Ce sera magnifiquement horrible

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Peu importe ce qui sera précisément décidé entre Trump et l’Iran, une chose est sûre : ce sera néfaste pour les États-Unis et pour la région. La raison : le régime, plus monstrueux que le précédent, ne fera que se renforcer.

Ben-Dror Yemini (notre photo)

C’est ce qui semble se dessiner. Nous nous dirigeons vers un protocole d’accord qui permettra la poursuite du cessez-le-feu pour 60 jours supplémentaires, au cours desquels on tentera d’en formuler les détails. Supposons, pour les besoins de la cause, que toutes les conditions récemment annoncées par Trump figurent dans ce protocole. Cela signifie que tout l’uranium enrichi sera transféré vers un autre pays, que l’Iran s’engagera à ne pas chercher à obtenir d’armes nucléaires et acceptera une inspection internationale. Cela semble merveilleux ? Pas du tout. C’est un mauvais accord pour le monde, mauvais pour les États-Unis et mauvais pour Israël.

Car le problème principal avec l’Iran réside dans l’existence même du régime des ayatollahs. Des hauts responsables aux États-Unis et en Israël, y compris le chef d’état-major Eyal Zamir la semaine dernière, nous ont raconté des miracles et des merveilles sur les dommages mortels infligés à l’Iran. Ils ne mentent pas. Sauf qu’il y a un problème. Ces coups sévères n’empêchent pas l’Iran de fermer le détroit d’Ormuz. Ils n’empêchent pas non plus la reconstruction des sites de missiles et de lanceurs, et d’innombrables rapports font déjà état d’une restauration de ses capacités. Ils n’ont pas non plus freiné la répression du peuple iranien. Au contraire, la situation empire. Et malgré les dommages subis, la capacité de l’Iran à frapper les pays voisins reste intacte.

Et c’est précisément dans l’hypothèse où ces responsables ont raison que même le meilleur des accords avec l’Iran s’avère être un désastre. Car les dommages mortels infligés à l’Iran ont provoqué, dans les faits, un changement de pouvoir. Au lieu d’un régime meurtrier, nous avons hérité d’un régime monstrueux. Et au lieu de passer à l’étape suivante, l’accord conduit à la légitimation et au renforcement de ce régime monstrueux. En effet, selon l’accord, les milliards vont de nouveau affluer vers l’Iran. Et que fera-t-il de cette fortune ? La réponse est connue. Même si l’Iran respecte l’accord à la lettre, il investira cet argent dans les domaines qui n’y sont pas inclus. Et comme cela se profile, il n’y aura aucune restriction sur l’investissement dans le développement d’une nouvelle génération de missiles balistiques, bien plus meurtriers. Il n’y aura pas non plus de restriction sur l’investissement dans ses intermédiaires (proxys) – les Houthis, le Hezbollah, le Hamas, les milices en Irak – qui comptent bien plus pour le régime iranien que le peuple iranien lui-même.

L’impact sur la région sera multi-frontal et mortel. Commençons par le Liban, qui tente de se libérer de la poigne de fer du Hezbollah et de l’Iran, génératrice de destructions et de ruines. Un accord avec l’Iran sonnera le glas de toute chance de reconstruction du pays et de progression vers un accord de paix avec Israël. Car dès l’instant où le gong retentira – annonçant l’accord –, l’organisation terroriste Hezbollah se sentira beaucoup plus forte. Son emprise n’en sera que plus puissante. Et cela se produira avant même que l’Iran ne transfère le moindre dollar ou ne contrebande la moindre arme.

Il en sera de même dans la bande de Gaza. Les remplaçants des remplaçants des remplaçants de Yahya Sinwar et de Mohammed Deif respireront. Car le Hamas a besoin du vent dans les voiles fourni par la tête du serpent de l’axe du mal. Et un accord avec l’Iran, qui renforcera la tête du serpent, renforcera l’ensemble de l’axe du mal. Les chances de passer à la « phase B » dans la bande de Gaza, qui inclurait le désarmement du Hamas, ne sont déjà pas très élevées. Un accord avec l’Iran balaiera définitivement ces chances.

Le troisième théâtre est celui des États du Golfe. Même avec la puissance limitée qui lui reste, l’Iran est capable de causer des dommages d’une ampleur astronomique, notamment, comme mentionné, aux installations énergétiques et de dessalement. Un accord avec les États-Unis signifierait que l’Iran a tenu bon face à la nation la plus puissante du monde. L’armée américaine s’en ira. La superpuissance régionale sera l’Iran. Un inversement total des objectifs de la guerre.

Sur la scène mondiale, constatant que l’Iran n’a pas été vaincu, après les fuites indiquant que les stocks de missiles d’interception des États-Unis s’épuisent, et face à l’impression grandissante que les États-Unis redoutent une reprise de la guerre, il s’avère que la puissance censée être la plus forte au monde ne l’est pas tant que ça. Un pays affaibli et blessé la menace – et elle plie. L’homme qui avait promis d’aider le peuple iranien l’a abandonné à un régime monstrueux. Trump deviendra un canard boiteux. Cela affectera de nombreuses zones de friction, y compris face à la Chine et à la Russie.

Il n’est pas nécessaire de relancer la guerre. Mais un accord qui renforce le pouvoir iranien est dix fois pire. On peut préserver les intérêts américains, ainsi que ceux des pays de la région, en maintenant le blocus. Pas la guerre : l’asphyxie. Certes, les prix du pétrole resteront élevés, voire augmenteront. Mais le prix que le monde libre paie actuellement est bien inférieur à celui qu’il paiera pour un accord, quel qu’il soit, qui ne fera que renforcer l’Iran. À bon entendeur, pour son fidèle lecteur, Donald Trump.

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