Le procès de Benjamin Netanyahou vient de connaître un nouveau rebondissement judiciaire qui mérite d’être analysé avec la rigueur et la loyauté que nous devons à l’État d’Israël, à ses institutions et à la vérité historique.
Professeur Michael Ayache
Ce qui s’est passé le 29 juin 2026, le collège de trois juges du tribunal de district de Jérusalem — Rivka Friedman-Feldman, Moshe Bar-Am et Oded Shaham — a réaffirmé, au terme de dix-huit mois de témoignage du Premier ministre, la recommandation qu’il avait déjà formulée en juin 2023 : le parquet devrait abandonner le chef d’accusation de corruption dans le dossier 4000, jugé trop difficile à prouver. Les juges ont été explicites : « Après avoir entendu le témoignage du Premier ministre, notre position, telle qu’elle était en juin 2023, reste inchangée ».
Le dossier 4000, dit « Bezeq-Walla », est le plus lourd des trois procédures visant Benjamin Netanyahou : il porte sur une prétendue relation d’échange entre le Premier ministre — alors également ministre des Communications — et Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq, qui aurait orienté la couverture du site Walla en échange de faveurs réglementaires. Les charges de fraude et d’abus de confiance, elles, demeurent pleinement en vigueur, tout comme les dossiers 1000 et 2000. L’avocat de la défense, Amit Hadad, a même comparé, lors de cette audience, la position des juges à celle du procès d’Adolf Eichmann — une image forte, révélatrice de la tension extrême qui entoure cette affaire depuis six ans.
Une justice qui ose se corriger
Il faut le dire avec fierté : ce que ce dossier révèle, ce n’est pas la fragilité d’Israël, c’est au contraire la force singulière de sa démocratie. Dans très peu de pays du monde un chef de gouvernement en exercice témoigne pendant dix-huit mois, à visage découvert, devant des juges indépendants, sans qu’aucune main politique ne vienne interrompre le processus. C’est le Zét, la droiture, qui doit guider un État juif fondé sur les Tables de la Loi et sur l’idée que « Tsédek, tsédek tirdof » — « la justice, la justice, tu poursuivras » (Deutéronome 16:20). Un tribunal qui, après avoir écouté patiemment des centaines d’heures de témoignage, ose maintenir — et non inventer — une recommandation vieille de trois ans, n’est pas un tribunal aux ordres : c’est un tribunal qui reste fidèle à sa propre analyse de la preuve, dans un sens ou dans l’autre.
Mais cette même fidélité au droit doit aussi nous interroger sur la lenteur et le poids de la procédure. Six ans de procès, 79 audiences rien qu’en février 2026, un terme désormais projeté à 2028 si l’accusation de corruption est maintenue : c’est un coût humain, institutionnel et national considérable, en plein contexte de guerre et de menaces existentielles sur nos frontières. Un peuple qui se bat sur plusieurs fronts a besoin d’institutions fortes — pas d’institutions paralysées par leurs propres procédures.
Justice et unité, deux exigences qui ne s’opposent pas
C’est précisément là que réside l’enjeu pour quiconque aime sincèrement Israël. Défendre la présomption d’innocence de Benjamin Netanyahou, respecter le travail des juges, et refuser toute instrumentalisation politique ou médiatique du dossier ne sont pas des positions contradictoires — elles procèdent de la même exigence : que la vérité l’emporte sur les passions, et que le peuple d’Israël ne se déchire pas sur l’autel d’une bataille partisane pendant que ses soldats combattent pour la survie de la nation. Le débat lancé par cette chronique — « justice ou erreur historique ? » — est légitime, mais il appelle une réponse mesurée : ni acquittement anticipé, ni condamnation par anticipation. La force d’Israël, depuis 1948, a toujours été de faire vivre, dans la tempête, un État de droit exigeant envers lui-même, y compris envers ses propres dirigeants.
Quel que soit le verdict final, une chose doit demeurer intangible : la confiance du peuple dans ses institutions — Tsahal, la Knesset, la magistrature, la présidence — car c’est cette confiance, plus encore que n’importe quelle décision de justice, qui constitue le véritable ciment de notre sécurité collective. Le sionisme n’a jamais été la promesse d’un État parfait ; il a été la promesse d’un État juif capable de se juger lui-même, avec courage, sans jamais renoncer à son unité face à ses ennemis.



























