses prochaines sorties.





























