Général Galant, je vous écris une lettre que vous lirez peut-être…

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Par Jean-Pierre Lledo

N’étant pas militaire, je ne discuterai pas votre gestion de la guerre depuis le mois d’Octobre dernier. Mais je ne vous cacherai pas que des questions m’assaillent. Hormis celles sur le jour du 7 octobre lui-même…

Pourquoi ne pas avoir commencé par prendre le contrôle de la stratégique région de Rafah, source principale de ravitaillement de toutes sortes pour le hamas, de par sa frontière avec l’Egypte… ? Pourquoi avoir fait quitter le champ des opérations à la majorité des unités de Tsahal, puisque la nature ayant horreur du vide cela permet à l’armée terroriste de se réimplanter dans des régions que l’on nous disait « libérées » et de continuer à nous asperger de ses roquettes ? Pourquoi, au contraire, n’avoir pas poursuivi l’offensive du début, avec les mêmes effectifs, jusqu’à l’écrasement des forces terroristes, dont nous nous serions pour l’essentiel débarrassés en quelques semaines supplémentaires ?

Pourquoi ne tirez-vous pas les conclusions de l’échec de cette conception minimaliste qui donne tout pouvoir à notre adversaire de se redéployer et de maintenir la population sous sa férule, qui de surcroît donne du temps aux voix anti-israéliennes de par le monde, et surtout en rallongeant cette guerre, met à mal l’agriculture du Nord et du Sud, donc l’économie israélienne, avec plus de 200 000 civils déplacés, qui eux ne bénéficient pas de la manne internationale, sans parler de la centaine de nos otages, pour qui chaque jour est un jour de trop ?

Donc, alors que je m’attendais de votre part à un réflexe de militaire, et donc au rappel de tous les réservistes pour damer définitivement et rapidement le pion des massacreurs du 7 octobre, combien ai-je été surpris de vous voir intervenir en un domaine politique que vous maitrisez mal, sans compter que se démarquer publiquement d’un gouvernement auquel on appartient, pose de plus le problème de votre légitimité.

Je n’ai pas le texte exact de votre intervention, mais d’après divers comptes-rendus, il semblerait que votre souci serait d’avoir « une alternative au hamas », qui ne soit pas israélienne, « ni militaire, ni civile », précisez-vous. Cette prise de position soulève plusieurs objections.

1 – Quels exemples pouvez-vous me citer dans l’histoire militaire, où l’on se soit préoccupé de l’après-guerre, avant d’avoir… gagné la guerre ?

Votre rôle n’est-il pas de nous mener vers la victoire, le plus vite possible ? Or désolé de vous le dire, Général Galant, si vous continuez de cette manière à le faire (de plus en tuant nos propres soldats, déjà 19 + 5 hier = 23) vous et le chef d’Etat-Major Halévy, nous menez vers la défaite, et ce serait donc le hamas qui nous dicterait ses conditions, comme il réussit à le faire déjà en usant de la question des otages.

Mais puisque vous avez abordé cette question, examinons-là. Qui d’après-vous pourrait-être cette « alternative » ?

2 – L’autorité falestinienne ? Elle n’a plus d’autorité depuis belle lurette et Mahmoud Abbas n’a plus aucune légitimité, ni du point de vue des siens, ni internationale. Mais admettons qu’elle en ait. N’avoir à ce jour condamné ni le massacre du 7 octobre, ni le hamas, en ferait-il une alternative recommandable ?

Même question par rapport aux propos d’un de ses dirigeants importants, Djibril Rajoub, estimant que l’attaque du 7 octobre «  faisait partie de la guerre de défense palestinienne, et la prochaine aura lieu en Cisjordanie. ». Ce dirigeant qui postule la succession de Mahmoud Abbas, prononça cette oraison suite à l’élimination du N° 3 du hamas, le 5 janvier dernier : « …Saleh al-Arouri a toujours été un extraordinaire dirigeant national dans la manière dont il luttait (euphémisme pour désigner le terrorisme), Je fais partie de ceux qui croient en son idéologie, en sa façon de faire et en son activitéJe considère qu’il s’agit d’une perte pour le Fatah, tout comme pour le Hamas, pour tous les Falestiniens… » . Dans la foulée, mais refusant de s’étendre sur le sujet, il nous révèle qu’il l’avait rencontré… le 6 octobre[1]. La veille. Pour quelle raison d’après vous, général Galant ?

Et puis, ces derniers jours, Abou Muhamad, porte-parole des Brigades Al Aqsa, branche armée du Fatah (principal mouvement dirigé à la suite d’Arafat par Mahmoud Abbas himself), n’a-t-il pas tenu à nous affranchir ? « Le 7 octobre, nos héros ont participé à l’invasion des colonies de la bordure de Gaza avec nos frères des organisations de lutte palestiniens. Nous avons pris beaucoup de sionistes en otages, certains ont été rendus, d’autres sont toujours dans nos mains… (et depuis) nous avons mené 470 ”missions militaires dans la bande de Gaza”. »[2]. Général Galant, je ne vous ai pas entendu réagir à ces propos. Ni non plus à ceux de Mahmoud Abbas appelant les familles de « martyrs » gazaouis à se faire connaître pour percevoir la rente mensuelle qui est dû à cette engeance.

