Rencontre entre les deux Corées : le triomphe de Donald Trump et de la diplomatie du tweet ?

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Republican presidential candidate Donald Trump listens to his mobile phone during a lunch stop, Thursday, Feb. 18, 2016, in North Charleston, S.C. (AP Photo/Matt Rourke)

FIGAROVOX/HUMEUR – Pour Nicolas Lecaussin, les tweets belliqueux de Donald Trump portent aujourd’hui leurs fruits. La méthode diplomatique du président américain, pour musclée qu’elle soit, a le mérite de bousculer les lignes à l’international.


Nicolas Lecaussin est directeur de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales, Paris).


Après que la Corée du Nord a lancé, en septembre 2017, son deuxième missile au-dessus du Japon en moins d’un mois, le président Trump déclare que «toutes les options militaires sont en place» et qu’il va «s’occuper du petit homme-fusée Kim Jong-un». Sans tarder, les vierges effarouchées de l’anti-américanisme ont crié au loup en dénonçant non pas les délires nucléaires du tyran communiste de Pyongyang mais les «déclarations belliqueuses» du président américain. C’est ce dernier qui mettrait en danger la paix mondiale, et non les faits d’armes de Kim Jong-un. Les «analystes» et autres dessinateurs s’en sont donné à cœur joie, en janvier, lorsque le président Trump a affirmé détenir un «bouton nucléaire plus gros» que celui du dictateur nord-coréen. Ces cris d’orfraie se répètent pratiquement à chaque fois qu’un président américain ose s’en prendre ouvertement à son ennemi. Ce fut le cas avec Reagan et son expression «Empire du mal» concernant l’Union soviétique et aussi avec l’ancien président Bush et son «Axe du mal».

D’ailleurs, ces critiques à l’égard de l’Amérique se basent sur une contradiction. Quand elle n’agit pas, on lui reproche d’être trop isolationniste, quand elle agit, on la critique. On a raillé Trump de faire des gesticulations et des tweets agressifs. Or, voici que les tweets semblent fonctionner. La rencontre historique entre Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in sur la ligne de démarcation militaire qui divise la péninsule contredit la plupart des analyses et autres prévisions diplomatiques. Car il s’agit du premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol du Sud depuis la fin de la guerre de Corée, il y a 65 ans. Et, qui plus est, cette rencontre anticipe peut-être un sommet entre le président nord-coréen et Donald Trump. Bien entendu, rien n’est réglé. Rappelons-nous de la politique dite de «réchauffement» (Sunshine policy) de la fin des années 1990 et du début de l’année 2000 lorsque Kim Jong-Il, le papa du leader actuel, n’a fait que profiter des aides américaines, européennes et sud-coréennes sans pour autant interrompre son programme nucléaire stratégique et ses ventes de missiles à l’étranger. Il faut néanmoins retenir plusieurs choses de l’événement d’aujourd’hui.

Le bâton fonctionne souvent beaucoup mieux que la carotte

Cette rencontre historique a été précédée par la visite à Pyongyang du secrétaire d’État, Mike Pompe. Les pressions faites par Trump sur les Chinois y sont aussi pour beaucoup (la dictature nord-coréenne tient grâce à la Chine) ainsi que la nomination de John Bolton, un dur, au poste directeur de la sécurité nationale des États-Unis.

Cet événement montre donc que le bâton fonctionne souvent beaucoup mieux que la carotte. Et confirme le positionnement de Trump sur le plan international, car il fait bouger les choses et rompt avec le ronronnement de son prédécesseur. Il a confirmé son attachement à l’OTAN tout en demandant à ses membres d’augmenter leurs contributions. Il a critiqué les organisations internationales comme l’UNESCO et l’ONU dont les coûts – supportés surtout par les États-Unis – servent à des cocktails diplomatiques sans aucune conséquence sur le plan international. Il supprime l’embargo sur les armes à destination des Ukrainiens qui s’opposent à l’autocrate Poutine (d’ailleurs, l’affaire de collusion aux élections avec Poutine semble se retourner contre Mme Clinton et ses soutiens).

Il se préoccupe du sort des dissidents cubains et vénézuéliens, soutient ouvertement les révoltes en Iran et n’hésite pas à bombarder le dictateur sanguinaire de Damas. Après l’avoir reçu en mai 2017, le prince saoudien fait le ménage parmi les conservateurs du régime et commence à libéraliser la société. Trump s’oppose aussi à la Chine dont les pratiques commerciales sont bien connues. Faire semblant de les ignorer, c’est laisser les Chinois imposer leur volonté. Avec une économie dont la santé est insolente et des résultats internationaux (qu’il faudra néanmoins confirmer), Trump pose déjà ses marques, un peu plus d’un an après sa prise de fonction. Pour être dans la provocation, comme grand nombre de ses tweets, Trump mériterait, à l’heure actuelle, beaucoup plus qu’Obama le prix Nobel de la paix. A partager par contre avec le peuple nord-coréen qu’il faudra libérer un jour du camp communiste…

Source www.lefigaro.fr

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