Hollande : l’attaque du restaurant casher taxée de « vandalisme » ©

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Un homme agitant un drapeau palestinien a fait voler en éclat les vitrines du restaurant casher HaCarmel d’Amsterdam, le 7 Décembre 2017. (Ginopress B.V./AFP/Getty Images/via JTA)

Les Juifs de Hollande révoltés par la minoration de l’attaque d’un restaurant casher.

L’absence flagrante d’accusation de crime de haine agace une communauté qui redoute une prise du pouvoir des partis de droite anti-islamistes capitalisant sur la faiblesse de ces réponses.

AMSTERDAM (JTA) — Il y a deux semaines, un homme de 29 ans agitant un drapeau palestinien, a fait voler en éclat les vitrines d’un restaurant casher, avec  un gourdin en bois, arrachant le drapeau israélien qui s’y trouvait. La police a lentement arrêté le suspect sur place.

L’incident du 7 décembre, qui s’est déroulé le lendemain de la déclaration du Président Donald Trump annonçant que les Etats-Unis reconnaissent officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël, a déclenché une effusion de condamnations de la part des dirigeants néerlandais. Le Premier Ministre Mark Rutte la désignée comme « terrible » et 15 députés ont diné dans ce local, ce même soir, en geste de solidarité.

Pourtant, à peine 60 heures plus tard, le suspect – identifié dans les médias comme s’appelant Saleh Ali – était libre. Les autorités n’ont jamais divulgué les détails de son identité ni de ses origines, malgré l’absence d’ordre formel de censure, et les reportages expliquant qu’Ali était un « ancien combattant » de la guerre civile syrienne, présent en Hollande grâce à un visa de demandeur d’asile.

L’absence de clarifications sur ces questions alimente un ressentiment grandissant au sein de la communauté juive, à l’encontre de la mauvaise gestion par les autorités, autant de l’attaque elle-même (attentisme criant de la police sur la vidéo) que de ses conséquences. Certains ont pointé du doigt l’inaction apparente de la police, au cours de l’attaque – dans une vidéo, les services de police semblent assister à la scène violente sans même oser interférer – comme particulièrement problématique.

Mais pour de nombreux Juifs de Hollande, peut-être que l’aspect le plus dérangeant est que l’acte d’inculpation d’Ali ne mentionne seulement que le vandalisme et le vol (du drapeau israélien).

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En d’autres termes, les responsables néerlandais ne considèrent pas les actions d’Ali comme un crime de haine antisémite. Et cela, selon les dirigeants juifs, posent un énorme problème.

Au cours du procès, qui  commencé ici, mercredi, Ali a refusé de répondre aux questions du juge et « n’a fait que renchérir sur la cause palestinienne », selon Saskia Belleman, la correspondante du quotidien De Telegraaf au tribunal, qui a rapporté que le suspect ne s’est vu assigné qu’une évaluation psychiatrique.

Il est aussi ressorti au tribunal qu’Ali a déclaré à un agent de police, après son arrestation, que l’attaque « n’était qu’une première étape ».

Quand on l’a interrogé sur ce que serait cette prochaine étape, il a répliqué : « Je vous le dirai plus tard, personne n’a besoin de savoir ».

De telles déclarations « glacent le sang », a déclaré Ronny Naftaniel, qui a passé 40 ans à la tête du CIDI, le principal groupe d’observation de l’antisémitisme aux Pays-Bas.

« Je n’ai jamais rencontré de dossier pareil », a ajouté Naftaniel, qui s’est retiré en 2013, « Et fais partie de ces nombreux Juifs Hollandais dont la confiance dans le système judiciaire a sérieusement été ébranlée, ici ».

A l’inverse, la police a détenu un Juif hollandais nommé Michaël Jacobs pendant une semaine, cet été, pour s’être tenu de manière répétée face à des manifestant anti-israéliens en agitant sous leur nez un drapeau israélien, même si aucune loi ne l’interdit, dans le cas d’espèce.

« Apparemment, le système judiciaire ne voit aucun parallèle » entre Jacobs et l’attaquant du restaurant casher, a écrit Esther Voet, rédactrice en chef de l’hebdomadaire juif néerlandais NIW, dans un éditorial publié la semaine dernière.