Aurait-on manqué de vous en informer ? Est-ce avec ces gens-là que vous voudriez traiter ?

3 – Si ce n’est pas avec cette « Autorité falestinienne », alors avec qui ? Avec le Qatar ? L’Arabie saoudite ? L’Egypte ? La Jordanie ? Avec cette ONU qui sert de planque au hamas ? Avec cette Europe qui nous intime de cesser le feu, alors qu’après avoir torpillé les Accords de Minsk en 2015, elle pousse les Ukrainiens à continuer de se faire tuer : déjà plus d’un demi-million ! Ou alors avec le clone sénile américain qui ne sait plus qui écouter pour battre Trump en novembre prochain, les Juifs ou les musulmans ?

4 – Alors si ce n’est avec tout ce beau monde-là, avec qui ? Avec les Gazaouis ? Cela pourrait sembler naturel, mais ne sont-ce pas eux qui ont mis au pouvoir le hamas comme seraient prêts à le faire les Falestiniens de Judée Samarie (s’il y avait des élections libres, raison pour laquelle il n y a en plus depuis plus d’une décennie…) ?

Et en admettant qu’après une « enquête approfondie », comme on aime les appeler et les faire en Israël, l’on trouve des extra-terrestres qui n’aient pas pillé et décapité le 7 octobre, qui n’aient pas accepté de malmener des otages, puis plus tard de les cacher, qui n’auraient pas célébré l’orgie du 7 octobre, qui n’auraient pas accepté de masquer dans leur cour des lance-roquettes, de transporter des armes, des messages ou des renseignements, qui ne soient ni hamas, ni djihad islamique, ni fatah, ni brigades Al Aqsa, ni, ni, ni (la liste serait trop longue), croyez-vous, général Galant, que ces courageux accepteraient de se faire lyncher par une foule hystéricisée, comme « la rue arabe » en a le secret, par exemple après la fausse accusation qu’Israël aurait lancé un missile contre un hôpital au début de la guerre, ou plus anciennement, en l’an 2000, lorsque deux réservistes israéliens qui s’étaient perdus furent massacrés à main nue dans un commissariat de Ramallah où ils venaient d’être amenés[3] ?

5 – Si donc, miracle, l’on trouvait des intrépides, qui les protègerait ? Le Qatar ? L’Arabie saoudite ? L’Egypte ? La Jordanie ? L’ONU ? L’Europe ? Les USA d’Obama ?

6 – Soyons sérieux, général Galant. La REALITE est bien triste, mais elle est celle-ci : comme les nazis étaient arrivés à embrigader tout un peuple (et un peuple cultivé à tous égards), d’abord par la démagogie, puis par la terreur, le hamas est arrivé de la même manière à s’imposer et à évincer tous ses adversaires. Mais l’exemple allemand peut aussi nous suggérer LA solution.

Pour que les Allemands aient pu recouvrer petit à petit leur entière souveraineté, énumérons à grands traits toutes les étapes… D’abord, il y eut REDDITION de l’armée allemande, devant les 3 grandes puissances victorieuses (URSS, Angleterre, USA). Dans la foulée, il y eut une CHASSE aux chefs nazis (dont beaucoup trouvèrent asile dans le moyen orient arabe). Ensuite, il y eut OCCUPATION militaire par 4 pays (URSS, Angleterre, USA et France), qui ne cessa pleinement et définitivement qu’en 1990. Enfin, par l’enseignement, les médias, et l’art, fut financé un grand programme de DENAZIFICATION, certes imparfait mais sous haute surveillance des alliés, qui a pu empêcher le néo-nazisme de reflamber.

Comme vous pouvez le constater, général Galant, les Alliés n’ont pas mis les charrues avant les bœufs. Il leur a fallu d’abord gagner la guerre (et Hitler se battit jusqu’à ses derniers moments), neutraliser tous les chefs, trier sur le volet de nouvelles élites, et mener à bout un grand lavage de cerveau à l’échelle de tout un pays. Cela dura des années, voire des décennies.

7 – Voilà la seule « ALTERNATIVE, général Galant. Inutile de vous casser la tête, il n’y en a pas d’autres. Dans ce vaste plan, votre rôle c’est d’abord de GAGNER la guerre, de TUER les CHEFS, et de LIBERER les otages. Ensuite, c’est de protéger par la FORCE, l’émergence de nouvelles élites politiques falestiniennes, enfin de veiller avec les politiques à ce qu’un programme de DEHAMASISATION soit mené durant plusieurs décennies. Sans évoquer toutes ces étapes, parler comme vous l’avez fait, désolé pour ma franchise, général Galant, c’est comme disait ma mère : « Parler pour ne rien dire ».

