Un journaliste libanais affirme que l’infiltration de membres des Gardiens de la révolution au Koweït fait partie d’une politique iranienne systématique. Selon lui, Téhéran utilise des milices et des menaces pour déstabiliser ses voisins et étendre son influence.
Ma’ariv
(Photo d’illustration : Drapeaux iraniens sur fond de grave pollution de l’air à Téhéran | Photo : Reuters)
Dans une chronique d’analyse publiée sur le site saoudien « Al-Arabiya », le journaliste et écrivain libanais Khairallah Khairallah a affirmé que l’infiltration d’officiers des Gardiens de la révolution sur l’île de Boubyan au Koweït, où ils ont été arrêtés par les forces de sécurité locales, n’est pas un événement isolé ou nouveau. Selon lui, cela s’inscrit dans une longue continuité qui a débuté dès la révolution islamique en Iran en 1979, et exprime la manière dont le régime iranien perçoit son environnement arabe.
Selon Khairallah, depuis le succès de la révolution islamique, l’Iran n’a pas considéré l’espace arabe qui l’entoure comme une zone de coopération et de complémentarité mutuelle, mais plutôt comme une arène d’influence et de confrontation ouverte. Il a écrit que l’idéologie façonnée par Rouhollah Khomeini ne s’est pas contentée de bâtir un État-nation dans les frontières géographiques de l’Iran, mais est devenue un projet transfrontalier basé sur « l’exportation de la révolution » et sur l’établissement de réseaux d’allégeance allant du Liban jusqu’à l’Irak et au Yémen, parallèlement à des tentatives d’infiltration dans les États du Golfe.
Pour cette raison, ajoute-t-il, il est désormais difficile de considérer l’Iran comme un État normal au sens traditionnel du terme. Aux yeux de nombreux observateurs, il s’agit d’un régime qui voit dans le chaos un moyen d’atteindre l’hégémonie, et dans les milices un outil central pour imposer son influence régionale.
Les Gardiens de la révolution et le système régional
Khairallah a soutenu que la racine de la crise avec l’Iran ne se résume pas à des différends politiques ponctuels, mais réside dans une vision stratégique du monde qui considère la stabilité des États arabes du Golfe comme un obstacle au projet régional de Téhéran. Selon lui, pendant des décennies, les Gardiens de la révolution ont adopté une politique consistant à créer, entraîner et armer des groupes affiliés hors des frontières de l’Iran, ce qui a contraint l’ensemble de la région à vivre sous une succession de crises sécuritaires.
Au Liban, écrit le commentateur, le Hezbollah a grandi comme un « État dans l’État », détenant un arsenal militaire qui dépasse parfois les capacités de l’armée libanaise elle-même. Selon lui, l’organisation détient un monopole de fait sur les décisions de guerre et de paix, d’une manière qui sert les intérêts iraniens plus que le peuple libanais.
En Irak également, selon Khairallah, des milices armées liées à Téhéran sont devenues une puissance parallèle à l’État, influençant la prise de décision politique et sécuritaire. Cette situation, selon ses termes, a transformé l’Irak en une arène ouverte aux luttes régionales et aux interventions extérieures.
Au Yémen, poursuit-il, l’Iran a soutenu les Houthis en leur fournissant des armes, des entraînements et une expertise militaire, ce qui a déclenché une guerre dévastatrice ayant plongé des millions de personnes dans la pauvreté, la famine et l’effondrement humanitaire. Selon lui, l’objectif n’était pas seulement de soutenir un groupe local, mais d’établir un bras armé à la frontière du Golfe arabe, permettant à Téhéran de faire pression sur ses rivaux et de faire chanter la communauté internationale en menaçant la navigation internationale en mer Rouge et dans le détroit de Bab al-Mandeb.
La défiance face aux États du Golfe
Khairallah a également évoqué les États du Golfe qui, selon lui, accusent depuis des années l’Iran de tenter de créer des cellules dormantes qui lui sont liées ou de soutenir des groupes clandestins menaçant leur sécurité intérieure. Il a souligné que chaque fois que les autorités de sécurité de Bahreïn, du Koweït ou des Émirats arabes unis ont annoncé le démantèlement de réseaux liés aux Gardiens de la révolution ou à des éléments fidèles à Téhéran, l’Iran a nié tout lien direct avec eux.
