« Échec et mat face à l’Iran » : l’article qui secoue Washington

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Robert Kagan (notre photo) affirme que 37 jours de frappes n’ont pas fait plier Téhéran, que le détroit d’Ormuz ne retrouvera plus son état initial et que le statut des États-Unis est gravement entaché.

Kol réga’ – Meir Gilboa 

Le magazine The Atlantic a publié un article particulièrement incisif de l’historien et analyste néoconservateur Robert Kagan. Ce dernier présente la campagne contre l’Iran non pas comme une victoire américaine, mais comme le moment où Washington est tombé dans un piège stratégique presque irréparable. Sous le titre « Échec et mat face à l’Iran », Kagan soutient que les États-Unis ont subi une défaite profonde, une défaite qu’il sera impossible d’effacer ou de masquer par des déclarations de victoire.

La puissance militaire face à l’échec politique

Selon Kagan, le problème ne réside pas seulement dans l’issue de la guerre elle-même, mais dans ce qu’elle a révélé au monde. Les États-Unis et Israël ont frappé l’Iran pendant 37 jours, infligeant des dommages sévères, éliminant une partie de ses dirigeants et détruisant une part importante de ses capacités militaires. Pourtant, ils n’ont pas réussi à provoquer l’effondrement du régime, ni même à obtenir de sa part une seule concession réelle. Pour lui, c’est le cœur de l’échec : une puissance militaire colossale a été déployée, mais l’objectif politique n’a pas été atteint.

Kagan écrit qu’au lieu de prouver la force américaine, la guerre a exposé une Amérique incapable de terminer ce qu’elle a commencé. Selon lui, les conséquences dépassent largement le cadre iranien : les alliés de Washington vont devoir recalculer la fiabilité de leur partenaire, tandis que ses ennemis examineront avec attention sa réelle capacité à persévérer dans un conflit long face à un adversaire déterminé.

Le détroit d’Ormuz : un nouveau levier mondial

L’un des points centraux de l’article concerne le détroit d’Ormuz. Kagan affirme que le détroit ne redeviendra jamais « ouvert » comme il l’était auparavant. Même si l’Iran affiche une réouverture des voies navigables, la réalité sera que Téhéran conservera un pouvoir sans précédent sur l’une des artères les plus sensibles de l’économie mondiale. Il ne s’agit plus seulement d’une menace de fermeture, mais de la capacité de contrôler le rythme du passage, de peser sur ses adversaires et de transformer le contrôle de cette route énergétique en un levier politique mondial.

Le tournant du 18 mars

Selon l’analyse de Kagan, le point de bascule a eu lieu le 18 mars. Israël a attaqué le champ gazier iranien South Pars, et l’Iran a riposté en frappant Ras Laffan au Qatar, la plus grande installation d’exportation de gaz naturel liquéfié au monde. Les dommages devraient mettre des années à être réparés. À la suite de cela, le président Trump a stoppé les frappes supplémentaires contre les installations énergétiques iraniennes et a fini par déclarer un cessez-le-feu, sans que l’Iran ne fournisse de contrepartie réelle.

À ce stade, affirme Kagan, le dilemme américain a été exposé au grand jour. Poursuivre les frappes risquait d’entraîner de nouvelles attaques iraniennes sur les installations pétrolières et gazières du Golfe, secouant les marchés de l’énergie et menant à une crise économique mondiale. À l’inverse, arrêter la guerre sans gain clair offre à Téhéran une victoire stratégique : le régime a survécu à la pression militaire, a maintenu sa structure et a prouvé sa capacité à nuire non seulement à Israël et aux États-Unis, mais à l’économie mondiale tout entière.

L’échec de la pression économique

Kagan rejette également l’idée que des pressions économiques supplémentaires mettront le régime iranien à genoux. Selon lui, un régime qui a survécu à des semaines de bombardements ne risque pas de s’effondrer à cause d’un blocus ou de sanctions. Il rappelle qu’une direction qui n’hésite pas à réprimer cruellement ses propres citoyens ne reculera pas devant l’imposition de difficultés économiques supplémentaires à sa population si cela sert sa survie.

Un message aux puissances rivales

L’impact régional est tout aussi grave. Les pays du Golfe, qui comptaient depuis des décennies sur le parapluie sécuritaire américain et la liberté de navigation garantie par l’US Navy, devront désormais prendre Téhéran beaucoup plus en compte. Si les États-Unis ne peuvent pas, ou ne veulent pas, ouvrir Ormuz par la force, presque aucune autre coalition au monde ne pourra le faire à leur place.

Kagan estime que la Chine et la Russie sortiront renforcées de cette évolution. Toutes deux alliées de l’Iran, elles profitent de l’affaiblissement du statut américain dans le Golfe. Face à un Washington hésitant et usé, les rivaux reçoivent un signal dangereux : même la superpuissance américaine peut s’enliser dans une guerre qu’elle est incapable de conclure selon ses propres termes.

En conclusion, Kagan présente Trump face à un choix cornélien : l’escalade continue au risque d’une crise énergétique mondiale, ou la proclamation d’une victoire de façade masquant un retrait effectif. Pour l’historien, Washington est en position de « échec et mat » : presque chaque mouvement restant entraîne un coût insupportable. L’Iran n’a pas eu besoin de gagner sur le champ de bataille pour changer l’équilibre ; il lui a suffi de survivre.

1 Commentaire

  1. Un point contestable : La Chine et la Russie ne sont alliées de l’Iran que jusqu’à un certain point. Elles risquent de ne pas être épargnées par le jihad mené par les mollahs. Elles se retourneront contre leur « allié ».
    Quant à Trump et Israël : « Tout objectif flou conduit irrémédiablement à une connerie précise. » Frédéric Dard
    Ce que démontre aussi Robert Kagan, c’est que les moyens nécessaires pour vaincre un ennemi aussi préparé que les islamistes sont à la mesure de leur barbarie.

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