Israël est confronté à une équation aussi simple qu’inquiétante : la population augmente, vieillit, et les cimetières ne peuvent pas s’étendre indéfiniment. Une récente étude démographique avertit que le pays s’approche d’une crise funéraire majeure. Entre 2024 et 2050, environ 2,18 millions de personnes devraient mourir en Israël, davantage que pendant toute la période allant de la création de l’État à la fin de 2023. Et chaque défunt devra trouver une place dans un pays où le terrain est déjà l’une des ressources les plus disputées.
Face à cette pression, le paysage funéraire israélien se transforme déjà. À Jérusalem, les enterrements traditionnels en pleine terre côtoient désormais des niches superposées dans des murs, des sépultures familiales sur plusieurs niveaux et d’immenses galeries souterraines. À Har HaMenuchot, des tunnels ont été creusés sous la montagne pour accueillir des milliers de tombes. Ces solutions permettent de multiplier considérablement le nombre de sépultures sur une même surface, mais elles bouleversent une représentation profondément ancrée : celle du défunt reposant individuellement dans la terre.
La question devient également financière. Lorsqu’une famille souhaite une sépulture particulière ou une concession qui ne relève pas de l’option financée par l’État, les tarifs peuvent rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers de shekels. À Jérusalem, certaines tombes familiales peuvent ainsi coûter 68 800 shekels pour un résident de la ville. Dans le même temps, les formes de sépulture les plus économes en espace sont encouragées pour retarder la saturation des cimetières.
Une solution pourrait paradoxalement venir d’une tradition vieille de près de deux mille ans. À l’époque de la Mishna et du Talmud, il était courant d’enterrer d’abord le défunt, puis de recueillir ses ossements après décomposition afin de les déposer dans un ossuaire familial. Remise au goût du jour, cette méthode permettrait d’atteindre jusqu’à 3 000 sépultures par dunam, contre environ 300 pour l’inhumation classique.
Le débat dépasse donc largement l’organisation des cimetières. Il touche à la religion, au rapport à la mort, au prix du foncier et à l’aménagement futur d’Israël. Sans évolution des habitudes et sans politique nationale de long terme, le pays risque de devoir choisir entre consacrer toujours davantage de terres aux morts ou modifier profondément une tradition funéraire à laquelle une grande partie de la population reste attachée.
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