La politique monétaire israélienne est elle anti-sioniste ?

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La politique monétaire israélienne est elle anti-sioniste ? Elle favorise l’élite du pays et pénalise le peuple ! Avec un shekel si fort, elle abandonne ses retraités franco–israéliens et chasse les nouveaux émigrants potentiels. Tribune d’un conseiller consulaire.

Professeur Michael Ayache – Conseiller des Français de l’Etranger en Israël

La politique monétaire de la Banque d’Israël, depuis la présidence de Stanley Fischer, repose de fait sur un shekel structurellement fort qui favorise les importateurs et pénalise une large partie des exportateurs ainsi que tous ceux qui vivent de revenus en devises. Cette orientation, souvent présentée comme un signe de réussite économique et de sérieux budgétaire, inflige en réalité un coût social considérable, en particulier aux nouveaux immigrants, aux retraités et aux Juifs de France qui souhaitent s’installer ou continuer à vivre en Israël.

La Banque d’Israël agit dans un cadre d’indépendance renforcé par la loi, mais dans un environnement politique et idéologique dominé par une approche qui valorise avant tout la stabilité des prix, l’attraction des capitaux étrangers et la « respectabilité » vis‑à‑vis des marchés financiers.

Concrètement, un shekel fort est une excellente nouvelle pour les importateurs, pour les Israéliens qui voyagent à l’étranger et pour les consommateurs aisés qui achètent des produits importés moins chers, mais il est désastreux pour ceux qui sont payés en dollars ou en euros alors qu’ils dépensent en shekels.

Pour les exportateurs, notamment industriels et agricoles, la situation est devenue intenable : ils facturent leurs produits en devises qui se déprécient relativement au shekel, tandis qu’ils paient leurs salariés, leurs impôts et leurs charges en monnaie locale surévaluée, ce qui grignote leurs marges et menace l’emploi. Les experts soulignent désormais qu’un shekel trop fort commence même à devenir une menace pour la high‑tech elle‑même, pourtant, vitrine du pays, car les revenus en dollars ne suffisent plus à couvrir les loyers et les salaires en shekels dans certaines entreprises.

Mais les premières victimes de cette politique sont les retraités et les nouveaux immigrants dont les revenus, les pensions ou l’épargne sont libellés en euros ou en dollars. Chaque appréciation du shekel réduit mécaniquement leur pouvoir d’achat : à pension constante, ils reçoivent moins de shekels, alors que le logement, l’alimentation, la santé et la vie quotidienne en Israël restent chers. Pour les Juifs de France, déjà confrontés à un différentiel de coût de la vie et à des salaires locaux plus faibles, cette réalité monétaire transforme l’aliya en épreuve économique, parfois en impossibilité pure et simple. Israël devient trop cher pour eux, non par manque de volonté ou d’attachement, mais parce que la conversion de leurs revenus européens en shekels les appauvrit.

Cette politique monétaire, que l’on présente comme techniquement neutre et indépendante, a donc un contenu politique très clair : elle protège les intérêts des investisseurs, des importateurs, des consommateurs les plus favorisés et d’une partie des élites économiques, tout en pénalisant le peuple, les travailleurs des secteurs exportateurs, les millions d’immigrants à la retraite vivant de pensions en devises et les candidats à l’aliya qui n’ont plus les moyens de survivre dignement en Israël. Elle est ainsi objectivement dissuasive pour l’immigration juive, au moment même où le discours officiel exalte la ’aliya comme priorité nationale. Une politique monétaire qui décourage l’installation de nouveaux immigrants, qui fragilise les retraités et qui creuse les inégalités n’est pas seulement une erreur technique : elle est profondément injuste et contraire au projet sioniste.

C’est cette contradiction que je veux ici dénoncer, en appelant à une réorientation qui place enfin les citoyens, et en particulier les ‘olim, au centre des choix économiques de l’État d’Israël.

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