Israël débat d’une réforme électorale majeure

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Le système électoral israélien pourrait connaître l’un de ses changements les plus significatifs depuis la création de l’État. Une proposition de loi soutenue par des députés issus aussi bien de la droite que du centre vise à introduire un « bulletin semi-ouvert », transformant en profondeur la manière dont les électeurs influencent la composition de la Knesset.

Aujourd’hui, Israël fonctionne selon un système proportionnel intégral : les citoyens votent pour une liste de parti, et les sièges sont attribués en fonction du score national obtenu par chaque formation, sous réserve du seuil électoral fixé à 3,25 %. L’ordre des candidats sur chaque liste est déterminé en amont par les partis eux-mêmes, via des primaires internes ou des comités de sélection. Une fois les listes déposées, l’électeur n’a aucune prise sur leur hiérarchie.

La réforme proposée introduirait une dimension nouvelle. Le citoyen continuerait à choisir un parti, mais pourrait également cocher un ou plusieurs noms au sein de la liste. Si un candidat placé en position peu favorable recueille un nombre suffisant de suffrages personnels, il pourrait remonter dans le classement et décrocher un siège à la Knesset.

Pour les promoteurs du texte, l’objectif est clair : renforcer le lien direct entre élus et électeurs. Selon eux, le système actuel favorise la discipline interne et la loyauté envers les directions partisanes. Un député doit souvent sa place à son positionnement dans les instances du parti plutôt qu’à sa popularité auprès du public. Avec un bulletin semi-ouvert, chaque candidat serait incité à s’adresser directement aux citoyens et à défendre un bilan personnel.

Le débat transcende les clivages traditionnels. Des élus du Likoud et du Sionisme religieux soutiennent la proposition, tout comme des représentants de Yesh Atid et de Kahol Lavan. Cette convergence inhabituelle reflète un constat partagé : la nécessité d’adapter les mécanismes démocratiques à une société plus exigeante en matière de transparence et de responsabilité.

Des systèmes comparables existent déjà dans plusieurs pays européens, où les listes semi-ouvertes permettent aux électeurs de modifier partiellement l’ordre des candidats. Les partisans de la réforme estiment que cette évolution pourrait réduire le fossé entre citoyens et institutions, à un moment où la défiance envers les responsables politiques est régulièrement évoquée dans le débat public.

Toutefois, certains observateurs soulignent les défis potentiels. Une personnalisation accrue des campagnes pourrait renforcer la compétition interne au sein des partis et augmenter les coûts électoraux. D’autres s’interrogent sur la stabilité d’un système politique déjà fragmenté, marqué par des coalitions parfois fragiles.

Un débat parlementaire est prévu à la Knesset pour examiner cette proposition. Si elle était adoptée, la réforme modifierait non seulement la mécanique du vote, mais aussi la culture politique israélienne. Les partis devraient repenser leurs stratégies de sélection et leurs modes de fonctionnement internes, tandis que les candidats seraient amenés à développer une visibilité et un ancrage plus directs auprès de l’électorat.

À terme, le bulletin semi-ouvert pourrait redéfinir l’équilibre entre discipline partisane et légitimité populaire, en donnant aux citoyens un rôle plus actif dans la désignation de leurs représentants.

Jérémie de Jforum.fr

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