8 – L’exemple allemand est certes intéressant, mais comparaison, n’est pas toujours raison. L’idéologie nazie, hormis l’obsession anti-juive, ne se soutenait d’aucune grande tradition (le nazisme a instrumentalisé les catholiques, sans brandir le christianisme). Ce n’est pas le cas, ni avec le hamas, ni avec aucune des organisations falestiniennes, qui se réclament toutes d’un islam légitimé par les grands théologiens, notamment ceux d’El Azhar.

Après leur défaite, les nazis ne trouvèrent personne dans le monde pour les soutenir, hormis justement le monde arabe et son représentant le grand mufti de Jérusalem, Amin El Husseini, qui avait passé toute la guerre aux côtés d’Hitler (« qui se ressemble s’assemble », disait encore ma mère). Ce ne sera pas le cas pour l’après-hamas, puisque chassé de Gaza, il redoublera de férocité en Judée Samarie, et dans ce cas, général, il vous faudra rebeloter, si vous connaissez ce jeu de carte méditerranéen.

9 – Il devient évident que compte tenu de cette réalité, et pour éviter les vases communicants, le seul espoir d’avoir UNE chance de finaliser un processus pacifique à Gaza, impose de le dissocier de l’autre problème qu’est la Judée Samarie. De plus comme il faut bien constater que le modèle falestinien d’Etat qui exclut toute présence juive est générateur de grandes violences, SI l’ON VEUT VRAIMENT LA PAIX, ne vaudrait-il pas mieux prendre comme modèle Israël où un quart de la population est arabe et où tout le monde peut prier en paix (ou ne pas prier) ?

Si le MONDE VEUT VRAIMENT LA PAIX, n’est ce pas cette SOLUTION qu’il devrait soutenir : diviser la difficulté en séparant Gaza de la Judée Samarie, entamer un vaste programme de déjudéophobisation, réintroduire une présence juive, puisque déjà avant le 7 octobre, nombre de Gazaouis qui avaient profité du soutien matériel et sanitaire des Juifs du Néguev, savaient la bonne disposition des Juifs à vivre avec eux, ce qu’avaient déjà démontré les agriculteurs juifs, avant qu’ils ne soient arrachés en l’an 2005 par leur propre gouvernement des terres arides transformés par eux en petit paradis.

10 – Toute ‘’solution’’ qui ne se donne pas pour but de faire admettre au monde islamique (et aussi à d’autres mondes) que les Juifs sont totalement légitimes en cet endroit de la TERRE, ne sera que foutaise. Et je sais bien général Galant, que ce n’est pas demain la veille. Je ne voulais pas vous le dire dès le début, pour ne pas vous démoraliser. Ceci dit, si vous lisez le français, je vous enverrai mon prochain livre, intitulé « 7 Octobre, EUX ou NOUS »[4].

11 – En conclusion, je n’ai pas compris comment vous étiez passé du discours « On va en finir avec le hamas » à celui de « l’alternative », lequel conforte le parti américain très présent en Israël qui veut nous obliger à arrêter de combattre. J’espère en tous cas que la correspondance de votre déclaration avec l’arrivée du conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, n’était que pur hasard.

En tous cas, craignez l’influence de vos deux collègues généraux Gantz et Eisenkott qui se comportent comme des caisses de résonnance de ce parti américain, qui avait déjà fait ses preuves l’année passée avec aussi un autre général comme figure de proue, Ehud Barak qui avait appelé de ses vœux la guerre civile et prophétisé que le sang juif coulerait du fait d’autres Juifs.

Décidément, si je puis me permettre, je trouve, qu’Israël se porterait mieux si les généraux s’occupaient de leurs oignons, et laissaient la politique aux civils. On peut comprendre que dans un pays en guerre, et Israël l’est depuis même avant l’indépendance de 1948, les militaires aient un rôle important, pour défendre militairement leur pays. Mais compte tenu du fait que l’histoire d’Israël montre aussi la déficience politique de nombreux généraux, ne serait-il pas bon pour la démocratie israélienne, de mettre fin au mélange des genres… ?

Une dernière chose qui ne s’adresse pas à vous directement, mais à tous les partis de la coalition qui a remporté les dernières élections : on ne vous entend plus ! Où avez-vous disparu ? Qu’attendez-vous pour appeler le peuple qui vous a élus à signifier au monde et au parti américain d’Israël, que notre sécurité passe par l’éradication totale des forces militaires et politiques du hamas, MAINTENANT ?

Jean-Pierre Lledo – 16 mai 2024

[1] – L’oraison de Djibril Radjoub. 3 Janvier 2024. https://palwatch.org/page/34897

[2] https://lphinfo.com/la-branche-armee-du-fatah-reconnait-avoir-participe-aux-massacres-du-7-octobre/

[3] https://www.youtube.com/watch?v=5HGlQg_xoJ8

[4] « 7 Octobre, EUX ou NOUS », Editions Balland, France. Sortie le 6

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