Aucun dirigeant arabe n’est satisfait des ententes en cours d’élaboration avec les Iraniens, tous veulent la chute du régime des ayatollahs. Mais la peur de voir l’effondrement économique se poursuivre garantit qu’ils soutiendront Trump.
Ynet – Smadar Perry
Aucun des dirigeants des pays arabes avec lesquels le président américain Donald Trump s’est entretenu en amont de la signature des accords avec l’Iran n’est suspecté d’un amour excessif pour le régime des ayatollahs. Plus encore : chacun des gouvernants en Égypte, en Arabie saoudite, en Jordanie, en Irak, en Turquie et même au Maroc, serait ravi de se réveiller un matin et d’apprendre que le pouvoir actuel en Iran – cette théocratie islamique extrémiste – a quitté la scène. Tout comme le régime du Shah Reza Pahlavi est tombé en février 1979 au profit du régime radical de Khomeini, le monde arabe rêve de voir la fin du régime des ayatollahs. Mais tant que cela ne se concrétise pas, il faut s’adapter à une réalité où Trump, malgré toutes ses mises en scène pour les médias, n’a pas réussi – et c’est la amère vérité pour nous tous – à vaincre les Gardiens de la révolution.
Le président américain a téléphoné à une longue liste de dirigeants arabes pour les informer du protocole d’accord en cours d’élaboration face à l’Iran : le prince héritier saoudien, le président égyptien, le roi de Jordanie, le dirigeant des Émirats arabes unis, le roi de Bahreïn et l’émir du Qatar. Il s’est également entretenu avec le président turc et le Premier ministre pakistanais. Au terme de cette tournée, il a aussi passé un coup de fil au Premier ministre Netanyahou. De ce que l’on veut bien raconter, personne n’est sorti satisfait de cette conversation.
Quelle alternative s’offrait aux destinataires de ces appels de Washington ? D’un côté, et ils ne le diront pas à haute voix, chacun des dirigeants du monde arabe mentionnés ici comprend que Trump et son équipe n’ont pas réussi (du moins pour l’instant) à faire plier les Iraniens. Les discussions sur le nucléaire sont reportées à « l’étape suivante », et il n’est pas certain que les Gardiens de la révolution accepteront un jour de faire sortir le nucléaire de leur territoire, ni combien des 400 kilogrammes d’uranium sont actuellement enfouis au plus profond de la terre.
D’un autre côté, le président égyptien attend toujours que l’Iran rouvre le détroit d’Ormuz à la libre navigation et aux cargaisons qui arriveront (enfin) au canal de Suez pour faire bondir ses revenus. Et que feront les Saoudiens, soumis depuis de longues semaines à la pression des attaques iraniennes ? La ville du futur « Neom » a perdu de sa superbe, les investisseurs ont fui, les revenus pétroliers s’amenuisent et le généreux budget se contracte. Même la Turquie souffre de cette guerre. Sans parler de la baisse drastique de l’aide économique à la Syrie et au Liban : s’il n’y a pas de passage par le détroit d’Ormuz, il n’y a pas de revenus, et donc pas d’argent disponible pour aider les pays faibles.
Soudain, nous voyons et entendons des déclarations sur la politique modérée des 22 membres de la Ligue arabe, qui a envoyé un télégramme de félicitations pour la « solution diplomatique ». Ici et là, lors de discussions avec des fonctionnaires du monde arabe, j’obtiens une image plus nuancée : personne ne veut de guerre, certainement pas dans le Golfe, par crainte (bien réelle !) de voir son pays rayé de la carte. Et personne ne fait confiance aujourd’hui au régime iranien (où l’on ne sait pas très bien qui décide et qui contrôle réellement). La confiance en Trump s’est également perdue ; il ne semble pas qu’il enverra des troupes à nouveau. Pour le monde arabe, il n’y a plus personne sur qui compter.
L’Arabie saoudite souligne qu’elle ne permettra pas aux forces américaines d’utiliser son territoire pour attaquer l’Iran. La menace iranienne est bien plus forte que l’explication pas vraiment convaincante du président Trump. Le roi Abdallah de Jordanie, lui, a un long compte à régler avec l’attaque iranienne contre Israël, qui a été stoppée sur son propre territoire. Il s’agit sans doute d’un soulagement, même si la compensation financière n’arrive pas. Ce qui dicte la conduite des États arabes, c’est le motif économique. S’il y a une nouvelle escalade, l’économie et les relations commerciales subiront un coup douloureux, alors que la situation économique est déjà difficile.
Regardez la ville touristique saoudienne de Neom, sur les rives de la mer Rouge : tous les projets ont été arrêtés. Il n’y a pas de budget. Il n’y a pas d’investisseurs étrangers. De manière générale, les hommes d’affaires hésitent à se rendre dans n’importe quel pays du monde arabe. Leurs dirigeants ont déjà fait le calcul et déclarent haut et fort qu’ils ne veulent pas de guerre. Ils dissimulent ce qu’ils pensent vraiment parce qu’ils n’ont pas le choix. La question intéressante est de savoir si cette nouvelle situation, frustrante à tous égards, entraînera un rapprochement d’un monde arabe terrifié vers Israël.



