Cependant, selon lui, l’accumulation des indices témoigne d’une stratégie systématique d’infiltration sécuritaire et d’utilisation de mandataires locaux (proxies). Cette politique, écrit-il, a rendu la confiance entre l’Iran et ses voisins presque impossible, car les États ne peuvent pas entretenir des relations normales avec une entité qu’ils considèrent comme une source permanente d’instabilité.
Le commentateur libanais a ajouté que le danger ne se limite plus aux guerres par procuration. Selon lui, l’Iran est passé à différentes étapes par une politique de la corde raide, notamment en menaçant les voies de navigation internationales et en menaçant de fermer le détroit d’Ormuz, l’une des routes commerciales et énergétiques les plus importantes au monde.
Selon lui, le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un passage vital pour le pétrole du Golfe, mais une artère majeure pour l’économie mondiale. Lorsque l’Iran menace de le fermer ou déploie une force militaire dans ses environs, il ne fait pas seulement pression sur ses rivaux régionaux, mais expose le monde entier à un risque économique et sécuritaire. C’est pourquoi, écrit-il, de nombreux analystes voient dans ce comportement un modèle proche de celui d’un « État voyou », qui utilise la géographie, l’énergie et les milices comme monnaie d’échange politique.
Discours sur la souveraineté, actions inverses
Selon Khairallah, le problème central du régime iranien réside dans la duplicité de ses messages. D’un côté, il parle de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires des autres États ; de l’autre, il agit à l’opposé en soutenant des groupes armés opérant en dehors du cadre des États-nations.
Il a ajouté que le régime iranien parle de résistance à l’hégémonie étrangère, mais cherche en pratique à imposer lui-même une influence directe sur une série de capitales arabes. Dans ce contexte, il a rappelé que certains hauts responsables des Gardiens de la révolution s’étaient vantés par le passé, avant la chute du régime d’Assad en Syrie, du fait que Téhéran contrôlait quatre capitales arabes : Beyrouth, Damas, Bagdad et Sanaa. Selon lui, cette déclaration révèle clairement la nature du projet iranien, basé sur l’expansionnisme et non sur le partenariat.
Khairallah a écrit que les peuples de la région ont payé un prix lourd pour cette politique. Le Liban, selon lui, traverse un effondrement économique et politique sans précédent en raison de la domination d’armes échappant au contrôle de l’État ; l’Irak n’a pas réussi à retrouver une stabilité totale depuis de longues années ; le Yémen est devenu un théâtre de guerre ouvert ; et les États du Golfe dépensent des milliards de dollars pour leur sécurité et leur défense afin de faire face à ces menaces persistantes. Selon lui, c’est ainsi que toute la région est devenue l’otage d’un projet expansionniste qui s’appuie sur un chaos organisé plutôt que sur des relations naturelles entre États.
La possibilité d’une coexistence avec l’Iran
Malgré ces critiques acerbes, Khairallah a souligné que la coexistence avec l’Iran demeure une nécessité géographique et politique incontournable. Selon lui, l’Iran est un grand pays, doté d’une histoire, d’une culture et d’un peuple diversifié, et le problème ne réside pas dans le peuple iranien mais dans la doctrine politique et militaire qui guide le régime actuel.
Il a conclu qu’une véritable stabilité au Moyen-Orient ne sera atteinte que si Téhéran accepte le principe de l’État-nation, respecte la souveraineté de ses voisins et renonce à sa politique de milices et d’expansionnisme idéologique. Selon lui, la poursuite de la voie actuelle maintiendra la région dans un cycle de tensions, de guerres froides et de confrontations indirectes, faisant du Moyen-Orient l’une des régions les plus fragiles et les plus tumultueuses du monde pour les décennies à venir.



























