Amit contre les élus : « C’est là que sont semées les graines de la violence envers le système judiciaire »

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Le président de la Cour suprême a mis en garde contre le durcissement du discours durant la campagne électorale, reliant les déclarations de personnalités publiques à la violence physique contre les juges, et a appelé à faire subir la rigueur de la loi à ceux qui menacent les juges et les avocats.

JDN – Israël Zeev Leventhal

Le président de la Cour suprême, le juge Yits’hak Amit, a vivement critiqué ce matin (mercredi) le discours public dirigé contre le système judiciaire, affirmant que les déclarations de figures publiques et les publications sur les réseaux sociaux préparent le terrain à la violence contre les juges et les avocats. Il s’exprimait lors d’une conférence de l’Ordre des avocats consacrée à la lutte contre la violence envers les avocats.

« La violence envers les avocats et les juges ne survient pas dans le vide, et le chemin vers la violence physique passe d’abord par la violence verbale », a déclaré Amit. « Et si vous cherchez le terreau sur lequel sont semées les graines de la violence envers le système judiciaire, tournez-vous vers les déclarations des figures publiques, allez sur les réseaux sociaux, et vous y trouverez la réponse. »

Le président de la Cour suprême a soutenu que les atteintes aux avocats ne constituent pas une simple affaire privée, ces derniers servant de lien entre le citoyen, le droit et les institutions de l’État. Selon lui, la peur des menaces ou des agressions risque de dissuader des avocats d’accepter des dossiers complexes ou impopulaires, portant ainsi atteinte au droit des citoyens à bénéficier d’une représentation juridique efficace.

« Une ligne rouge a été franchie »

Amit a rappelé la manifestation devant le domicile du vice-président de la Cour suprême, le juge Noam Sohlberg. Qualifiant ce rassemblement de « manifestation sauvage », il a rappelé que des fenêtres et des pots de fleurs y avaient été brisés, causant des dégâts à la maison et au véhicule alors que Sohlberg et sa famille se trouvaient sur place.

« La limite entre une protestation, aussi virulente soit-elle, et une tentative de porter atteinte à la sécurité et au sentiment de sécurité d’un juge et de sa famille pour le dissuader d’exercer ses fonctions a été franchie », a-t-il affirmé. « Il s’agit du franchissement d’une ligne rouge. »

Amit a ajouté que la radicalisation est également visible à l’intérieur des salles d’audience. Selon lui, les juges sont contraints d’expulser des débats des personnes venant provoquer des débordements, et dans certains cas, les portes des tribunaux ont dû être fermées au public en raison de craintes d’émeutes, les audiences étant alors retransmises en direct uniquement.

Il a également rapporté que dans des cas extrêmes, la garde des tribunaux a dû escorter des avocats et des parties jusqu’à leurs véhicules par crainte qu’ils ne soient agressés au sein du palais de justice.

« Une responsabilité accrue en période électorale »

Le président de la Cour suprême a appelé les autorités chargées de l’application de la loi à sévir fermement contre ceux qui emploient la violence ou profèrent des menaces contre les acteurs du monde judiciaire. Il a précisé que le pouvoir judiciaire n’hésiterait pas à utiliser tous les moyens légaux à sa disposition pour protéger les juges, le personnel du système et le public se rendant aux tribunaux.

Amit a établi un lien entre la virulence du débat public et la baisse de confiance envers l’institution judiciaire. Il s’est désolé que « des juges ou des avocats fassent l’objet d’attaques personnelles et se voient attribuer des motifs illégitimes sans aucun fondement ; le système judiciaire est présenté comme agissant contre le public et non pour lui ». Il a soutenu que lorsque « le désaccord sur une décision ou une position juridique dépasse les limites de la critique légitime pour devenir un rabaissement personnel et un déni de légitimité du juge ou de l’avocat lui-même, ces faits affectent malheureusement l’attitude du public envers le système judiciaire ».

« L’importance de modérer le discours violent s’accroît dans la période actuelle, alors que nous sommes en pleine campagne électorale et que les esprits s’échauffent de tous les côtés du spectre politique et social », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que bien qu’une période électorale soit un moment de désaccord et de lutte pour l’orientation du pays, c’est précisément pour cela qu’il incombe aux élus et à l’ensemble des participants au débat une « responsabilité accrue de faire preuve de modération, de choisir leurs mots avec soin et de maintenir un dialogue factuel et respectueux ».

En conclusion, Amit a appelé à la coopération entre le système judiciaire, l’Ordre des avocats, les autorités d’application de la loi, les élus et les médias dans la lutte contre la violence. Il a exprimé sa « pleine confiance » envers les juges et les avocats en Israël et leur capacité à accomplir leur mission « avec responsabilité, professionalisme, indépendance et sans crainte ».

Amit Bechar : « La violence ne fait pas partie de la profession, et la peur n’est pas une condition de travail »

Le président de l’Ordre des avocats, Mᵉ Amit Bechar, a déclaré lors de la conférence : « Porter atteinte aux avocats, c’est porter atteinte à l’État de droit ! C’est toucher aux fondements de la démocratie et nuire à chaque citoyen et résidant d’Israël. Une application ferme et rapide de la loi est nécessaire, avec des peines dissuasives dans les cas appropriés et des mécanismes protégeant ceux qui se trouvent en première ligne jour après jour au service du public. »

Il a ajouté : « Nous continuerons d’exiger des amendements législatifs assimilant l’agression d’un avocat à celle d’un agent public. L’Ordre nommera également un chargé de projet dédié, qui accompagnera l’unité s’occupant exclusivement des avocats menacés et agressés. Cette semaine, je me suis entretenu avec le sous-commissaire en retraite, Mᵉ Dado Zamir, qui s’est engagé dans cette mission et accompagnera l’action de l’Ordre sur ce sujet important. La violence ne fait pas partie de la profession, et la peur n’est pas une condition de travail. »

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