« La violence d’extrême-droite est sanctionnée promptement. Mais ça, écrit Voet à propos de l’agression sauvage du restaurant casher, c’était différent. Ce sont les Juifs qui réclamaient une sanction exemplaire ».

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Le service du procureur général a refusé de dire quoi que ce soit à JTA concernant le suspect, excepté son âge et sa ville de résidence, aux Pays-Bas, c’est-à-dire Amsterdam. Un porte-parole a refusé de dire pourquoi tout autre détail fait l’objet de rétention. Il a déclaré que le suspect avait été libéré parce qu’il « n’y avait plus aucune raison de le garder en détention. »

En arrière-plan de la façon dont les autorités ont géré ce dossier, selon Voet, il y a la crainte que l’incident puisse contribuer à la montée du populisme de droite aux Pays-Bas – dirigé par l’homme politique anti-islam Geert Wilders, du Parti de la Liberté.

Cette référence à un passé dans lequel 75% des Juifs de Hollande furent assassinés pendant la période de la Shoah pour un représentant aussi important de la communauté juive néerlandaise. Mais ce n’est pas le seul. Frits Barend, un des journalistes des plus connus du pays, a déclaré au quotidien de Telegraaf après l’attaque : « Cela me rappelle la Nuit de Cristal »  – le nom du pogroms de 1938 organisé par les Nazis contre les Juifs.

Le CIDI sous l’égide de sa directrice, Hanna Luden a qualifié de choquante la remise en liberté du suspect.

Conjugué à la réduction de la protection policière des bâtiments appartenant à des propriétaires juifs à Amsterdam – une précaution prise après l’assassinat, en 2015, de 4 Juifs à l’HyperCasher de Paris par un Islamiste (Coulibaly) – l’incident qui s’est produit au restaurant casher HaCarmel et son traitement par les autorités « fait que les Juifs de Hollande se sentent moins en sécurité », affirme Naftaniel.

En début de cette année, on a entendu des plaintes identiques de la part des Juifs de France. Ils ont fortement protesté avec persistance contre l’absence de qualification de crime de haine antisémite, lors de l’inculpation de Kada Kobili Traoré, un jeune musulman de 27 ans, qui a tué Sarah Halimi, sa voisine juive âgée de 67 ans, en criant Allah W’akbar et en la désignant comme l’incarnation de Satan. Cet homme, Kada Kobili Traoré, est aussi  poursuivi par un long passé de rhétorique antisémite.

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Traoré n’a pas été mis en détention, mais hospitalisé durant des semaines dans une institution traitant les problèmes de santé mentale, bien qu’il n’ait jamais connu de  problèmes de cet ordre. La police avait alors refusé de dévoiler où il se trouvait pas plus que les conditions de détention durant des mois.

Le meurtre de Sarah Halimi s’est produit quelques semaines à peine avant les élections présidentielles, qui propulsaient le parti d’extrême droite, le Front National plus proche que jamais de la législature suprême. En tant que tel, le dossier a subi une mise à l’index de la part de l’appareil judiciaire, a accusé Francis Kalifat, le président du CRIF, l’organisation coordinatrice des Institutions juives de France, notamment lors d’une conférence publique devant le Président Emmanuel Macron.

Confrontés à une pression autant locale qu’internationale les procureurs français ont fini par ajouter la qualification de crime de haine antisémite, en septembre, soit six mois après les faits.

Mais la communauté juive de Hollande, qui procédait à l’allumage d’une bougie de Hanoucca, dimanche, à Amsterdam, pour remercier la police et le ministre de la Justice pour leur protection, n’a pas atteint son « moment de vérité Sarah Halimi », souligne Naftaniel, en faisant allusion aux marches silencieuses que les Juifs de France ont mené pour protester contre cette affaire.

« Mais l’affaire du restaurant casher a, effectivement, conduit les Juifs de Hollande a prendre du recul, à regarder autour d’eux et à poser des questions lourdes de sens aux autorités », explique Naftaniel. « C’est déjà une bonne chose ».

 

Par CNAAN LIPHSHIZ, 5:25 am

 

Adaptation : Marc Brzustowski

 

 

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